Compenser les GES: une bonne idée pour atteindre la carboneutralité dans les festivals? | 24 heures
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Compenser les GES: une bonne idée pour atteindre la carboneutralité dans les festivals?

Image principale de l'article Les festivals devraient-ils compenser leurs GES?
Photo Ludovic Gauthier / Le Festif!

Déjà reconnu pour sa politique de développement durable, Le Festif de Baie-St-Paul affirme qu’il sera carboneutre pour la première fois cette année par l’achat de crédits pour tous les gaz à effet de serre émis pendant l’événement. Si la compensation de GES est souhaitable, les festivals devraient d’abord travailler à réduire leurs émissions, insistent des experts.

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«Il y a plusieurs façons de compenser ses GES, mais on s’est rendu compte que de planter des arbres n’était pas la meilleure option. Ça prend des dizaines d’années avant qu’ils ne captent le CO2», souligne la directrice de la production des spectacles responsable du développement durable du Festif, Anne-Marie Dufour. 

L’organisation a donc choisi de miser sur les «crédits carbone éducatifs» qui seront distribués dans les écoles primaires de Charlevoix. 

Dans une étude de 2017 publiée dans le journal de l’American Geophysical Union, Earth’s Future, on mentionne que la plantation d’arbres ne permettrait plus vraiment de compenser les émissions: le réchauffement climatique a atteint la limite. 

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Chaque crédit — une initiative de la Coop FA à Lévis — permet d’éviter une tonne de CO2, dit-on, grâce à l'éducation et aux engagements de réduction des GES des élèves qui participent au programme. 

  • Écoutez l'entrevue de Vincent Dessureault avec Guillaume Philippe, coordonateur en développement durable du Festif! de Baie-Saint-Paul sur QUB Radio :

Pour l’heure, il n’existe pas de données publiques pour calculer l’empreinte carbone des festivals, et le Festif n’est pas en mesure de calculer concrètement les gaz à effet de serre qui ont été émis pendant l’événement. 

Mais sans ces données, est-ce toujours efficace de miser sur la compensation? 

La dernère étape

Pour le directeur de la Chaire en écoconseil de l’Université du Québec à Chicoutimi, Claude Villeneuve, «il est plus pertinent que jamais de compenser ses GES». 

«Mais ça doit être la dernière étape dans le processus vers la carboneutralité», rappelle celui qui est aussi directeur du programme de compensation Carbone boréal.

L’analyste des politiques climatiques pour Équiterre, Émile Boisseau-Bouvier, est également d’avis que cette méthode a sa place dans les grands événements. 

Mais gare au greenwashing, prévient-il. 

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«Plus les compensations carbone sont mises de l’avant pendant un événement, plus le reste des actions est généralement faible», signale M. Boisseau-Bouvier. 

Selon les experts, il faut avant tout réduire à la source. 

«On doit s’attaquer aux vrais enjeux plutôt que de se donner bonne conscience», précise l’analyste pour Équiterre, qui croit par ailleurs que les événements d’envergure — «avec un gros budget» — devraient en faire plus. 

«Dans la section développement durable, la première mesure qu’Osheaga dit avoir mise en place est que le festival est à quelques pas du métro», illustre-t-il. 

Il cite également le Festival de Jazz de Montréal, où il est précisé dans la politique de développement durable qu’on utilise «uniquement l’énergie hydroélectrique» excepté quelques génératrices à essence en cas d’urgence. 

«C’est le genre de mesures environnementales un peu loufoques qui devraient être pointées du doigt», déplore M. Boisseau-Bouvier. «Pour le Festif, la compensation des GES est une mesure parmi tant d’autres et non la mesure phare.» 

«Les écarts ne sont pas tolérés»

À Baie-St-Paul, municipalité de 7000 habitants, 40 000 personnes s’entassent pendant les quatre jours du festival. 

«On ne peut pas surveille tout le monde. Il y a évidemment de petites failles. Mais ce qu’on observe, c’est que les participants sont vraiment respectueux de notre démarche environnementale. On attire le festivalier qu’on veut parce qu’on leur propose un événement proche de leur valeur», estime Anne-Marie Dufour. 

Et il ne suffit que de se promener dans les rues de la ville pour le constater. 

Photo Ludovic Boquel / Le Festif!

Rares sont les personnes aperçues sans un gobelet réutilisable à l’image de l’événement. Les multiples stations d’eau potable permettent d’étancher la soif sans plastique à usage unique, qui a été banni du Festif en 2015. 

Des bacs de compost et de recyclage sont installés partout sur le site, en plus des stations de récupération de mégots de cigarettes qui sont ensuite transformés en objets du quotidien. 

L’offre alimentaire, quoique modeste, est 100% locale. Tous les contenants et ustensiles sont compostables. Et dans les loges, la nourriture est offerte en vrac. 

«Ici c’est zéro déchet», soutient Mme Dufour. «Tout le monde qui travaille au Festif le sait, nos fournisseurs le savent. Les écarts ne sont pas tolérés.» 

Dans un festival de musique organisé dans une municipalité éloignée, le transport demeure un ennemi de la gestion des gaz à effet de serre (GES). Pour répondre à ce problème, le Festif a donc mis en place des groupes de covoiturage et des navettes. 

«On a une politique hyper stricte, il y a un souci de développement durable dans toutes nos décisions», ajoute-t-elle. «Même les scénographes doivent utiliser des matériaux en seconde vie.» 

Photo Caroline Perron / Le Festif!

Le festival cumule par ailleurs six mentions pour son engagement écoresponsable depuis ses débuts, dont le grand prix au gala des événements écoresponsables du Québec en 2018.