L’accord entre le Canada et l’Allemagne sur l’hydrogène est-il une bonne nouvelle pour le climat? | 24 heures
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L’accord entre le Canada et l’Allemagne sur l’hydrogène est-il une bonne nouvelle pour le climat?

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Photomontage Alexandre Pellet

Mardi dernier, le premier ministre canadien et le chancelier allemand se sont rencontrés à Terre-Neuve pour signer une entente sur l’hydrogène. Cet accord est bien accueilli par les groupes environnementaux qui y voient un pas dans la transition vers les énergies renouvelables. Ses retombées concrètes sont toutefois difficiles à imaginer.

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L’entente entre les deux pays prévoit la production d’hydrogène au Canada et son exportation vers l’Allemagne. Pour la première économie d’Europe, c’est une bonne façon de «décarboniser» sa consommation énergétique, mais aussi de remplacer le gaz naturel russe, dont elle était dépendante avant la guerre en Ukraine. Les premières livraisons d’hydrogène canadien se feront en 2025, selon la déclaration d’intention signée par Justin Trudeau. 

Un tournant vers les énergies renouvelables?

L’hydrogène peut être produit avec des énergies renouvelables autant qu’avec des hydrocarbures. On l’obtient en faisant passer un courant électrique dans de l’eau pour séparer l’oxygène de l’hydrogène dans ses molécules. On parle d’hydrogène vert lorsque l’énergie utilisée pour ce processus est renouvelable. 

Ce sera le cas de l’hydrogène exporté vers l’Allemagne. Les critères de l’accord sur ce qui constitue une énergie verte ou non sont très précis : il sera produit grâce à un mélange d’électricité et d’énergie éolienne. 

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Même si l’entente est un pas dans la bonne direction, elle s’approche plus d’une opération de relation publique que d’un réel point tournant vers l’utilisation d’énergies vertes, nuance le professeur titulaire de la chaire de gestion des secteurs de l’énergie du HEC Pierre-Olivier Pineau. 

«C’est un bel accord, mais en ce moment, on n’a pas les infrastructures d’énergie renouvelable en Atlantique pour répondre à la demande de l’Allemagne. Les défis sont immenses», rappelle-t-il. 

Même si l’on construisait un parc éolien pour produire 3000 mégawatts d’énergie, cela ne répondrait qu’à 1 % des importations allemandes en énergie. 

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«3000 mégawatts, c’est juste un peu moins que le rendement de ce qu’on a installé en termes d’éoliennes au Québec, c’est immense. Et ce n’est pas évident de construire un parc éolien; il y a des considérations territoriales. Si on venait à un construire un, même, cette énergie irait en priorité pour les besoins canadiens», explique le spécialiste. 

Pierre-Olivier Pineau voit mal comment l’hydrogène pourrait un jour remplacer les hydrocarbures dans notre consommation énergétique: «Ça ne répondra qu’à une petite partie de la demande. La seule façon de se débarrasser de notre dépendance aux hydrocarbures, c’est de réduire la consommation énergétique et de miser sur l’électrification.»

Les groupes environnementaux contents, mais prudents

Les groupes environnementaux se disent satisfaits de la décision de se tourner vers l’hydrogène vert pour combler les besoins énergétiques de l’Allemagne plutôt que vers le gaz naturel liquéfié (GNL), une option qui avait été évoquée lors des discussions avec le Canada. 

«En développant des projets éoliens pour exporter de l’hydrogène vert, nous pouvons à la fois tenir compte de la science climatique et respecter nos obligations internationales, tout en saisissant les opportunités économiques offertes par les énergies renouvelables. La sécurité énergétique ne peut se faire au détriment de l’environnement», commente Charles Bonhomme, responsable affaires publiques et communications à la Fondation David Suzuki.

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Cependant, ces groupes se disent inquiets face à la pression de lobbys du gaz sur les délégations d’affaires allemandes. Les militants écologistes s’avouent déçus qu’il ait été question de GNL, alors que cette option ne figurait pas dans l’ordre du jour officiel de la rencontre entre les deux pays. 

«Cet accord représente une importante victoire d’étape pour les populations opposées aux projets de GNL dans l’Est, bien qu’il faudra rester aux aguets face aux partisans du gaz», met en garde Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada.

Pierre-Olivier Pineau, quant à lui, écarte l’hypothèse selon laquelle l’Allemagne serait intéressée par le GNL canadien. «Pour exporter du gaz naturel liquéfié, il faut construire une usine de liquéfaction et ce genre de projet ne verra pas le jour sans la certitude d’avoir un client à long terme, ce dont il n’a pas été question entre les deux pays», assure le professeur au HEC. 

— Avec des informations de l’Agence QMI et de l’AFP

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