Les assistants techniques en pharmacie du Québec connaissent leur pire pénurie de main-d'œuvre | 24 heures
/portemonnaie

Les assistants techniques en pharmacie du Québec connaissent leur pire pénurie de main-d'œuvre

Image principale de l'article Les assistants techniques manquent en pharmacie

Délais supplémentaires, heures d’ouverture réduites... L’une des pires pénuries d’assistants techniques en pharmacie (ATP) de l’histoire frappe de plein fouet les pharmacies du Québec. Signe que les besoins sont grands, des salaires allant jusqu’à 32$ sont offerts par des agences de placement pour ce métier qui ne nécessite qu’un diplôme d'études secondaire (DES) ou un diplôme d'études professionnelles (DEP).

• À lire aussi: La chouenne de Charlevoix: acheter local... avec une monnaie locale!

• À lire aussi: Inflation et taux d’intérêt: il faut prendre son mal en patience en attendant l’automne

L’assistant technique de laboratoire – ou couramment appelé ATP – est un métier essentiel pour accompagner les pharmaciens privés dans leur travail, explique la présidente de l’Association québécoise des assistants techniques en pharmacie (AQATP), Marylène Lévesque. «Ils mettent à jour les dossiers médicaux, exécutent des ordonnances et font de la préparation de médicaments», résume-t-elle. 

Pour pallier le manque de main-d’œuvre, les pharmacies font appel en plus à des agences de placement qui proposent leurs services pour combler les trous dans les horaires de travail des pharmacies. 

Camille Dépatie, 21 ans, est de ce nombre. Après avoir obtenu un poste permanent au sein d’une pharmacie, elle a décidé de faire la transition vers une agence de placement il y a deux ans. Celle-ci lui permet de gagner un meilleur salaire – 26$ de l’heure au lieu d’environ 15$ – en réalisant son horaire elle-même. 

• À lire aussi: Voici de quoi auront l'air les maisons du futur au Québec

«Les pharmacies perdent des employés qui vont aller avec Belocum [agence de placement] à la place, car c’est mieux payé. L’hôtel et le déplacement sont payés aussi [...] Ça crée parfois des tensions entre les employés permanents et ceux qui travaillent pour une agence», dit-elle. Le salaire de la jeune femme peut aller jusqu’à 32$ lors d’un contrat de dernière minute, ou quand il est à plus de 100 kilomètres, comme lorsqu’elle a été envoyée à Baie-Saint-Paul, dans la région de Charlevoix.

Jusqu’à présent, la résidente de Saint-Hyacinthe s’est déplacée à Victoriaville, à Shawinigan, à Saint-Sauveur, à Longueuil, à Brossard, entre autres. «C’est vraiment partout», enchaîne-t-elle, indiquant qu’elle pourrait même se rendre dans le Nord-du-Québec à Kuujjuaq ou à Matane, en Gaspésie. 

• À lire aussi: Ratio d’endettement: voici comment savoir si vous êtes surendetté

Un manque de 2000 à 3000 employés 

Les conditions offertes par les agences de placement plaisent davantage aux ATP, mais voilà que les pharmacies peinent à trouver de la main-d’œuvre pour pourvoir les postes permanents. «Il manque environ entre 2000 et 3000 techniciens de laboratoire au Québec», indique le président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), Benoit Morin. «J’ai jamais vu ça en 32 ans de métier», qu’il n’hésite pas à dire, en se basant sur sa longue expérience comme pharmacien.    

Benoit Morin, président de l’association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP).

Courtoisie Benoît Mortin

Benoit Morin, président de l’association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP).

Les deux présidents d’association confirment la différence de salaire entre une pharmacie et une agence de placement. «Ça amplifie le problème. Ça fait 15 ans que je suis une ATP, et, au début, c’était plus utilisé pour la pige, lorsqu’on voulait faire un quart de travail de plus par semaine. Pas à temps plein», dit la présidente de l’AQATP, Marylène Lévesque.  

Mieux payer les ATP en pharmacie  

Pour convaincre la main-d’œuvre de rester à temps plein dans les pharmacies, Mme Lévesque juge important «d’offrir des salaires et des conditions de travail concurrentiels».  

Marylène Lévesque, présidente de l'association québécoise des assistants techniques en pharmacie (AQATP).

Courtoisie Marylène Lévesque

Marylène Lévesque, présidente de l'association québécoise des assistants techniques en pharmacie (AQATP).

En 2021, l’AQATP a réalisé une étude salariale des ATP. Selon le sondage, 53% d’entre eux ont un salaire de l’heure se situant entre 15$ et 20$ de l’heure. Impossible de savoir précisément le salaire des ATP en agence de placement, mais seulement 6% des répondants auraient un salaire de 25$ de l’heure et plus, comme c'est le cas de Camille Dépatie.  

De son côté, le président de l’AQPP, Benoît Morin, ne remet pas en question qu’il est important de bien rémunérer les ATP. Il tient à rappeler, cependant, que les pharmaciens ont des moyens limités. «Nos opérations doivent être rentables. On n’est pas des organisations gouvernementales», souligne-t-il. 

• À lire aussi: Les condos Zibi, le premier développement One Planet Living au Canada

Un service réduit  

La pénurie de main-d’œuvre touche plusieurs secteurs au Québec. Or, celle qui touche les techniciens de laboratoire affecte malheureusement le service rendu à la clientèle, déplore M. Morin.    

«Des pharmacies doivent réduire les heures d’ouverture», illustre-t-il. Un problème qui touche particulièrement les régions, ajoute-t-il.  

M. Morin indique que la septième vague de la pandémie de COVID-19 et les vacances d’été n’aident pas la situation présentement.  

À VOIR AUSSI 

s