Acheter un terrain dans le métavers, futur de l’investissement ou simple illusion? | 24 heures
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Acheter un terrain dans le métavers, futur de l’investissement ou simple illusion?

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En changeant son nom pour Meta, Facebook a incité des investisseurs à se ruer vers les métavers, ces mondes virtuels où il est possible d’acheter des terrains dont la valeur pourrait bondir grâce à la spéculation. Mais ont-ils raison d’engouffrer des milliers de dollars dans ces mondes immatériels? 

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Imaginez si vous rendre au travail, à la salle de sport ou à un spectacle de musique ne nécessitait que de mettre un casque de réalité virtuelle. Et que diriez-vous de posséder deux maisons: une dans la vraie vie et une autre dans un monde parallèle? C’est le rêve que vendent les métavers.  

Parmi les nouveaux propriétaires dans ces mondes parallèles, on retrouve Jonathan, un trentenaire de Saint-Eustache. Il possède pas moins de 33 terrains dans un métavers émergent, TCG World, un monde virtuel dans lequel il est possible de se promener et de capturer des créatures.   

Comme le prix de ses terrains est évalué avec la cryptomonnaie de ce métavers, le TCG Coin, on peut estimer qu’il possède, à l’heure actuelle, l’équivalent d’au moins 15 000 dollars en immobilier virtuel.      

Mais pourquoi opter pour des terrains virtuels, et donc inhabitables, plutôt qu’une propriété dans le monde réel? C’est simple: pour des raisons de moyens.  

«Beaucoup de jeunes ne peuvent plus se permettre [d’acheter une propriété]», souligne Jonathan, qui voit dans le métavers une possibilité de faire fructifier son argent.  

«Mes rêves, c'est de faire le tour du monde en voilier, de faire du parachute, d'avoir une petite fermette autosuffisante», confie le jeune homme, qui reconnait néanmoins que son investissement est risqué. Avec de la chance, il pourrait toutefois empocher pas mal plus que s’il avait placé son argent dans un CELI ou qu'il l'avait joué en Bourse.  

Il n’est pas seul à être tenté : selon des firmes d’analyse de marché, les transactions immobilières dans les métavers auraient dépassé les 500 millions de dollars américains au cours de la dernière année. Une entreprise américaine a même acheté un lot de 19 terrains pour 5 millions de dollars dans TCG World, la plus grosse transaction jamais enregistrée dans un métavers.  

Une bonne idée? 

C’est bien beau tout ça, mais les terrains achetés maintenant prendront-ils vraiment de la valeur au fur et à mesure que se développeront les métavers?  

«Je ne mettrais pas mon argent là-dessus», lance Tomás Dorta, professeur de réalité virtuelle à l’École Polytechnique. Pour le directeur du laboratoire de recherche en design Hybridlab, acheter des terrains dans ces univers virtuels, c’est aussi farfelu que «d’acheter un terrain sur la lune».   

Le futur des métavers 

C’est que les métavers, dans leur forme actuelle, ne sont pas achevés. Le monde parallèle rêvé dans lequel on pourrait travailler et magasiner risque de voir le jour ailleurs que sur les métavers actuels, comme Decentraland ou TCG World, prédisent des spécialistes avec qui le 24 heures s’est entretenu. 

Le problème principal avec les métavers actuels: ils nécessitent un casque pour pouvoir y accéder et sont entièrement détachés du monde réel, affirme Tomás Dorta.  

«Tu peux l'utiliser une fois de temps en temps, mais si c'est ton outil de travail que tu dois le porter tous les jours, c'est dur, souligne-t-il. Moi, je ne crois pas que mon réseau social va être en immersion, détaché de tout.» 

C'est pourquoi la popularité des métavers sous leur forme actuelle finira par retomber et que les terrains achetés dans ces mondes virtuels perdront nécessairement de la valeur, croit Tomás Dorta. Mais si ce marché immobilier parallèle est un pétard mouillé, le concept du métavers n’est pas pourtant voué à l’échec, insiste-t-il.  

Pour Tomás Dorta, le secret du succès du métavers résidera plutôt dans la réalité augmentée. 

La réalité augmentée, c’est la technologie derrière la célèbre application Pokémon GO. Elle consiste à imbriquer des éléments virtuels dans le monde réel grâce à un appareil mobile, comme un téléphone, un iPad, ou encore des lunettes électroniques. 

«Je pense que c’est la réalité augmentée qui a des bénéfices pour les relations sociales», avance Tomás Dorta. Cette technologie permet de «voir le monde, mais aussi de rajouter de l’information sur le monde» et «ça a beaucoup d’avenir», poursuit-il.  

Le directeur de la startup OVA qui se spécialise dans la construction des futurs métavers, Harold Dumur, abonde dans le même sens. Selon lui, la réalité augmentée risque de remplacer tôt ou tard les mondes virtuels comme on les connaît aujourd’hui.  

«Avec des solutions comme les lunettes de Snapchat, on va pouvoir voir un monde augmenté qui est vraiment mis par-dessus notre réalité», explique-t-il.  

Les lunettes de Snapchat, baptisées Spectacles, sont des lunettes électroniques qui superposent des éléments virtuels dans le champ de vision de leur utilisateur. On peut par exemple voir des œuvres virtuelles apparaître dans les rues, ou encore connaître notre vitesse ou notre trajet en un coup d’œil lorsqu’on fait de la course. 

La majorité des géants de la techno comme Google, Microsoft et Meta se sont engagés à construire leurs propres lunettes.  

C’est donc la preuve qu’une forme de métavers est bien à nos portes, et qu’il est pertinent de s’informer de sa progression. Il reste qu’investir dans ces mondes virtuels actuellement semble aussi risqué qu’un investissement dans une cryptomonnaie ou une compagnie émergente - il faut donc prendre ses décisions de placements en conséquence.  

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