Arrogant ou maladroit: François Legault est-il son pire ennemi? | 24 heures
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Arrogant ou maladroit: François Legault est-il son pire ennemi?

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Photo Martin Alarie

Le lancement de campagne de François Legault ne s’est pas fait sans controverse. En désignant son adversaire libérale, Dominique Anglade, comme «cette madame», le premier ministre a-t-il été maladroit ou a-t-il plutôt fait preuve d’arrogance? Des experts se prononcent. 

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«Il a interpellé la seule femme cheffe de parti, une ancienne collaboratrice qui plus est, de manière méprisante. Ce n’est pas quelque chose dont on s’attend de la part d’un premier ministre», affirme d’emblée Thierry Giasson, professeur en communication politique à l’Université Laval.   

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Et en début de campagne, c’est une erreur qui peut coûter cher, souligne Olivier Turbide, professeur au département de communication sociale et publique de l’UQAM. «Il a perdu sa journée, affirme-t-il. Une campagne c’est une guerre d’image, donc ce genre d’évènement peut faire mal.»  

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Bourde ou arrogance?  

«Cet incident vient donner raison aux autres partis qui souhaitent le dépeindre comme quelqu’un d’arrogant, poursuit Olivier Turbide. Ils ne manqueront pas de le rappeler et de faire référence à des évènements passés où il a fait des commentaires inappropriés.»  

Plus tôt cette année, le premier ministre avait notamment été critiqué pour avoir qualifié la députée de Québec solidaire Christine Labrie de «Mère Teresa» au Salon bleu. Il avait aussi dû s’excuser après avoir lancé «Il est pas mort lui?», alors que l'ex-député Pierre Arcand se levait pour prendre la parole.   

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Si François Legault a déjà pu sembler arrogant par le passé, pour Antoine Robitaille, il s’agirait cette fois-ci d’une simple erreur stratégique.  

«Il a décidé de ne pas nommer ses adversaires dans le feu de l’action. Il est conscient qu’il peut être son pire ennemi et ça l’a rendu visiblement nerveux», affirme le chroniqueur à l’Assemblée nationale pour Québecor.   

Un premier ministre plus humain?  

Depuis un certain temps déjà, la CAQ s'efforce d’ailleurs de présenter son chef comme quelqu'un qui n’a pas peur d’avouer ses fautes, souligne Thierry Giasson.   

«Dans les publicités préélectorales qui ont été très largement diffusées par la CAQ, on montrait François Legault comme quelqu’un de spontané, qui fait des erreurs, mais qui s’excuse rapidement. On a préparé mentalement l’électorat à ce qu’il fasse ce genre d’écart.»  

François Legault au lendemain du déclenchement de la campagne électorale.

MARC-ANDRÉ GAGNON / JOURNAL DE QUÉBEC / AGENCE QMI

François Legault au lendemain du déclenchement de la campagne électorale.

Même que de telles gaffes sont susceptibles de tourner à l’avantage de François Legault, qui pourrait être perçu comme plus humain par l’électorat, avance Olivier Turbide.  

«Si son équipe le récupère bien, l’incident pourrait passer comme une maladresse langagière, comme François Legault en a déjà beaucoup fait. Ça ne brise pas le lien de confiance des électeurs qui s’identifient à lui», analyse-t-il.   

Mais attention: si les bourdes en viennent à prendre toute la place, il y a un risque pour la CAQ de paraître désorganisée. «On ne peut pas faire n’importe quoi en campagne, ça donne l’impression qu’on n’est pas en contrôle», mentionne Thierry Giasson.  

Course pour la 2e place  

Largement en avance dans les sondages, il en faudrait toutefois beaucoup, des gaffes, pour ébranler la CAQ et son chef.   

«Même si ce genre de gaffes se multiplient, ça causera peut-être des changements à la marge, chez les quelques électeurs indécis, mais je serais surpris qu’il y ait un renversement total quoi qu’il arrive», soutient Olivier Turbide.   

L’enjeu de cette élection, selon lui, est plus de savoir qui formera l’opposition officielle que le prochain gouvernement. «On assiste à une course pour la deuxième place», insiste-t-il.   

Non seulement la CAQ domine dans les sondages – elle pourrait remporter une supermajorité le 3 octobre prochain –, mais c'est aussi le parti dont le potentiel d’aller chercher de nouveaux électeurs est le plus important, note Antoine Robitaille. C’est également la formation dont la base lui semble la plus fidèle.   

«On est conscient des risques d’avoir l’air trop confiant à la CAQ, mais, en même temps, les chiffres leur donnent raison», rappelle le chroniqueur.  

Les partis d’opposition devront également y penser à deux fois avant de tirer à boulets rouges sur François Legault, croit Antoine Robitaille. 

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois

Photo Agence QMI, Thierry Laforce

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois

«C’est une lame à double tranchant. Par exemple, Québec solidaire a beaucoup insisté pour dépeindre François Legault comme un mononcle, ce qui les rend populaires [les candidats de QS] auprès des jeunes. Cependant, ça comporte le risque d’aliéner les électeurs plus vieux chez qui ils auraient besoin de faire des gains», conclut-il.