Ce que la génération Z veut (et pourquoi elle va l’avoir) | 24 heures
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Ce que la génération Z veut (et pourquoi elle va l’avoir)

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Illustrations: Geneviève Bigué

Il est déjà trop tard pour se préparer à son arrivée. Depuis 2020, la génération Z représente 20 % de la main-d’œuvre mondiale. C’est à une époque de grands bouleversements que ces jeunes font leur entrée sur le monde du travail. Plus que les générations avant eux, les Z ont le pouvoir de faire changer les choses, une opportunité qui pourrait ne pas se présenter de nouveau avant longtemps.  

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Qui sont les Z?

On désigne par « génération Z » les personnes qui sont nées entre 1997 et 2012. Les plus âgés d’entre eux ont déjà fait leur entrée dans le monde du travail alors que les plus jeunes sont encore à l’école.  

Plutôt difficiles à définir et changeant selon les cultures, les générations servent plus à dégager les grandes tendances qu’à définir des individus. Une génération est « le reflet d’une société qui évolue » selon Stéphane Simard, auteur du livre Générations X@Z

Tableau: Alexandre Pellet

Ce que recherche la majorité des jeunes qui entrent dans le monde du travail diffère de ce que voulaient leurs parents. À la différence des X, nés entre 1960 et 1980, les Z sont en position d’avoir ce qu’ils veulent de la part des entreprises. Voici à quoi ces dernières devraient s’attendre.  

1 - Dialogue (face à face!) 

La génération Z est née dans un monde où la révolution numérique avait déjà eu lieu. On les dit connectés en permanence, à l’aise avec la technologie. Cependant, leur mode de communication favori n’est pas l’écrit, mais la bonne vieille conversation face à face. Et comme beaucoup d’entre eux ont été coupés de leur cercle social scolaire ou professionnel durant la pandémie, ils préfèrent échanger de vive voix avec leurs collègues et leurs supérieurs.  

« Échanger » est ici le bon terme, car pour les Gen Z, même avec leur patron, la discussion ne doit pas être unilatérale. Selon Marc-André Amyot, spécialiste en marque employeur chez Winston MKTG, les jeunes ne veulent pas se faire donner des ordres, mais avoir un canal de communication ouvert avec l’employeur. « Ça peut surprendre les plus vieilles générations, chez qui on ne s’attend pas à ce qu’un employé réponde de la sorte ou commente les actions de son supérieur », ajoute-t-il.  

Comme les Y avant eux, les Z sont très instruits, ce qui développe à la fois leur curiosité et leur sens critique. « Quand on leur demande de faire quelque chose, ils veulent savoir pourquoi », explique Marc-André Amyot. Cela les rapproche des Millénariaux (ou les Y), qui ont commencé à occuper des postes de gestion. « Les deux générations privilégient des communications claires et transparentes et la communication est la base de la gestion. Il n’y aura pas trop de tensions sur cet enjeu », avance-t-il.  

2 - Flexibilité

Beaucoup d’employés avant la génération Z ont demandé plus de flexibilité au travail. Avant que la pandémie ne force les employeurs à adopter le télétravail, peu d’entre eux ont eu gain de cause. Les Gen Z, eux, entrent dans un marché du travail où il est possible de travailler autrement que de 9 à 5 dans un bureau.  

« Quand je pose la question "Qu’est-ce que tu recherches dans un travail satisfaisant? ", la réponse numéro un, autant pour les Z que les Y, c’est un horaire adapté », affirme Stéphane Simard. La flexibilité faisant déjà partie des revendications de la génération Y, leur arrivée dans les postes de gestion rendra probablement la tâche plus facile aux Gen Z qui commencent.  

