Essai du Breville Joule Oven Air Fryer Pro: assez bon pour remplacer un four? | 24 heures
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Essai du Breville Joule Oven Air Fryer Pro: assez bon pour remplacer un four?

Le four intelligent Joule peut automatiquement faire lever, cuire et dorer des croissants.
Photo : Breville.

Le four intelligent Joule peut automatiquement faire lever, cuire et dorer des croissants.

Ce qui a débuté comme une simple critique de four intelligent pourrait bien se transformer en une véritable refonte de ma cuisine. Voici pourquoi.

Dès le moment où j’ai appris l’existence du four Joule (de son nom complet le «Joule Oven Air Fryer Pro», mais on ne l’appellera pas comme ça, quand même), j’ai su que je devais en faire l’essai. En 2017, dans ma critique du thermocirculateur sous vide Joule publiée au lancement de l’appareil au Canada, j’avais avoué que ce gadget avait créé chez moi une obsession pour la cuisine sous vide, où des aliments sont emballés et cuits dans l’eau à une température précise. Cinq ans plus tard, je suis toujours aussi accro.

Le nouveau four de Breville (vendu 639,99$) est le premier appareil Joule à voir le jour depuis ce thermocirculateur. Il était temps. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’appareil n’est toutefois pas destiné à la cuisson sous vide. Il s’agit plutôt d’un four connecté Breville, dont l’application, certaines recettes et certaines fonctions intelligentes ont été développées par ChefSteps, l’équipe derrière le thermocirculateur Joule. 

Technologiquement, l’appareil est un four à convection assez classique, où de l’air circule pour accélérer la cuisson et mieux répartir la chaleur. Celui-ci est doté d’un design qui permet une bonne circulation d’air et d’une ventilation plus efficace que celle d’un four à convection traditionnel. En pratique, on peut donc l’utiliser comme une friteuse à air, un four grille-pain, un four normal, un déshydrateur (puisqu’il peut chauffer à partir d’aussi peu que 80 oF) et plus. 

L’appareil est assez gros – on peut d’ailleurs y cuisiner une dinde de 14 livres, selon Breville, mais j’ai de la difficulté à croire que le résultat sera réussi –, mais quand même assez petit pour tenir sur un comptoir régulier.  

Des fonctions intelligentes qui touchent la cible

L’application mobile du four Joule est particulièrement réussie.

Capture d’écran : Maxime Johnson.

L’application mobile du four Joule est particulièrement réussie.

J’ai essayé pas mal d’applications de cuisine au cours des dernières années. Celle du four Joule est ma préférée à ce jour. 

Ces logiciels sont en effet souvent capricieux. Ils se déconnectent constamment, ils sont peu mis à jour, et leur utilité est habituellement limitée. 

Ici, ce n’est pas le cas. L’application de Breville, elle, semble en permanence connectée au four (qui est relié au réseau grâce à une connexion Wi-Fi). Si vous préchauffez le Joule à l’aide des boutons sur l’appareil directement, votre téléphone vibrera quand la température sera atteinte, par exemple, même s’il n’a pas été utilisé pour lancer la cuisson. 

J’ai aussi apprécié le mode pilote automatique du four, un programme qui modifie automatiquement la température et le mode de cuisson, afin par exemple de faire lever du pain, puis de le faire cuire et de le faire dorer à la toute fin. Dans la recette de poulet de rôtisserie, la température et le niveau de convection varient constamment pendant près de quatre heures, pour arriver à la cuisson parfaite. Du moins, c’est l’affirmation officielle. En pratique, n’importe quelle rôtisserie portugaise fait du meilleur poulet, mais il est vrai que rapport qualité/complexité, cette cuisson automatique est difficile à battre. 

Un poulet rôti cuit avec le mode pilote automatique du Joule.

Photo : Maxime Johnson.

Un poulet rôti cuit avec le mode pilote automatique du Joule.

L’application offre aussi un bon choix de recettes (dont des végétariennes, comme un excellent steak de chou-fleur au chimichurri), avec des instructions visuelles claires et des paramètres qui peuvent être modifiés au besoin. Notons que le four peut aussi être relié à un assistant vocal pour savoir par exemple combien de temps il reste à la cuisson.  

Est-ce que les fonctionnalités intelligentes du four Joule sont révolutionnaires? Non. Mais elles sont toutes bien réussies. Je n’utilise habituellement jamais les applications fournies avec des électroménagers connectés. Ici, je lance l’appli de Breville tous les jours pour trouver des recettes, pour contrôler le four et pour recevoir mes alertes sur mon téléphone. C’est un ajout utile, et non seulement un gadget de plus pour justifier un gros prix de vente (l’un n’exclut pas l’autre, cela dit: le four Joule est vendu 800$, mais la version Breville régulière, sans les fonctionnalités Joule, est vendue 639$). 

