Le gaspillage alimentaire responsable chaque année de 4% des émissions de GES au Québec | 24 heures
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Le gaspillage alimentaire responsable chaque année de 4% des émissions de GES au Québec

Image principale de l'article Le gaspillage alimentaire, l'ennemi juré du climat
Illustration Lucille Audinet

Connaissez-vous l’épouvantable curriculum vitae du gaspillage alimentaire, cet ennemi juré du climat? De l’argent jeté à la poubelle, des terres exploitées pour faire pousser de futurs déchets, des camions inutiles sur les routes, des emballages plastiques dont les océans se seraient bien passés... et, bien sûr, des tonnes de gaz à effet de serre (GES) qui contaminent notre atmosphère surchauffée.

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L’enjeu est de taille: en 2019, ce sont 931 millions de tonnes d’aliments commercialisés qui ont été jetées par les ménages, les services et les détaillants alimentaires dans le monde, selon le rapport sur l'indice du gaspillage alimentaire 2021 du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Cela représente 17% de la nourriture disponible pour les consommateurs mis aux poubelles plutôt que dans leur assiette.

En d’autres mots, le gaspillage alimentaire mondial représentait 23 millions de camions de 40 tonnes chargés au maximum de leur capacité, de quoi faire sept fois le tour de la planète! 

Un méga pollueur climatique

Eh oui, gaspillage alimentaire = rejet de GES. Ces gaz qui réchauffent l’atmosphère émanent de plusieurs niveaux: des pots d’échappement des tracteurs dans les champs à celui des camions qui transportent des aliments prêt-à-jeter. On peut s’amuser à aller loin dans la chaîne des émissions de GES inutiles. Après tout, il faut également du pétrole pour produire les emballages des aliments et faire rouler les camions-poubelles qui devront les ramasser. 

Comble de l’horreur, si ces aliments mal-aimés se retrouvent dans la poubelle plutôt que dans le compost, ils produiront du méthane (alias le CH4) dans un centre d’enfouissement, un gaz qui a un effet réchauffant de 25 à 80 fois plus important que le dioxyde de carbone (le célèbre CO2) sur une période de 20 à 100 ans. 

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D’ailleurs, selon les estimations de l’ONU, le gaspillage alimentaire serait responsable de 8% à 10% des émissions de GES dans le monde. Au Québec, on lui doit environ 3,6 millions de tonnes de GES, soit 4% des émissions totales de la province

Un mégagouffre financier

Lorsqu’on cumule tous ses défauts, l’impact négatif du gaspillage alimentaire sur le climat est donc loin d’être anecdotique... et il en va de même pour le portefeuille! Jeter de la nourriture comestible pèse lourd dans le budget des ménages alors que l’inflation fait rage: près 1 300$ qui finirait chaque année dans les ordures des ménages canadiens, selon les calculs du Conseil national Zéro Déchet.  

En plus de contribuer à dérégler le climat et saper votre budget, le gaspillage alimentaire fait aussi mal aux dépenses publiques. En effet, enfouir des résidus alimentaires coûte bien plus cher que de les valoriser en compost. De plus, les lieux d’enfouissement deviennent de plus en plus rares et se remplissent rapidement... Le dépotoir de Lachenaie, par exemple, pourrait être rempli dès 2029, a alerté la Communauté métropolitaine de Montréal en 2019. Les pouvoirs publics doivent donc redoubler de créativité pour inciter les citoyens à réduire leur gaspillage alimentaire ou, à tout le moins, à le jeter dans le bac brun plutôt que noir. 

Un mégadéfi canadien

Le gaspillage alimentaire est une mauvaise habitude qui touche particulièrement le Canada. En effet, toujours selon l’ONU, les ménages canadiens ont jeté près de trois millions de tonnes de nourriture par an, ce qui équivaut à 79 kg de nourriture par personne chaque année. À titre comparatif, nos voisins américains ne jettent «que» 59 kg de nourriture comestible par an et par personne. 

Le Québec n’est pas en reste puisque, selon les dernières données de Recyc-Québec, 1,2 million de tonnes d’aliments comestibles ont été jetées en 2019, principalement des fruits et des légumes. Cela représente près de 4 kg de bonne nourriture par semaine en moyenne par ménage.