La machine libérale en difficulté: 5 signes que c'est mal parti pour le PLQ et Dominique Anglade | 24 heures
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La machine libérale en difficulté: 5 signes que c'est mal parti pour le PLQ et Dominique Anglade

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MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Le début de campagne électorale n’a pas été facile pour le Parti libéral du Québec (PLQ) et sa cheffe, Dominique Anglade. La machine électorale libérale, autrefois bien huilée, peine à se remettre en marche, estiment des experts. Retour sur un début de campagne difficile.

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1. Pénurie de candidats et désistements

Le recrutement de candidats ne semble pas de tout repos pour la cheffe libérale, Dominique Anglade. En date de mercredi, 109 candidatures avaient été confirmées dans les rangs libéraux. C’est donc dire que dans 16 circonscriptions, il n'y avait toujours pas de pancartes rouges à ce moment. C'est finalement dimanche, après une semaine complète de campagne, que le parti a réussi à trouver ses 125 candidats. 

Même dans l’ancien château fort libéral de Jean-Talon, une candidate n’a été désignée que mardi. Il s’agit de Julie White, qui faisait partie jusqu'à tout récemment de l’équipe de stratèges affectés au quartier général du PLQ. 

Cette difficulté qu’éprouvent les libéraux à recruter des candidats «s’inscrit dans un contexte plus large que la campagne», explique le professeur au Département de science politique de l’Université Laval Éric Montigny. 

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

«Ce qu’on voit, c’est que selon le dernier sondage Léger, les libéraux sont à seulement 7% des intentions de vote chez les francophones, souligne-t-il. Ça démontre une déconnexion avec une bonne partie de l’électorat francophone», poursuit celui qui est aussi directeur du programme de deuxième cycle en science politique à l'Université Laval. 

Les problèmes ne s’arrêtent pas là: des candidats ont quitté le navire libéral en pleine traversée. C’est le cas des candidats de Mégantic et de Vanier-Les Rivières, qui se sont retirés à la dernière minute pour des «raisons professionnelles».  

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2. Des candidats qui font dérailler le message 

Dans les circonscriptions où le PLQ a réussi à recruter des candidats, ce sont parfois les propos de ceux-ci qui donnent du fil à retordre à la cheffe et qui font dérailler le message.

«Quand une campagne se déroule bien, c’est le chef qui est la locomotive de tête du train. Tout le monde suit et le message reste sur les rails», explique Éric Montigny. 

«Mais depuis le début de la campagne des libéraux, ce qu’on voit, ce sont des candidatures, qui sont des wagons, faire dérailler le train. Il y a plein de messages des candidats qui sortent de la ligne directrice, ou du message du jour.»

Dimanche dernier, au déclenchement de l’élection, le candidat-vedette dans la circonscription d’Acadie, André A. Morin, a notamment affirmé que le déclin du français au Québec n’est pas inquiétant, parce qu’il y a assez de mesures en place pour assurer sa protection. Ses propos sont venus contredire ceux de sa cheffe. 

André A. Morin

NICOLAS LACHANCE/AGENCE QMI

André A. Morin

Puis, mardi soir, le candidat dans Côte-du-Sud, Sylvain Lemieux, a indiqué qu’il était en faveur d’un troisième lien passant par l’île d’Orléans, comme le propose Éric Duhaime. Encore une fois, cette position entre en contradiction avec celle du parti. 

3. Effondrement du vote francophone 

Selon le plus récent sondage Léger, le parti de Dominique Anglade ne récolte que 17% du vote. Chez les francophones, la chute est encore plus brutale: au dernier coup de sonde, ils étaient seulement 7% à appuyer le PLQ, un creux historique. 

«Dans l’évolution du nationalisme québécois, le Parti libéral se retrouve coincé et cherche ses repères», affirme Éric Montigny. 

«L’image que je prends souvent, c’est qu’avec le débat sur l’indépendance, on jouait au baseball. Les “oui” d’un côté, les “non” de l’autre. Alors qu’avec le réalignement politique, ce sont d’autres enjeux qui prennent la place. La place de l’État dans l’économie et la société, l’environnement. Donc, le jeu a changé. Maintenant, on joue au soccer. Et les libéraux ont de la difficulté à apprendre les règles du soccer, parce qu’ils ont toujours joué au baseball», analyse-t-il. 

4. Le vote non francophone fragilisé

C’est la première fois depuis 1919 que le parti qui formait l’opposition officielle à l’Assemblée nationale au déclenchement des élections se retrouve aussi bas dans les intentions de vote, affirme le politologue André Lamoureux. 

Et l’impact de cette chute se fait ressentir chez les non-francophones, qui ont souvent été considérés comme acquis au PLQ. 

«Le fait que le parti sombre de cette façon, ça va aussi affecter le vote anglophone, parce qu’ils voient qu’un parti autrefois fort est maintenant très affaibli. Ça se voit même chez les députés, quand on voit le nombre de départs récents. Le parti n’inspire pas confiance», explique-t-il. 

Les tergiversations du parti de Dominique Anglade dans des dossiers comme la réforme de la loi 101 ont également envoyé «des messages contradictoires», remarque Éric Montigny. 

«Prenons l’exemple de la loi 96. Le parti voulait faire des réformes plus importantes sur la langue française et avait annoncé un virage plus nationaliste. Devant la grogne des anglophones, ils ont reculé sur certaines propositions, pour ensuite aller manifester devant le cégep Dawson. Donc ils envoient des messages contradictoires en quelque sorte, et ce, à quelques semaines du déclenchement des élections, et ça laisse des traces.»

Dominique Anglade lors d'une manifestation contre la loi 96.

TOMA ICZKOVITS

Dominique Anglade lors d'une manifestation contre la loi 96.

5. Des châteaux forts en danger  

Les projections sont peu optimistes pour le PLQ, à un point tel que certains de ses châteaux forts montréalais, qui lui sont acquis depuis des décennies, pourraient lui échapper. 

C’est notamment le cas de Verdun, qui vote libéral sans interruption depuis 1939 (NDLR: les limites de la circonscription ont été modifiées en 1966). Pour la première fois en près d’un siècle, Verdun pourrait élire un député qui n’est pas rouge, selon les projections électorales Qc125.com. L’agrégateur de sondages prévoit une lutte à trois serrée dans la circonscription montréalaise entre les libéraux, les caquistes et les solidaires.  

Même dans Saint-Henri–Sainte-Anne, la circonscription que représentait Dominique Anglade jusqu'au déclenchement des élections, la lutte s'annonce serrée. Qc125.com y prédit également une lutte serrée à trois.