Notons d’ailleurs que même sans l’application, les différentes molettes et boutons sur le côté du four permettent de le contrôler efficacement, vous n’êtes donc pas tenus de sortir votre téléphone pour cuisiner.  

Est-ce qu’il y a place à amélioration? Certainement. Tant qu’à faire un four connecté, j’aurais bien aimé avoir une caméra à l’intérieur, par exemple, et je regrette qu’il soit impossible de connaître la température actuelle du four (un oubli étonnant). L’écran sur le côté est aussi d’une qualité douteuse, et affiche toutes les informations en même temps si on le regarde en angle, à la manière d’un réveille-matin des années 1980. 

Un four / friteuse à air / déshydrateur (et plus) plus que convenable

Un espace arrondi à l’arrière du four assure une bonne circulation d’air, même lorsqu’une plaque occupe toute la grille.

Photo : Maxime Johnson.

Un espace arrondi à l’arrière du four assure une bonne circulation d’air, même lorsqu’une plaque occupe toute la grille.

Le Joule est intelligent, mais est-ce un bon four? Quand même. 

Celui-ci atteint sa température rapidement (le préchauffer à 400 oF prend par exemple environ 4 minutes 45, contre 8 minutes pour mon four habituel), et il la conserve bien. Il offre 8 positions pour les grilles, ce qui permet de cuire à peu près n’importe quoi, et il vient avec une multitude d’accessoires (plaque à pizza, rôtissoire, plaque à friteuse à air, etc.). 

Je préfère en fait utiliser ce petit four que mon four régulier. La cuisson est plus rapide, on gaspille moins d’énergie (car il ne faut pas chauffer d’immense cuve en fonte) et il est plus polyvalent. Il est aussi plus facile à laver, puisque le fond peut être retiré et qu’il est facilement accessible. Il grille (le bon vieux «broil») aussi d’une façon assez constante sur toute la surface des plats (ce n’est pas parfait, mais ce n’est pas pire qu’avec n’importe quel four régulier). 

Pour ceux qui veulent remplacer plusieurs appareils, notons que la fonction grille-pain n’est utile que si vous faites plusieurs toasts à la fois (sinon, un grille-pain conventionnel est plus efficace), mais je me suis beaucoup amusé avec la fonction de friteuse à air. 

«Je creuserai la terre / jusqu’après ma mort / pour couvrir ton corps / d’or et de lumière», disait Jacques Brel, probablement en l’honneur de cette recette d’ailes de poulet.

Photo : Maxime Johnson.

«Je creuserai la terre / jusqu’après ma mort / pour couvrir ton corps / d’or et de lumière», disait Jacques Brel, probablement en l’honneur de cette recette d’ailes de poulet.

J’ai d’ailleurs réalisé les meilleures ailes de poulet de ma vie dans ce four, en suivant une recette de ChefSteps fournie avec l’application. Le secret: paner les ailes avec un mélange de farine et de poudre à pâte et les cuire recouvertes de papier d’aluminium à basse température, puis les terminer en mode friture sous vide. J’ai ensuite fait une sauce buffalo (moitié beurre, moitié sauce Red Hot) dans laquelle j’ai nappé les ailes. 

Elles étaient à la fois juteuses et croustillantes. Tant avec la sauce que nature, c’étaient les meilleures ailes de ma vie. J’en parle à tout le monde que je croise, et je compte les jours avant de répéter la recette. 

Image 6 : ailes final.jpg Je présume que Vincent Vallières avait ces ailes en tête lorsqu’il a écrit «Au travers des doutes / Des travers de la route / Et de plus en plus fort / On va s'aimer encore».

Photo : Maxime Johnson.

Image 6 : ailes final.jpg Je présume que Vincent Vallières avait ces ailes en tête lorsqu’il a écrit «Au travers des doutes / Des travers de la route / Et de plus en plus fort / On va s'aimer encore».

Notons toutefois que je ne suis pas le plus grand amateur de la friture à air en général, et que le Joule ne remplacera jamais ma friteuse pour les frites maison et le poulet frit. Cela dit, pour faire cuire de la friture du commerce (frites congelées, Pogo, palourdes frites gaspésiennes), ce mode de cuisson fonctionne vraiment bien. Non seulement la croustillance est parfaite, mais le temps de cuisson est aussi réduit (des frites Cavendish – les mêmes que celles utilisées par un célèbre restaurant de poulet frit montréalais dont nous tairons le nom – ne prennent que 13 minutes à cuire, contre 20 minutes dans un four normal). 

