Cancers, troubles neurologiques: voici exactement quels sont les risques d’habiter à côté de la Fonderie Horne | 24 heures
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Cancers, troubles neurologiques: voici exactement quels sont les risques d’habiter à côté de la Fonderie Horne

Image principale de l'article Voici les risques d’habiter à côté de la Fonderie
Émilie Parent-Bouchard / AGENCE QMI

La Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, a annoncé qu’elle sera en mesure d’abaisser ses émissions d'arsenic au niveau exigé par le ministère de l’Environnement d’ici cinq ans. Ce plan de réduction est loin de rassurer les experts et la population locale, qui, elle, devra continuer de respirer l’air toxique de son quartier.

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15 ng/m3 d'ici 2027 

Les émissions d'arsenic de l'usine seront abaissées à 15 nanogrammes par mètre cube dans l’air d’ici l’été 2027, comme exigé par le ministre de l’Environnement, Benoit Charrette, a annoncé l'entreprise la semaine dernière.

Une entente conclue avec l’ancien gouvernement libéral il y a cinq ans permet à la Fonderie Horne, propriété de Glencore, d’émettre une moyenne annuelle de 100 ng/m3, soit 33 fois plus que la norme québécoise de 3 ng/m3

La moyenne enregistrée y est de 87 ng/m3

L’entreprise projette d’arriver à une cible de 65 ng/m3 en 2023, et 45 ng/m3 en 2025. 

Photo Mathieu Warnet-Pelletier

Un financement de 500 millions $ sur cinq ans serait nécessaire pour moderniser les installations et abaisser ses émissions, selon Glencore. L’entreprise, qui vient d’enregistrer des profits records de 19 milliards $ à son premier semestre, versera quatre milliards $ de plus à ses actionnaires, rapportait Le Journal

D’ici l’été 2027, les citoyens de la ville, et surtout ceux du quartier Notre-Dame qui avoisine la fonderie, continueront donc de respirer une grande quantité de contaminants, et de mettre leur santé en péril. 

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Quelles sont les conséquences sur la santé de vivre à Rouyn-Noranda?

Avec la quantité d’arsenic actuellement émise par la Fonderie Horne, entre un et 14 citoyens vont développer un cancer du poumon sur une période de 70 ans, révélait un rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publié au début du mois de juillet. 

À Rouyn-Noranda, l’incidence du cancer du poumon était de 140 par 100 000 personnes entre 2013 et 2017, alors que la moyenne provinciale est de 107,7. 

«Ce qu’on sait de source sûre, ce que démontrent les chiffres de la santé publique, c’est qu’il y a plus de cas de cancers du poumon à Rouyn-Noranda que dans d’autres villes du Québec, qu’il y a plus de maladies pulmonaires, plus de bébés à faible poids, particulièrement dans le quartier Notre-Dame, qui est proche de la fonderie, et qu’il y a une espérance de vie réduite par rapport au reste de la province», explique la Dre Marie-Pier Lemieux, médecin de famille à Rouyn-Noranda. 

Photo d'archives, Olivier Bourque

«Ces statistiques ne nous disent pas quelle est la cause, mais ce qu’on a de différent du reste de la province, c’est une usine qui émet de grandes quantités de polluants atmosphériques», poursuit-elle. 

La forte présence d’arsenic est aussi associée à des troubles neurologiques chez les enfants exposés ou ceux à naître, «comme un quotient intellectuel moindre», soutient la Dre Johanne Elsener, membre de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME). 

Au début de la décennie 2000, la concentration d’arsenic pouvait atteindre jusqu'à 1000 ng/m3, soit 330 fois plus que la norme, toujours selon le rapport de l’INSPQ. 

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Pas juste de l’arsenic

Mais l’usine n’émet pas seulement de l’arsenic. Elle élimine pas moins de 23 contaminants: des métaux, des gaz, de l’acide et des particules de diverses tailles. Plusieurs, dont le nickel, sont rejetés en quantités inégalées au Québec. 

Photo d’archives, Olivier Bourque

L’étude de l’INSPQ a ainsi tenu compte du plomb, du nickel et du cadmium, qui peuvent tout autant causer le cancer du poumon et des troubles neurologiques chez les enfants, précise le conseiller scientifique spécialisé en toxicologie à l’INSPQ et coauteur du rapport, Mathieu Valcke. 

