Rouyn-Noranda, Limoilou et ailleurs au Québec: doit-on plus se soucier de la qualité de l’air? | 24 heures
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Rouyn-Noranda, Limoilou et ailleurs au Québec: doit-on plus se soucier de la qualité de l’air?

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Photo d'archives, Olivier Bourque

L’affaire de la Fonderie Horne soulève des inquiétudes quant à la gestion de la qualité de l’air au Québec, bien au-delà de l’Abitibi. Ce qui pourrait être la question de l’urne dans la circonscription de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, selon certains candidats, risque aussi d’être un enjeu électoral de taille partout dans la province.  

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«Les citoyens s’attendent à des positions fermes des partis politiques sur la question de la qualité de l’air, pour qu’elle respecte au moins les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce qui n’est pas le cas avec le nickel à Limoilou ou l’arsenic à Rouyn-Noranda», estime la professeure au département de communication sociale et publique de l’UQAM, Stéphanie Yates. 

Interrogés par le 24 heures, les partis politiques s’entendent pour dire que la Fonderie Horne sera un des enjeux importants débattus lors de la campagne électorale. Mais tous n’y accorderont pas la même importance. 

Ce que les partis proposent 

À la Coalition Avenir Québec (CAQ), on pointe les normes «démesurément trop élevées» négociées par le Parti libéral du Québec (PLQ). Le premier scénario présenté par le gouvernement Legault, soit un seuil maximal d’émissions de 15 nanogrammes par mètre cube (ng/m3), «est une baisse drastique», souligne l’attaché de presse du premier ministre, Ewan Sauves. 

Du côté de Québec solidaire (QS), on semble déjà avoir annoncé ses couleurs.  

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«Prendre soin», le slogan utilisé par la députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue Émilise Lessard-Therrien, «fait directement référence au dossier de la qualité de l’air», analyse la professeure Yates. 

«Ici, dans Rouyn-Noranda, ça pourrait être la question de l’urne», confirme en entrevue la députée Lessard-Therrien. 

Émilise Lessard-Therrien est la députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue pour Québec solidaire.

Photo d'archives, Stevens Leblanc

Émilise Lessard-Therrien est la députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue pour Québec solidaire.

Au Parti conservateur du Québec (PCQ), on souhaite commander «une enquête approfondie et indépendante pour donner l’heure juste aux citoyens de la ville de Rouyn-Noranda», en travaillant «pour que cette entreprise demeure un moteur économique pour l’Abitibi-Témiscamingue», assure Cédric Lapointe, attaché de presse du chef, Éric Duhaime.  

Le candidat pour le Parti Québécois, Jean-François Vachon, prend très au sérieux ce dossier, mais craint qu’il ne mette le voile sur d’autres enjeux cruciaux, comme la pénurie de main-d’œuvre.  

Même chose pour le candidat libéral, Arnaud Warolin, qui s’inquiète également pour l’économie du quartier Notre-Dame à quelques pas de la Fonderie Horne, «qui est en train de s’effondrer», selon lui. 

«Les maisons perdent toute leur valeur, ça va engendrer plein de problèmes de santé psychologique. Il y a des professeurs qui ne veulent plus venir y enseigner, des entreprises de génie qui veulent déménager, des médecins qui ne veulent plus venir soigner les gens», explique celui qui demeure dans ce quartier. 

L’enjeu de la qualité de l’air 

Glencore a annoncé la semaine dernière que la Fonderie allait être en mesure de réduire ses émissions d'arsenic à 15 ng/m3 dans l’air d’ici l’été 2027, comme exigé par le ministre de l’Environnement, Benoit Charette. 

Photo AFP

Cette décision est loin de rassurer la population de Rouyn-Noranda, qui exige que la norme québécoise de 3 ng/m3 soit atteinte le plus rapidement possible. 

«On est déçus, indignés, anxieux, on sent qu’on est abandonné», affirme Mireille Vincelette du Comité Arrêt des rejets et émissions toxiques de Rouyn-Noranda, qui habite dans le quartier Notre-Dame. 

Pas juste l’arsenic  

La qualité de l’air a également fait les manchettes au printemps. Fin avril, la norme quotidienne d’émission de particules de nickel a été haussée de 14 ng/m3 à 70 ng/m3 dans l’ensemble de la province.   

C’est près de sept fois la limite annuelle recommandée par l’OMS. 

Les 18 directions régionales de santé publique du Québec, le Collège des médecins, l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) et les partis d’opposition, entre autres, ont vivement dénoncé la décision du gouvernement Legault, appuyée par des arguments économiques.   

Le quartier Limoilou est lourdement affecté par la pollution au nickel, en raison notamment des activités de transbordement au Port de Québec. 

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«On voit clairement que la qualité de l’air et ses effets sur la santé sont en train de devenir des enjeux saillants, contrairement à il y a quelques années. Le contexte a changé. Ce qui était acceptable il y a 20 ans au nom du développement économique ne l’est plus aujourd’hui», fait valoir Mme Yates. 

«La santé avant les jobs» 

Avec ce qui se passe à Rouyn-Noranda et à Limoilou, le dossier de la qualité de l’air risque d’être un enjeu électoral important, selon la professeure et les expertes en santé interrogées par le 24 heures

«D’autant plus que la CAQ est vue comme assez faible sur le plan de l’environnement», précise Mme Yates.  

«Il semble clair que les autres partis vont miser sur ce maillon faible. Et la décision d’abaisser le taux de nickel dans l’air à 15 ng/m3 d’ici cinq ans, ça ajoute à l’idée que la CAQ a agi un peu mollement dans ce dossier.»  

Le ministère de l'Environnement du Québec a dévoilé vendredi une liste de huit usines autorisées à contrevenir aux normes environnementales sur les rejets dans l’air, l’eau et la terre.  

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La Fonderie Horne fait partie de ces entreprises. 

«Ce dossier touche beaucoup plus que les résidents de Rouyn-Noranda», indique la coordonnatrice à l’AQME, Patricia Clermont.  

L’électrification des transports, sur laquelle la CAQ mise beaucoup pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) et qui nécessitera l’extraction de métaux lourds, pourrait également poser des questions en ce qui concerne la qualité de l’air, tout comme le développement des autoroutes, l’étalement urbain, le transport en commun.  

«Il y a une synergie dans tous ces dossiers», croit-elle.  

«Ils concernent tous la manière dont le développement économique est fait et son impact sur la santé des populations.» 

«Mais on ne devrait pas avoir à s’inquiéter pour la santé des citoyens pour des jobs», plaide quant à elle la Dre Marie-Pier Lemieux, médecin de famille à Rouyn-Noranda. «On ne devrait plus avoir à opposer l’économie et la santé environnementale.» 

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