Dumpster diving: ce que j’ai trouvé en fouillant pour de la nourriture dans les poubelles de Montréal | 24 heures
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Dumpster diving: ce que j’ai trouvé en fouillant pour de la nourriture dans les poubelles de Montréal

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Des fruits et légumes biologiques, une vingtaine de boissons alcoolisées, deux briques de fromage: voilà certains des produits que j’ai récupérés lorsque j’ai fouillé dans des poubelles de Montréal à la recherche de nourriture. Alors que le prix du panier d’épicerie a bondi dans les derniers mois, je cherchais à savoir si, en 2022, c’est possible de bien s’alimenter grâce au dumpster diving. 

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Jour 1 

D’abord, c’est quoi, au juste, le dumpster diving (ou déchétarisme, en français)? C’est une pratique qui consiste à récupérer des aliments encore comestibles dans les poubelles des magasins et des restaurants.  

Après avoir consulté une carte qui répertorie les meilleurs endroits dans la métropole où faire du dumpster diving, je me dirige vers des ruelles du Plateau-Mont-Royal. J’enfile de vieux vêtements et une paire de gants et je traîne quelques sacs réutilisables.  

Thierry Laforce / Agence QMI

Cette première soirée est peu fructueuse. Après plus d’une vingtaine de minutes, je réussis à mettre la main sur une douzaine de pâtisseries. À première vue, elles ne semblent pas contaminées, même si elles ont été jetées sans emballage dans les poubelles. Je les rapporte chez moi pour les goûter, mais je n’ose même pas les manger puisqu’elles me répugnent un peu trop.  

  • Durée de la première tournée: 1h 
  • Valeur estimée des aliments récoltés: 9$ 

Jour 2 

En prévision de ma deuxième soirée – et pour mettre toutes les chances de mon côté –, je fais appel à une personne qui a commencé à faire du dumpster diving en 2015, parce qu’elle trouvait absurde de payer pour de la nourriture alors qu’elle pouvait trouver plein d’aliments en bon état dans les poubelles.  

«Quand tu sais où aller, tu peux faire ton épicerie pour la semaine en 20 minutes, sans que ça ne te coûte un sou», me confie celle qui souhaite rester anonyme pour ne pas nuire à sa carrière.  

«Peut-être que tu n’as pas exactement les articles sur ta liste d’épicerie, mais ça demeure un moyen de consommation qui est viable», poursuit-elle.  

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Et des trouvailles, elle en a réalisé depuis qu’elle s’est mise au dumpster diving. Elle a déjà amassé pour 1000$ d’aliments en une seule soirée. Elle aussi déjà récupéré d’un coup assez de nourriture pour nourrir ses deux chats pendant six mois. 

«Moi, je pratique la politique du restant, c’est-à-dire que je regarde, je tâte, je sens et si ça a de l’allure, je ramène [les aliments] chez moi. Exactement comme tu évalues tes restants que tu as dans ton frigo», m’explique-t-elle.  

Sa présence semble d’ailleurs me porter chance. Après un premier arrêt décevant, on frappe le gros lot avec les trois suivants qui sont répartis dans Le Plateau-Mont-Royal et Villeray. Je trouve deux sacs d’oranges, des tomates, un sac de carottes, un poivron rouge biologique, deux citrons, une tomate et quatre barquettes de mûres. Je récupère aussi de la sauce soya, du café équitable et biologique, 11 bières de microbrasserie, sept bières Birra Moretti et une boîte de préparations commerciales pour nourrissons.  

  • Durée de la première tournée: 2h  
  • Valeur estimée des aliments récoltés: 237$ 

Photo Jean Balthazard

Jours 3 et 4  

Pour mes troisième et quatrième soirées, je suis accompagné de Mathis Gobin, un Français qui vient tout juste de s’installer à Montréal. Il a commencé à faire du dumpster diving ici, parce qu’il trouvait que c’était plus accessible qu’en France.  

On se donne rendez-vous à Verdun, où l’on visite six endroits, sans succès.  

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«Le dumpster, c’est comme une loterie. Des fois, tu es chanceux et tu trouves plein de choses alors que d’autres fois, tu ne trouves rien», souligne-t-il.  

Mathis Gobin

Thierry Laforce / Agence QMI

Mathis Gobin

On décide de retenter notre chance quelques jours plus tard. On a bien fait, puisque la soirée est beaucoup plus fructueuse. On récupère des fruits et légumes, du fromage, des compotes et une gourde en bon état.  

  • Durée des tournées: 1h chacune 
  • Valeur estimée des aliments récoltés: 66$ 

Conclusion 

En trois jours, j’ai trouvé pour 300$ de nourriture. Malgré certaines soirées réussies, force est d’admettre, toutefois, que les solutions individuelles, comme le dumpster diving, ne constituent pas une solution sûre pour contrer la hausse du prix des aliments.  

D’abord, ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise de fouiller dans les poubelles pour s’alimenter. Et si l'intérêt pour le dumpster diving semble avoir grandi depuis le début de la pandémie – et avec la récente hausse des prix des aliments –, il est difficile de savoir combien de personnes le pratiquent réellement.  

«Quand il y a une inflation, il y a de plus en plus de curieux, mentionne celle qui m’a accompagné pour la deuxième soirée. Il y a de plus en plus de gens qui viennent sur les groupes [Facebook] et qui posent des questions, mais ça ne veut pas nécessairement dire que ces personnes-là vont commencer à en faire.» 

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Ensuite, ce n’est pas évident de savoir où aller pour dénicher de la nourriture en bonne condition.  

Aucun lieu précis n’a d’ailleurs été divulgué dans le cadre de ce reportage, puisque la plupart des adeptes de dumpster diving préfèrent garder leurs spots de prédilection secrets. Ils veulent éviter que des commerçants cadenassent leurs poubelles. Bien que la pratique soit légale, elle déplaît en effet à certains propriétaires d’épiceries et de fruiteries, qui n’aiment pas voir les gens rôder autour de leurs établissements.  

Ce qui est illégal, toutefois, c’est de souiller l’espace public, en éventrant des sacs d’ordures au sol, par exemple, ou encore de briser le cadenas d’une poubelle ou d’une clôture qui protège les poubelles.