Cette flexibilité peut s’exprimer dans l’adoption d’horaires atypiques, de travail à distance ou hybride, mais aussi d’une productivité basée sur les résultats et non les heures travaillées, précise Marc-André Amyot . « On doit se détacher du modèle de l’usine où on s’attend à ce que la personne soit à son poste de 9 à 5 et qu’elle soit productive de manière égale pendant tout ce temps-là. Le travail va devoir devenir plus humain et plus adapté aux besoins de chacun. » 

Ayant vu leurs parents être malheureux au travail, ou être remerciés sans cérémonie par des entreprises, les Gen Z ne veulent pas que le travail soit au centre de leur vie. Selon un sondage d’Academos, 42 % des répondants de la génération Z affirment qu’un patron idéal est celui qui leur permet une bonne conciliation travail-famille. « Les jeunes de la génération Z ne vivent pas pour travailler; ils travaillent pour vivre », peut-on lire dans leur rapport La génération Z du Québec et sa vision du milieu du travail

3 - Sécurité

Très au fait des mouvements sociaux et conscients de l’impact des dernières crises économiques sur leurs parents, les jeunes ne sont pas dupes. Il ne suffira pas d’ajustements « cosmétiques » pour les attirer, explique Stéphane Simard . « Le but, ce n’est pas d’installer une glissade rose et un bar à bonbons. » La génération Z est plus intéressée par des salaires décents et des avantages sociaux concrets et adaptés à leurs besoins. 

Les employeurs ont avantage à personnaliser ces avantages sociaux pour mieux répondre aux situations socio-économiques de leurs employés, selon Marc-André Amyot. « Un jeune qui commence n’aura pas les mêmes besoins que quelqu’un qui approche de la retraite. Les Gen Z ne veulent pas du one-size-fits-all. » 

Contrairement à l’image qu’on se fait d’eux, ces jeunes recherchent la stabilité et une sécurité d’emploi. « Ça fait toujours sourire les gestionnaires quand je leur dis ça. Ils ont l’impression que les jeunes changent de job comme ils changent de paire de bas, révèle Stéphane Simard. Ils sont stables dans l’employabilité. Ils veulent être capables de se revirer de bord demain matin si ça ne fait plus leur affaire et de se trouver un autre emploi facilement. » 

Ce besoin de sécurité est expliqué par l’instabilité économique et politique des dernières années par les experts. Une partie de la Gen Z a vu les conséquences de la crise économique de 2008 sur leurs parents et ont commencé leur carrière pendant la pandémie, de quoi les rendre financièrement plus prudents. « Il y a beaucoup d’insécurité dans le monde en général et les jeunes sont de nature très anxieuse surtout depuis 2020 », explique l’auteur.   

Design: Marilyne Houde

Pourquoi la génération Z aura ce qu’elle veut 

Si ces revendications ne paraissent pas particulièrement nouvelles ou tirées par les cheveux, c’est qu’elles ont sans doute été déjà demandées par les générations avant les Z. Avant ces derniers, cependant, les entreprises ne sentaient pas le besoin de répondre à ce genre de demande pour garder leurs effectifs. La génération Z est-elle donc exceptionnelle? C’est plutôt vers le contexte qu’il faut se tourner pour expliquer ce changement de dynamique de pouvoir entre employés et employeurs.  

La pandémie

Les changements apportés par la pandémie au monde du travail ont causé une grande disruption qui est à l’avantage des Gen Z. « Des structures qui n’ont pas pu être remises en cause depuis des années le sont maintenant à cause de l’avènement du télétravail. C’est une période de transition où les compagnies doivent se demander ce qu’elles gardent ou ce qu’elles abandonnent pour l’avenir », affirme Marc-André Amyot.  

La pénurie de main-d’œuvre

La pénurie de main-d’œuvre est aussi un grand facteur. Causée par le départ massif des Boomers vers la retraite, elle touchera particulièrement le Québec où le vieillissement de la population est un des plus rapides au monde. Devant un grand nombre de postes à combler, les employés ont le choix. « Ce n’était pas normal que les employeurs aient tout le pouvoir. La pénurie risque de durer jusqu’en 2030 et j’espère que ça va amener un rééquilibrage des forces », prévoit le spécialiste en marque employeur.  

Si elles veulent attirer et garder la nouvelle génération de travailleurs, les entreprises doivent s’adapter. Sinon, ils iront simplement voir ailleurs. Ce n’est pas juste un effet de l’envie d’instantanéité des jeunes de la génération Z, mais aussi de leur conscience de l’état du marché, selon Marc André Amyot. « Pas juste pour le salaire, mais pour les conditions aussi, les employés savent maintenant qu’ils peuvent trouver mieux au lieu d’attendre. » 

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