Animaux malades, prix exorbitants: une SPA de Lanaudière vivement critiquée | 24 heures
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Animaux malades, prix exorbitants: une SPA de Lanaudière vivement critiquée

Image principale de l'article Une SPA de Lanaudière vivement critiquée
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Chiens vendus à des prix exorbitants, animaux malades et soupçons de maltraitance: des clients et d’anciens employés de la SPA régionale, à Saint-Lin–Laurentides, dénoncent le refuge.  

En mai dernier, en défilant son fil d’actualité Facebook, Léanna Perreault a un coup de foudre pour un chiot Border Collie disponible pour adoption à la SPA régionale, située dans Lanaudière. 

Chaque semaine, le refuge affiche sur sa page Facebook des animaux à vendre. En juillet seulement, 29 chats et 65 chiens, dont des dizaines de chiots, y ont été mis en vente, selon le Bureau denquête de Québecor. 

Après avoir rencontré l’animal, Léanna décide de l’adopter. Elle débourse un peu plus de 3000$, avec les taxes, pour se procurer Enzo, un montant bien plus imposant que ce que demandent généralement les SPA et les SPCA.  

Mais une fois à la maison, les problèmes commencent. Enzo est terrorisé de sa cage et du coupe-griffes. Et lorsqu’elle retourne à la SPA, quelques semaines plus tard, pour un cours de dressage, son chien refuse d’entrer. «Il était terrifié, il n’y avait rien à faire.» 

D’autres histoires d’horreur 

En mars 2022, Karine adopte une chienne au même refuge. Très vite, l’animal commence à mal aller.  

«Elle s’est mise à déféquer partout, à se gratter. Ça m’inquiétait, parce que j’avais déjà des animaux chez moi et ça ne me tentait pas qu’ils pognent de quoi», se souvient-elle.  

La chienne de laquelle Karine a dû se départir.

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La chienne de laquelle Karine a dû se départir.

Lorsqu’elle tente d’amener sa chienne au refuge pour y récupérer des vermifuges, l’animal refuse d’y mettre les pattes. «C’était l’enfer. Elle se crispait, elle avait les pattes qui ne rentraient pas en dedans. C’était la panique générale.» 

Ne sachant plus quoi faire, Karine se résigne à redonner l’animal au refuge. Elle ignore ce qui lui est arrivé.  

En se rendant à la SPA en mars dernier, Sabrina Audet remarque que Léo, le chien qu’elle souhaite adopter, ne semble pas bien traité au refuge. «Son poil était long et plein de nœuds. Ses pattes étaient moutonneuses et il avait des engelures», explique-t-elle.

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Elle décide quand même d’adopter l’animal, pour le sortir de là. Deux jours après être arrivé chez elle, le chien, lui aussi terrorisé de sa cage, a dû être hospitalisé pendant une dizaine de jours. 

Léo, le chien de Sabrina Audet

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Léo, le chien de Sabrina Audet

Des ex-employés témoignent

Les critiques à l’endroit du refuge de Lanaudière ne viennent pas seulement de clients. Une ancienne employée avec qui le 24 heures s’est entretenu dénonce, elle aussi, le fonctionnement de la SPA.  

«J'ai aussi mis fin à mon emploi en 2019 à cause de toutes les choses qu’on voyait», raconte Fanny Lemieux.  

«Beaucoup d’animaux malades qui ne se font pas soigner, des euthanasies de masse sur les animaux “pas vendables”, ceux que ça prend du temps à se faire adopter, qui sont moins beaux», soutient notamment l’ex-employée.  

Fanny Lemieux affirme également que le refuge avait droit à un grand ménage lorsqu'il y avait des inspections. «Mais aussitôt que les inspecteurs partent, ça redevient comme avant», avance-t-elle, à propos de son expérience.  

D’autres ex-employés ont raconté au Bureau d’enquête avoir vu plusieurs animaux malades à l’intérieur du chenil, sous prétexte que les responsables ne voulaient pas investir d’argent pour leur santé.

Ébranlés par leur état, des membres du personnel s’affairaient à leur trouver un meilleur environnement, souvent à travers des groupes citoyens de sauvetage animaliers. 

«Pendant le processus pour trouver une place, ils n’avaient pas de soins et de médicaments. Ils souffraient [...] Il pouvait arriver que j’arrive le matin et que je voie un chat ou un chien mort dans son enclos», raconte une employée qui souhaite garder l’anonymat.

Un chien 3 fois plus gros 

En entrevue au Bureau d’enquête, une autre cliente, Sarah Miron, a raconté avoir adopté un chien en décembre dernier à la SPA régionale. L'animal a grandi au point de peser trois fois plus que ses supposés 20 lb, dit-elle. 

Croyant avoir acheté un petit boston terrier croisé, elle a découvert qu’il était en fait un mélange de trois autres races.   

«Combien de familles comme nous se sont fait avoir en pensant que la chance leur souriait?», se demande-t-elle. 

La SPA régionale se défend 

Par messages Facebook, la SPA régionale de Saint-Lin-Laurentides a rejeté les critiques, affirmant qu’il s’agissait d’allégations infondées.  

«Nous ne maltraitons pas les animaux, mais oui, nous sommes différents des autres SPA/SPCA dans nos politiques de prix de mise en adoption et d’adoption», soutient le refuge.  

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) a pour sa part confirmé que «des interventions en vertu du bien-être animal ont eu lieu au cours des derniers mois» à la SPA de Saint-Lin-Laurentides.  

TOUT LE MONDE PEUT SE NOMMER SPA  

N’importe quelle entreprise peut s’affirmer «Société protectrice des animaux», peu importe si elle a à cœur le bien-être des animaux ou non. 

Tout individu peut fonder un refuge et prendre le nom SPA ou SPCA s’il le désire, affirme Corinne Gonzalez, présidente de l’Association québécoise des SPA et SPCA. 

Sans vouloir commenter le cas de la SPA régionale, elle soutient que les noms ne sont pas protégés. 

«Ce nom peut être utilisé par n’importe qui. Des municipalités ne savent pas que ce n’est pas régi», dit-elle. 

La Ville de Saint-Lin–Laurentides, qui retient les services de la SPA régionale pour ses licences d’animaux, va enquêter afin de s’assurer que l’entreprise est conforme à ses normes.  

«Ça ne correspond pas aux valeurs de la Ville. On est un peu sous le choc», précise la directrice des communications de la Ville, Marilyn Laroche. 

Charles Mathieu et Camille Payant, le Bureau d’enquête et Le Journal