Un «gros show médiatique»: ce que pensent des Autochtones des excuses du pape François | 24 heures
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Un «gros show médiatique»: ce que pensent des Autochtones des excuses du pape François

Stéphanie Brazeau, une femme anichinabée du Lac-Simon.
Photo Courtoisie

Stéphanie Brazeau, une femme anichinabée du Lac-Simon.

Le pape François, qui est arrivé au Québec aujourd’hui après son passage dans l’Ouest canadien, a présenté dimanche ses excuses aux peuples autochtones pour le mal commis par l’Église catholique pendant des décennies dans les pensionnats partout au pays. Voici comment ses excuses sont perçues par des membres de communautés autochtones avec qui le 24 heures s’est entretenu.  

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«Il n’y a aucune excuse qui vaille» – Trish Norton  

Trish Norton est catégorique: les excuses du pape ne servent à rien. Il n’y a rien qu’il puisse dire qui excusera le rôle qu’a joué l’Église dans ces écoles où les jeunes Autochtones étaient envoyés pour les couper de leur culture, affirme la femme mohawk.   

Trish Norton, une femme mohawk.

Photo Courtoisie

Trish Norton, une femme mohawk.

«Il n’y a aucune excuse qui vaille pour le mauvais traitement qu’ont vécu mes ancêtres dans les pensionnats», insiste-t-elle.    

«Le pardon viendra pendant que nous guérissons», poursuit-elle.    

Ce dont les communautés autochtones ont vraiment besoin, c’est de l’argent pour mettre en place des infrastructures qui permettront la guérison, soutient la mohwak originaire de Kahnawake.

«Il a fallu que des milliers d’enfants soient découverts dans ces écoles pour que les gens comprennent pourquoi notre peuple est fâché depuis si longtemps, pourquoi nous sommes blessés, pourquoi nous avons autant d’alcooliques et de drogués», regrette Trish Norton.   

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Il faut plus que de «belles paroles» – Stéphanie Brazeau  

«Une faute avouée est à moitié pardonnée»: pour Stéphanie Brazeau, une Anichinabée descendante de la communauté du Lac-Simon, les excuses formulées par le pape François constituent un bon pas vers l’avant. Il faut toutefois bien plus que des mots pour guérir les gestes du passé.    

«Je vais prendre les excuses du pape quand je vais voir que tout le système qui a été créé pour nous oppresser a été démantelé, décolonisé et autochtonisé», soutient celle qui travaille avec de jeunes autochtones en difficulté.   

Stéphanie Brazeau, une femme anichinabée du Lac-Simon.

Photo Courtoisie

Stéphanie Brazeau, une femme anichinabée du Lac-Simon.

«Des excuses qui ne sont pas suivies par des actions, pour moi, ça ne vaut pas grand-chose [...] Dans les prochains mois, les prochaines années, c’est là qu’on va voir si ces excuses sont véritables ou si c’est juste des excuses pour bien faire paraître l’Église», souligne-t-elle.    

Pour Stéphanie Brazeau, les mesures mises en place jusqu’à présent, comme l’indemnisation des victimes des pensionnats, ne sont pas suffisantes pour réparer les traumatismes que ces établissements ont pu provoquer. Il faudrait davantage de programmes d’aide pour véritablement guérir les traumatismes vécus depuis le début de la colonisation, dit-elle.    

Elle espère néanmoins que la visite du pape au pays permettra d’«éveiller les consciences des allochtones envers les autochtones» et d'«amener une certaine crédibilité envers les survivants».    

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Un «show médiatique» – Makanaskina 

Makanaskina parle sans équivoque: la visite du pape François au Canada n’est que «de la poudre aux yeux» et ses excuses ne sont qu’un «gros show médiatique qui n’a rien de concret».    

«Pour moi, c’est une Église tachée de sang qui s’enrichit sur le dos des Autochtones», soutient l'Innu de Nutshimit (qui signifie «de l'intérieur des terres» en innu). Il reconnaît néanmoins que la visite du pape au Canada pourrait aider certains Autochtones dans leur processus de guérison.   

Pour Makanaskina, l’Église catholique devrait être jugée par les tribunaux pour les torts qu’elle a causés à plusieurs générations d’Autochtones. «Un génocide, c’est un crime», insiste-t-il.    

Et aux yeux de celui qui plaide pour l’autodétermination des peuples autochtones, le génocide continue. Il fait notamment référence aux femmes autochtones disparues et assassinées et aux traumatismes vécus par les ex-pensionnaires qui sont toujours bien présents.    

Des excuses de façade? 

Pour d’autres membres de communautés autochtones, les excuses du pape ne passent pas non plus.   

«Les marques vont rester les mêmes» malgré les excuses du pape, pense Yvan Boivin.  

S'il s’agit d’un premier pas dans la bonne direction, l'homme atikamekw aimerait que les communautés autochtones cessent d’être ignorées.   

«Les excuses, c’est une façade pour pas que l’Église dédommage les victimes des pensionnats qui ont vécu des abus de toutes sortes», croit pour sa part Benoit Thisselmagan.   

L’homme originaire de Mashteuiatsh, une communauté innue, ne perçoit pas les excuses du pape comme sincères. Le temps est la seule façon de guérir, affirme celui dont la mère a vécu dans un pensionnat. Pendant son enfance, il raconte avoir subi les effets collatéraux du traumatisme dont sa mère a souffert.   

«On ne peut pas nous imposer de guérir», rappelle quant à elle Jeannette, une femme innue.   

Jeannette s’indigne que certains chefs de bande soient allés à la rencontre du pape à Edmonton, alors que d’autres iront l'accueillir à Québec mercredi. «Je suis abasourdie et déçue de voir comment les chefs de bande peuvent opprimer leur propre peuple», se désole-t-elle.  


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