Vers une baisse de 17% du prix des maisons au Québec: 5 questions pour bien comprendre | 24 heures
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Vers une baisse de 17% du prix des maisons au Québec: 5 questions pour bien comprendre

Image principale de l'article Vers une baisse de 17% du prix des propriétés?
Photomontage: Julie Verville

Le prix moyen des propriétés au Canada devrait connaître une baisse de 25% d’ici la fin de l’année 2023, selon les nouvelles prévisions du Mouvement Desjardins. Au Québec, cette baisse des prix devrait plutôt être de 17%. Pour bien comprendre les tenants et aboutissants de telles baisses à venir, nous avons posé nos questions à Hélène Bégin, économiste principale chez Desjardins.

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1. Vous prévoyez une baisse des prix de l’immobilier de près de 25% dans la prochaine année au Canada, alors que vous l’anticipiez plutôt à 15% il y a deux mois. Qu’est-ce qui explique cet écart important dans les prévisions?

Ça s’explique principalement pour trois raisons. D’abord, les taux d’intérêt hypothécaires ont augmenté de manière plus rapide et plus importante qu’anticipé. 

La deuxième chose, c’est que les prix des propriétés en Ontario et en Colombie-Britannique ont connu une baisse importante de 10% depuis février, des chiffres plus prononcés que prévu qui ont un poids important dans la moyenne canadienne. 

Le troisième élément concerne les conditions de marché, soit le nombre de maisons à vendre par rapport au nombre d’acheteurs. Au cours des deux derniers mois, on a remarqué que la demande des acheteurs s’est beaucoup affaiblie et que le nombre de propriétés à vendre a augmenté sur le marché. On parle déjà d’un certain retour à l’équilibre après avoir connu une pénurie importante de propriétés à vendre pendant la pandémie. 

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2. Doit-on craindre que sa maison perde de la valeur dans les années à venir?

Les prix des propriétés auront baissé d’ici la fin 2023, mais ils devraient rester 20% plus élevés qu’avant la pandémie. Tout dépend alors du timing de l’achat et de la revente. Si vous avez acheté au plus fort de la pandémie en surenchère de 50 000$, il n’y aura pas de problème si vous gardez votre maison pour plusieurs années étant donné qu’il y aura un retour à l’équilibre. Par contre, si vous avez acheté au plus fort de la pandémie en surenchère et que vous devez vous départir de votre maison en raison d’une perte d’emploi ou d’une séparation et que le prix de vente est inférieur au prix payé, ça peut poser un problème pour le remboursement de votre hypothèque. 

Si notre maison perd 15 ou 20% de sa valeur sur le marché au cours des prochains mois, on ne regagnera pas ça en claquant des doigts. Ça pourrait prendre quelques années avant que les prix progressent de nouveau de 2 ou 3% par année comme c’était le cas avant la pandémie. 

L'économiste principale de Desjardins, Hélène Bégin

Photo d'archives, Agence QMI

L'économiste principale de Desjardins, Hélène Bégin

3. Est-ce que la baisse des prix pourrait être plus importante pour certains types de propriétés, comme la maison unifamiliale?

Tous les produits seront touchés par la baisse des prix, mais surtout l’unifamiliale. C’est le produit immobilier qui a été le plus populaire pendant la pandémie et qui est aussi le plus cher. Au début de l’année 2022, les taux hypothécaires fixes sur un terme de 5 ans étaient en bas de 3% et aujourd’hui ils sont autour de 5,5%. Comme les prix des unifamiliales sont plus élevés que les autres biens, moins de gens se qualifient auprès des banques. 

Il va aussi y avoir des ajustements à la baisse pour les jumelés et les condos. Il se peut que la demande soit plus faible comme il s’agit souvent d’un produit pour les premiers acheteurs qui ont plus de mal à entrer sur le marché et à se qualifier pour un prêt hypothécaire.

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4. Comment se dessine la correction immobilière au Québec par rapport au reste du Canada?

Au Québec, on a atteint le pic de la hausse des prix en avril et depuis le mois de mai, on note une baisse des prix de 2% et ça va se poursuivre dans les prochains mois pour atteindre 17% à la fin de l’année 2023. C’est une diminution importante considérant que ça fait une vingtaine d’années que les prix en immobilier n’ont pas connu de repli au Québec. C’est un marché généralement plus stable que d’autres marchés au Canada alors ce sont des prévisions majeures pour le Québec. On trouve que les maisons sont chères au Québec, mais elles sont relativement abordables par rapport à celles en Colombie-Britannique ou en Ontario.

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5. Est-ce que certaines régions au Québec résistent mieux à la correction immobilière jusqu’à présent?

Tout l’est du Québec et les régions périphériques comme le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, le Lac-Saint-Jean, l’Abitibi, n’auront pas affaire à des baisses importantes de prix comme ce sont des régions qui ont connu moins de surenchère.