Qu’est-ce que ça change de diminuer le taux d’arsenic dans l’air à 15 ng/m3 pour la santé des populations?

«Avec ce plan de réduction, on atteindrait un risque jugé négligeable pour les problèmes de développement neurologiques chez les enfants», fait valoir la Dre Elsener. 

Le risque d’avoir un cancer du poumon serait quant à lui réduit de 75% à 80% par rapport à la situation actuelle, ce qui équivaut à deux ou trois cas en excès sur 100 000 habitants, selon M. Valcke. 

«Ça peut paraître faible comme risque, mais c’est pas mal plus élevé que ce qu’on considère comme négligeable au Québec, qui est d'un cas par million d’habitants», souligne-t-il. 

Pour protéger la population de Rouyn-Noranda contre le cancer du poumon, il faudrait abaisser le taux d’arsenic dans l’air à 3 ng/m3, s’accordent les experts. 

Glencore prévoit que 84% du périmètre urbain de la municipalité atteindra la norme québécoise à l’été 2027. 

La Dre Johanne Elsener rappelle cependant que les autres polluants émis par l’usine, comme le nickel, le cadmium ou le plomb, ont aussi des propriétés cancérigènes et des effets sur le système nerveux des enfants. Et aucun plafond n’a encore été imposé à la fonderie pour ces autres polluants, signale l’experte en santé environnementale. 

«Il faut absolument s’occuper des autres contaminants et exiger qu’elle se conforme aux normes provinciales», insiste-t-elle. 

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Quelles sont les conséquences des polluants sur une personne qui est née et a grandi dans le quartier avoisinant la Fonderie Horne, et qui quitterait la ville?

«Le corps peut éliminer l’arsenic», indique la Dre Elsener. 

«En quelques jours, la concentration d’arsenic pourrait être réduite de 50%. Cependant, des études démontrent que ces enfants ont un risque accru de cancer même 40 ans après l’exposition.» 

Elle se dit plus inquiète pour l’exposition aux autres métaux lourds, comme le cadmium et le plomb. 

«Le cadmium est éliminé très difficilement du corps. La moitié sera encore présente dans le corps après 10 ou 20 ans, détaille-t-elle. Quant au plomb, il peut se loger dans les os. Chez les femmes qui allaitent par exemple, il peut sortir des os et aller dans le lait maternel.» 

Est-ce dangereux d’aller faire son jogging à côté de la fonderie?

La Dre Elsener déconseille aux résidants de Rouyn-Noranda de faire de l’activité physique aux alentours de l’usine.  

«Quand on fait un jogging, on fournit un effort physique, on respire plus, on augmente le volume d’air dans nos poumons et, donc, l’absorption de polluants est plus importante», analyse-t-elle.

Il est donc préférable de faire de l’exercice loin de l’usine, dans un espace vert, puisque les arbres ont la capacité de capter les polluants atmosphériques. 

Ce qui peut être fait rapidement par la Fonderie Horne?

Pour la Dre Marie-Pier Lemieux, qui habite à Rouyn-Noranda, la décontamination des sols serait la première étape pour rassurer la population. «La poussière contaminée, qui est relevée dans les airs, a un impact sur la pollution atmosphérique», résume-t-elle. 

Jeudi, Radio-Canada apprenait que le ministre de l'Environnement du Québec va exiger que l’entreprise décontamine tous les terrains du quartier Notre-Dame qui se situent au-delà des normes de 30 mg/kg d'arsenic. 

Photo Olivier Bourque

De 20% à 95% des terrains devront ainsi être dépollués, selon des estimations de Glencore. 

L’entreprise n’était jusqu’à présent pas tenue de décontaminer les sols, mais le faisait sur une base volontaire. 

«Il semblerait que les polluants proviennent d’interstices dans le bâtiment de la fonderie et des cheminées», ajoute la Dre Elsener. 

«Mettre des filtres de particules ultrafines dans les cheminées et calfeutrer la coquille extérieure de la bâtisse pour restreindre le plus ces métaux pourrait être un bon début», conclut-elle.