Les baisses d'impôt pour lutter contre l'inflation «n’aident pas ceux qui en ont besoin», soutiennent deux experts | 24 heures
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Les baisses d'impôt pour lutter contre l'inflation «n’aident pas ceux qui en ont besoin», soutiennent deux experts

Image principale de l'article Les baisses d'impôt sont des mesures inefficaces
Photo Agence QMI, Mario Beauregard

Baisses d’impôt sur 10 ans, chèque unique pour pallier la hausse du coût de la vie, congé de TVQ: aux premiers jours de la campagne électorale, les partis y sont allés de propositions fortes pour mettre un frein à l’inflation. Pourtant, toutes ces mesures seraient inefficaces pour lutter contre l’inflation à long terme et n’aident en rien les jeunes à plus faible revenu, selon deux experts avec qui on a décortiqué les promesses des partis.

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Le «bouclier anti-inflation» de la Coalition Avenir Québec: des mesures contre-productives 

En rappel, la CAQ propose: 

  • Une baisse d’impôt de 1% en 2023 pour les deux premiers paliers d’imposition – le premier étant de 46 295$ et moins, et le second entre 46 295$ et 92 580$ – puis une réduction de 0,25% par an pour atteindre 2,5% dans 10 ans. En 2023, on parle d’une réduction jusqu’à 810$ par personne.  
  • Cette mesure serait financée par une réduction de 39% des versements prévus au Fonds des générations, qui est destiné au remboursement de la dette publique du Québec.  
  • La CAQ prévoit également envoyer un chèque unique (vous vous souvenez du 500$?) de 600$ aux particuliers qui ont un revenu de moins de 50 000$ et de 400$ à ceux qui gagnent entre 50 000$ et 100 000$. 

Photo Marc-André Gagnon

Les promesses de baisses d’impôt, très populaires en période électorale, seraient pourtant loin de bénéficier à tous.  

«En 2018, 35% des contribuables ne payaient pas d’impôts, ce qui veut dire que beaucoup de monde [dont les plus démunis] n’en profite même pas [des baisses d’impôt]», indique le professeur au département des sciences économiques de l’UQAM, Philippe Goulet Coulombe. 

En plus, selon lui, baisser les impôts en remboursant moins la dette du Québec via le Fonds des générations se résume à «pelleter par en avant». 

«La dette de l’État se porte mieux qu’elle se portait il y a une dizaine d’années après la grande récession de 2008, mais il ne faut pas oublier que plusieurs grandes dépenses s’en viennent: le système de santé n’est pas en grande forme, les écoles primaires tombent en ruine... Dans quelques années, on va peut-être regretter de ne pas avoir remboursé la dette davantage», soutient le professeur. 

Et qu’en est-il du chèque unique? Il s’agirait d’une mesure contre-productive pour lutter contre l’inflation, puisqu’elle met plus d’argent dans les poches des Québécois et, donc, encourage à dépenser, indique Philippe Goulet Coulombe. 

«Si les gens ont plus d’argent, ils vont continuer à dépenser, la demande va demeurer à peu près la même et les prix ne sont pas sur le point de baisser.» 

La nouvelle formule «modulable» du chèque unique – 400$ ou 600$ selon les revenus – serait néanmoins un «pas dans la bonne direction» pour aider les personnes à moindres revenus, affirme-t-il. Le parti de François Legault aurait toutefois pu aller encore plus loin et proposer plus de paliers pour s’adapter aux divers revenus des ménages. 

Le «plan portefeuille» du Parti libéral du Québec: une «mauvaise» approche 

En rappel, le PLQ propose: 

  • Une baisse d’impôt de 1,5% pour les deux premiers paliers d’imposition, une réduction allant jusqu’à 1125$ par personne par année, selon le parti. 

Photo Nicolas Lachance

«Ça n’aide pas. Ce n’est pas une bonne mesure par rapport au problème... c’est même une très mauvaise approche», indique d’entrée de jeu le professeur au département des sciences économiques de l’UQAM, Florian Mayneris.  

Il soutient qu’une baisse d’impôt ne permet pas de freiner l’inflation, au contraire. Une telle mesure a pour conséquence de stimuler la demande dans une période où l’offre a de la difficulté à suivre et, du coup, «les prix augmentent au lieu de ralentir».   

