Les armes envoyées en Ukraine pourraient se retrouver entre les mains de terroristes | 24 heures
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Les armes envoyées en Ukraine pourraient se retrouver entre les mains de terroristes

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AFP

Missiles, mitraillettes, fusils automatiques, fusils de précision, pistolets, drones: les armes occidentales continuent d’affluer en Ukraine, cinq mois après le début de l’invasion russe. Et bien que ces armes soient essentielles pour permettre à l’Ukraine de se battre contre l'envahisseur, elles pourraient se retrouver entre les mains de criminels une fois la guerre terminée.  

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Interpol, Europol, Frontex et l’Union européenne: dans les dernières semaines, plusieurs organisations ont en effet exprimé leurs craintes de voir les armes livrées en Ukraine nourrir le marché noir. 

«Il y a un risque très important lié à la prolifération d'armes en Ukraine en ce moment, notamment en ce qui concerne les armes à feu légères et de petits calibres», soulignait en mai Nils Duquet, directeur du Flemish Peace Institute, un organisme qui se spécialise dans l’acquisition d’armes illégales par des réseaux terroristes en Europe.

«C’est très difficile de bien contrôler l’accès à ces armes, puisqu’elles peuvent être prises à des soldats ennemis, elles peuvent être volées des réserves gouvernementales, certains soldats peuvent les garder pour les revendre», admet le professeur associé de criminologie et d’études sociolégales au Centre d’études européennes, russes et eurasiennes de l’Université de Toronto, Matthew Light.

«Il y a plusieurs façons que des armes destinées à la défense du pays se retrouvent entre de mauvaises mains. C’est arrivé après la Deuxième Guerre mondiale, après la guerre des Balkans dans les années 1990, et ce sera aussi un problème en Ukraine lorsque les besoins locaux en armes diminueront», poursuit-il. 

Il faut savoir que des armes de grade militaire ont déjà été utilisées dans des attaques terroristes, comme celle de Charlie Hebdo, en janvier 2015, note Francis Langlois, expert en armes à feu de la Chaire Raoul-Dandurand. 

L’Ukraine s’apprête d’ailleurs à recevoir un nouvel envoi d’armes des États-Unis d’une valeur d’un milliard de dollars. 

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Un risque nécessaire 

Mais bien que des risques existent, Matthew Light rappelle que les livraisons d’armes en Ukraine sont la meilleure solution que ses alliés, comme le Canada, ont trouvée pour lui venir en aide. 

«L’Ukraine se bat actuellement pour sa survie contre un ennemi qui l’envahit et viole son indépendance. Elle a toujours des besoins militaires pressants et ses alliés ont décidé que la meilleure façon de lui venir en aide sans intervenir, c’est d’envoyer des armes. Donc l’enjeu principal ici, c’est de savoir si l’Ukraine conservera son indépendance et demeurera un pays libre, ou bien si elle cessera d’exister et deviendra une espèce de colonie de la Russie», dit-il. 

Le gouvernement ukrainien semble d'ailleurs déterminé à se battre contre le trafic d'armes. 

«Le gouvernement ukrainien n’est pas passif face à cette question et on ne doit pas douter de leur détermination. Les institutions d’Ukraine fonctionnent plutôt bien à plusieurs niveaux malgré la guerre», affirme celui qui s’intéresse aux questions de sécurité publique dans les anciennes républiques de l’Union soviétique. 

«D’ailleurs, les soldats ukrainiens impliqués dans les saisies d’armes à qui nous avons parlé nous ont confirmé que ces saisies surviennent chaque jour. On peut voir ça comme une preuve que le problème existe, mais aussi comme un signe que le gouvernement s’y attaque», conclut-il.