«Le sol se dérobe sous nos pas»: Vincent Vallières inquiet de l'érosion aux Îles-de-la-Madeleine | 24 heures
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«Le sol se dérobe sous nos pas»: Vincent Vallières inquiet de l'érosion aux Îles-de-la-Madeleine

L'érosion gruge les côtes des Îles-de-la-Madeleine.
Jérôme Hot

L'érosion gruge les côtes des Îles-de-la-Madeleine.

«Le sol se dérobe sous nos pas»: c’est ainsi que se termine une publication Facebook de l’auteur-compositeur-interprète Vincent Vallières. Celui qui s’est souvent rendu aux Îles-de-la-Madeleine pour y donner des spectacles a constaté, au fil des ans, les ravages de l’érosion sur l’archipel. Particulièrement touchées par les changements climatiques, les Îles pourraient finir par être avalées par l’océan.  

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Habitué de la boîte à chansons Les pas perdus à Cap-aux-Meules, Vincent Vallières empruntait régulièrement une piste cyclable le long de la côte des Îles-de-la-Madeleine. De nombreuses sections de la piste cyclable sont désormais fermées, l’érosion ayant transformé le chemin en gruyère. «J’ai vu les prévisions des scientifiques rejoindre le présent et ce qui me semblait jadis théorique est devenu bien concret», écrit le chanteur.  

Une destruction qui s’accélère 

Il faut savoir qu’à cause des changements climatiques, l’érosion côtière s’accélère aux Îles-de-la-Madeleine. Avec les hivers qui se réchauffent, il y a moins de glace qui se forme autour de l’archipel. Les côtes sont ainsi directement exposées aux courants marins, qui peuvent creuser la roche. Ce qui était avant un mauvais pronostic est maintenant bien concret pour les Madelinots: les routes, maisons et commerces sont directement menacés. 

Dans sa publication, Vincent Vallières ne se fait pas optimiste: «On tente de le protéger tant bien que mal, d’acheter du temps, mais personne n’est dupe: les moyens mis en place ne peuvent que retarder l’inévitable.» 

Voyez notre reportage aux Îles-de-la-Madeleine: 

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Menacées de disparition 

Déjà en 2014, le magazine Time avait inclus les Îles-de-la-Madeleine dans son Top 10 des destinations «à visiter avant qu’elles ne disparaissent». Si l’érosion est un problème connu depuis longtemps, il empire chaque année sous l’effet du réchauffement climatique et de la montée des eaux.

Le niveau de l’eau a monté de 4,3 mm chaque année depuis les années 60, selon le laboratoire d’observation de l’érosion de l’UQAR. 

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De plus, des évènements météorologiques extraordinaires, comme la tempête de 2019 qui avait fait des ravages sur les côtes de l’archipel, risquent d’être de plus en plus fréquents dans l’avenir.  

Il existe des programmes de revitalisation des dunes, mais il se peut qu’il soit déjà trop tard pour ce joyau dans l’Atlantique. Interrogé par le 24 heures en 2021, le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, aujourd’hui candidat pour la Coalition Avenir Québec (CAQ), se désolait du manque de fonds alloués à lutter contre l’érosion. «Les budgets ne sont pas là. Cette année, on aurait eu besoin de 50 millions pour les Îles.»   

Ce qu'on peut faire pour limiter l'érosion 

Pour les Madelinots et les visiteurs, il est néanmoins possible de contribuer à limiter l’érosion. 

D'abord, il faut éviter de circuler trop près du bord des falaises et se fier à la signalisation, affirme Catherine Leblanc Jomphe, chargée de projet au maintien et revitalisation des milieux côtiers pour l'organisme Attention FragÎles. «Pour éviter de faire tomber des morceaux d’une falaise et de se retrouver en mauvaise posture, il faut se tenir loin du bord», insiste-t-elle. 

Ensuite, il faut se rendre à la plage en empruntant les accès officiels, afin de préserver les grandes dunes de sable, qui sont également victimes de l’érosion. «Les plantes, comme l’ammophile à ligule courte, retiennent les dunes avec leurs racines, et il ne faut pas les piétiner», explique-t-elle. 

Finalement, même s’il peut être tentant de ramener un souvenir d'une escape aux Îles, il faut laisser les débris organiques qui se trouvent dans le sable à leur place. «On peut avoir l’impression qu’on aide à nettoyer en ramassant les algues ou les bouts de bois, mais ces débris sont importants pour le maintien des dunes», souligne Catherine Leblanc Jomphe. 

− Avec Alexis Magnaval