Ici aussi, j’ai toutefois deux bémols. Le four est tout d’abord plus petit qu’un four conventionnel. Si vous cuisez quelque chose de gros, la nourriture risque donc d’être près de l’élément du haut, et de brûler un peu si vous ne faites pas attention. Si vous avez du sucre dans la marinade sèche pour votre poulet, par exemple, le dessus risque de noircir. C’est d’ailleurs pour cette raison que je ne crois pas à la cuisson d’une dinde de 14 livres dans cet appareil (j’ai essayé d’en trouver une pour faire le test, d’ailleurs, mais sans succès). 

Autre point négatif, plus personnel: ma grosse cocotte Le Creuset n’y entre pas, à cause de la poignée sur le couvercle. Je pourrais sûrement trouver un couvercle avec des poignées sur le côté pour régler le problème, mais c’est tout de même fâchant. D’ailleurs, pour qu’elle rentre, je devrais mettre la grille à la position la plus basse. Ça ne m’inquiète pas pour mon cassoulet (l’un des plats que je fais au four dans cette cocotte), puisque je recouvre le fond d’une grosse couenne de porc qui empêche le mélange de coller et enveloppe le repas d’un doux arôme porcin, mais on ne peut pas mettre une couenne dans chacun de ses plats non plus. Malheureusement. 

Après deux mois sans four, je vais essayer un an

Vous pouvez faire une pizza de 13 pouces dans le four Joule.

Photo : Maxime Johnson.

Vous pouvez faire une pizza de 13 pouces dans le four Joule.

Je m’étais fixé comme objectif de ne pas utiliser mon four régulier pendant ce test, pour vraiment pousser le Breville Joule à ses limites. Deux mois plus tard, j’y suis arrivé sans problème. Il n’y a qu’une fois où j’ai dû adapter une recette, en terminant la cuisson de saucisses sur la poêle puisque j’avais besoin de plus de place dans le petit four (à long terme, ce problème pourrait toutefois se régler avec l’achat d’une rôtissoire supplémentaire). 

Mon essai convaincant m’a même incité à me poser une question: est-ce que je pourrais remplacer mon four (qui arrive en fin de vie et qui devra être changé plus tôt que tard) pour de bon par celui-ci? 

L’idée n’est pas farfelue. Il est beaucoup plus écoénergétique d’utiliser le Joule que mon gros Kenmore, et je peux faire plus de choses différentes avec. En effectuant ce changement, je pourrais aussi installer une plaque de cuisson à induction, et récupérer tout l’espace autrefois occupé par l’intérieur du four. Plus d’espace = plus de place pour des gadgets. 

Le four intelligent Joule peut-il remplacer un véritable four?

Photo : Breville.

Le four intelligent Joule peut-il remplacer un véritable four?

Je ne crois pas qu’une telle transition se fera sans anicroches. Je fais des biscuits une fois par année. J’aurai probablement besoin de les cuire en deux groupes avec le petit four. J’ai fait en décembre dernier pour un groupe d’amis deux gros plats de gratin dauphinois comme accompagnement. Ici aussi, il aurait fallu m’adapter en n’en cuisant qu’un seul, en les cuisant séparément ou en optant pour une autre recette. 

Plusieurs se rebutent à des compromis du genre. C’est la mentalité du «je vais m’acheter un VUS parce que je dois aller dans un chalet avec une route en gravelle une fois par an». Personnellement, adapter mon menu deux fois dans l’année pour profiter des avantages du plus petit format les 363 autres jours m’apparaît une bonne idée. 

Mais peut-être que ce sera plus que deux fois, et peut-être que ces compromis seront trop gros et trop fréquents. Pour en avoir le cœur net, je me donne une année de plus à en faire l’essai avant de retirer mon gros four pour de bon. 

Et plus, ça me donnera l’occasion d’essayer de faire une dinde de 14 livres à l’Action de grâce. 

On aime 

  • Bonne qualité et bonne variété de recettes.
  • Excellente application mobile.
  • Puissant et polyvalent.
  • Plusieurs accessoires inclus. 
  • Plus écoénergétique qu’un four.
  • Un ajout réellement pratique dans une cuisine, qu’on utilise tous les jours. 

On aime moins

  • Écran d’une qualité douteuse.
  • Requiert une surveillance de près pour ne pas brûler certains aliments.
  • Surfaces très chaudes. 
  • D’autres fours intelligents offrent des technologies plus avancées, comme la cuisson à la lumière. 
  • Il manque des recettes dans la version française de l’application.
  • Une plaque de friteuse à air supplémentaire aurait été appréciée.