Le professeur ajoute que ce n’est pas tous les Québécois qui sont touchés de la même façon par l’inflation. «Est-ce qu’un ménage qui gagne 150 000$ a vraiment besoin d’un coup de pouce fiscal pour faire face à l’inflation? On n’aide pas ceux qui en ont besoin», regrette-t-il.   

Pour aider les ménages à faible revenu, Florian Mayneris privilégierait l’envoi de «chèques bien ciblés», par exemple, aux plus démunis ou aux étudiants. «Un chèque, le gouvernement peut le faire, et rapidement. On l’a vu pendant la pandémie avec la Prestation canadienne d’urgence (PCU)», souligne-t-il.  

Le congé de TVQ proposé par Québec solidaire: une «bonne idée en théorie, moins en pratique» 

En rappel, QS propose: 

  • La suspension de la TVQ sur des «produits essentiels», comme la nourriture achetée en épicerie, les vêtements et les médicaments en vente libre, et ce, jusqu’à ce que l’inflation revienne à son niveau «normal» de 3%. Selon QS, cette mesure remettrait environ 1100$ dans les poches d’une famille par année.  

Photo PATRICK BELLEROSE / JOURNAL DE QUÉBEC / AGENCE QMI

Il s’agit là d’une «bonne idée» en théorie, mais «moins en pratique», soutient le professeur Philippe Goulet Coulombe.  

«C'est une bonne idée pour aider les ménages à faible revenu à payer pour leurs plus grandes dépenses, mais il peut être difficile de déterminer une liste précise de biens touchés par la mesure.» 

Pour cette raison, Philippe Goulet Coulombe aurait tendance à opter pour une mesure ponctuelle comme le chèque de la CAQ, «puisqu’il n’engage le gouvernement à rien». En jouant avec la TVQ, «ça permet de subventionner un produit plutôt qu’un autre», ce qui pourrait faire des mécontents, s’inquiète-t-il.  

Baisse d’impôt proposée par le Parti conservateur du Québec: le financement encore flou 

En rappel, le PCQ propose: 

  • Une baisse d’impôt de 2% pour les deux premiers paliers d’imposition et une augmentation de l’exemption de base d’impôt des particuliers de 15 728$ à 20 000$.  
  • Cette mesure, qui permettrait une économie de 3500$ pour une famille, selon la formation politique, serait financée par la réduction de la taille de l’État et l’exploitation des hydrocarbures. 

Gabriel Côté / Agence QMI

La proposition du PCQ inquiète Florian Mayneris pour les mêmes raisons que celle des libéraux: elle ne permettrait pas de bien s’attaquer au problème de l’inflation, souligne-t-il. Il s’inquiète également, comme citoyen et comme professeur, de la façon dont cette baisse d’impôt serait financée. 

«On sait, actuellement, qu’il faut changer nos manières de produire par rapport aux changements climatiques [...] Ce sont des mesures qui vont clairement à l’encontre de ce qu’on veut faire pour verdir l’économie», juge-t-il.   

L'«allocation pouvoir d'achat» du Parti québécois: une mesure «mieux ciblée»

En rappel, le PQ propose:

  • Une «allocation pouvoir d'achat» de 1200$ pour les contribuables qui gagnent moins de 50 000$ et de 750$ pour ceux qui gagnent entre 50 000$ et 80 000$.
  • Doubler le crédit d'impôt à la solidarité qui s'adresse aux ménages à faible revenu. Pour le moment, il est d'environ 1000$ pour une personne seule qui gagne moins de 37 000$ et varie en fonction de différents facteurs, comme le logement, l'état matrimonial, les enfants, etc. 

Aux yeux du professeur Florian Mayneris, cette proposition du PQ semble «mieux adaptée» que les autres puisqu'il il s’agit d’un chèque qui «serait envoyé rapidement et qui répondrait donc mieux aux besoins de trésorerie des ménages.» 

«La population éligible à recevoir ce chèque est mieux ciblée que celle visée par les baisses d’impôt ou par les chèques de la CAQ», juge-t-il. 

Photo Annabelle Blais

-Avec les informations d'Annabelle Blais et Gabriel Côté

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