Le «quiet quitting»: se désengager du travail pour éviter l’épuisement | 24 heures
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Le «quiet quitting»: se désengager du travail pour éviter l’épuisement

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Photomontage: Julie Verville

«Vous ne démissionnez pas en tant que tel, mais vous abandonnez l’idée de faire plus que ce qu’on vous demande»: voici comment le TikTokeur @zkchillin décrit le quiet quitting dans une vidéo devenue virale, avant que le mot-clé soit cité pas moins de 8 millions de fois sur la plateforme. Tout indique que ce concept popularisé par les Y et les Z – agit comme bouclier au mal du siècle, le burn out.  

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Le quiet quitting – ou «démission silencieuse» dans une libre traduction – se résume à répondre aux exigences minimales de son emploi sans en faire plus. L’objectif? Relâcher le pied de l’accélérateur pour se préserver d’un épuisement professionnel et instaurer des frontières plus saines entre le travail et la vie personnelle.  

«Ce nouveau mouvement reflète le grand désir de conciliation travail-vie personnelle qu’on associe aux millénariaux, estime la professeure au département d’organisation et ressources humaines à l’ESG UQAM, Joëlle Carpentier. Pendant la pandémie, les cas d’épuisement professionnel se sont multipliés et il y a eu une certaine perte de sens associée au travail.» 

Une vaste étude de l’organisation Recherche en santé mentale avait d’ailleurs montré que pas moins de 41% des jeunes canadiens de 18 à 34 ans disaient souffrir d’épuisement professionnel à la fin de 2021. 

Une protection contre soi-même 

À la différence de la «grève du zèle», un modèle de revendication souvent repris par des groupes de travailleurs pour dénoncer le surmenage, le quiet quitting se veut plutôt «un mode de protection envers soi-même», voire une réflexion autour de la relation que l’on entretient avec le travail.

«Ce que ça dit, c’est que la solution n’est pas toujours d’aller voir ailleurs. La solution est peut-être dans notre manière d’aborder le travail», est d’avis Joëlle Carpentier.

Un travailleur américain sur cinq aurait d’ailleurs regretté d’avoir changé de poste au cours des derniers mois, selon un sondage mené par USA Today. Seulement en 2021, pas moins de 48 millions d’Américains ont quitté leur emploi. Ce phénomène, appelé la «Grande démission», ne montre pas de signe de ralentissement en 2022. Pourtant, des experts notent qu’une bonne proportion de ces travailleurs vivraient aujourd’hui le «Grand regret». 

Joëlle Carpentier, professeure au département d’organisation et ressources humaines à l’ESG UQAM et spécialiste de la motivation au travail.

Capture d’écran tirée du documentaire Pression

Joëlle Carpentier, professeure au département d’organisation et ressources humaines à l’ESG UQAM et spécialiste de la motivation au travail.

Adopter le quiet quitting pour les bonnes raisons 

Si l’on adhère au mouvement, encore faut-il se poser les bonnes questions. Le fait-on pour préserver une relation saine avec le boulot, ou est-ce une lente descente vers la démotivation? Parce que si, pour certains, le quiet quitting peut représenter une frontière saine entre la vie professionnelle et la vie personnelle, il peut aussi être une forme de désengagement pour d’autres, prévient Joëlle Carpentier. 

«Si on souhaite se désengager de son travail pour se réaligner avec ses valeurs parce qu’on a l’impression d’avoir dérivé de ce qui est important pour nous, comme l’équilibre avec le travail et la vie familiale, je le vois comme un outil de conciliation», fait-elle valoir. 

À l’inverse, si on fournit un effort minimum en raison d’un manque de reconnaissance de la part de notre employeur et que notre boulot a peu de sens à nos yeux, c’est peut-être signe qu’il est temps de réévaluer ses envies et ses choix professionnels. 

Le phénomène du quiet quitting est non sans rappeler le Tang Ping (qui signifie s’allonger à plat), un phénomène de contre-culture né en Chine en 2021 pour dénoncer le modèle de travail 996, soit 9h à 18h, six jours par semaine. Le terme Tang Ping, perçu comme un symbole de résistance, a d’ailleurs été censuré des médias sociaux par les autorités chinoises.