«Il n’a pas le droit d’être ici»: des mères mohawks ne veulent pas du pape sur leur territoire | 24 heures
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«Il n’a pas le droit d’être ici»: des mères mohawks ne veulent pas du pape sur leur territoire

Des membres du groupe kanien’kehà:ka kahnistensera.
Photo Élise Lacombe

Des membres du groupe kanien’kehà:ka kahnistensera.

Pour les kanien’kehà:ka kahnistensera, un groupe de femmes mohawks de Kahnawake indépendantes du Conseil de bande, les excuses du pape François pour «le génocide» commis par l’Église envers les Autochtones ne suffisent pas. Lors d’une manifestation au pied du mont Royal, elles ont réaffirmé leur opposition à la venue du pape au Canada.

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«Personne ne nous a demandé s’il [le pape] pouvait venir sur notre territoire. Il n’a pas le droit d’être ici. Nous ne l’avons pas invité», lance d’emblée Kahentinepha, membre des kanien’kehà:ka kahnistensera (mères mohawks) et organisatrice d’une manifestation qui s’est déroulée mercredi après-midi, à Montréal.

Kahentinetha

Photo Élise Lacombe

Kahentinetha

Devant le mont Royal, les mères mohawks, soutenues par quelques dizaines de personnes, ont redemandé «ce que les premiers peuples n’ont jamais cédé»: leur terre.

«Ils nous ont ignorés», poursuit Kahentinepha.

L’Église condamnée

D’un même souffle, les kanien’kehà:ka kahnistensera exigent le retrait de la croix plantée au sommet de la montagne. «C’est un symbole de percussion pour nous autres», fait valoir Karakwiné, une des mères mohawks.

Karakwiné

Photo Élise Lacombe

Karakwiné

Elles déplorent également que la visite papale se soit organisée sans l’accord de tous les membres des Premiers Peuples.

«On ne marche pas avec les gouvernements québécois et canadien. Le pape ne s’est pas vraiment excusé pour tout ce que les communautés religieuses avaient commis dans les pensionnats, ce qu’elles ont fait vivre aux enfants», soutient Karakwiné.

Des orphelins de Duplessis – ces milliers d’enfants qui ont faussement été déclarés malades par le gouvernement du Québec et confinés dans des institutions psychiatriques entre les années 1940 et 1960 – étaient aussi de la manifestation.

Lors d’une conférence de presse, certains ont raconté les horreurs vécues dans ces institutions psychiatriques, et les multiples agressions sexuelles commises par les membres des communautés religieuses.

Ils condamnent également la visite du pape au Québec, et l’Église catholique tout entière. «La Croix du mont Royal doit être retirée», ont-ils appuyé.

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«Les personnes qui ont commis les plus gros crimes de l‘humanité marchent librement dans la rue et sur nos terres, plaide Kahentinepha. Ils nous ont tués et ont amené de la souffrance à des millions de personnes. Ils méritent le même traitement qu’ils nous donné.»

Sépultures anonymes

Les mères mohawks ont rappelé dans la foulée être concernées par les possibles sépultures anonymes sous le site de l’ancien hôpital Royal Victoria et de l’Institut Allan Memorial, où les travaux de construction du projet «Nouveau Vic» doivent commencer en octobre.

Le site pourrait également héberger des vestiges archéologiques du premier village iroquois précolonial.

Fin mars, six d’entre elles ont déposé une poursuite civile en Cour supérieure du Québec pour faire suspendre les travaux et obtenir du financement pour effectuer des fouilles sur le site.

Beaucoup d’informations leur manquent toujours pour faire valoir leurs arguments devant la cour.

Une audience est prévue le 26 octobre, confirme Kahentinepha.

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