«Je vous salue salope» : Se mettre dans la peau d’une victime de cyberviolence et misogynie | 24 heures
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«Je vous salue salope» : Se mettre dans la peau d’une victime de cyberviolence et misogynie

Quatre femmes. Quatre pays. La même haine. Le film documentaire de Léa Clermont-Dion et Guylaine Maroist, Je vous salue salope, sorti en salle vendredi, leur donne la parole. Elles nous racontent leur histoire de cyberviolence et misogynie.  

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«Le film, c’est la réalité. Oui, c’est vraiment ça, la réalité. On n’a pas essayé de grossir les histoires. On voulait vraiment aller derrière les faits divers parce que ces histoires-là, c’était dans les journaux. On voulait vraiment mettre une loupe sur quelque chose qui aurait passé rapidement de manière sensationnaliste sinon», explique Léa Clermont-Dion. 

Voici les quatre femmes à qui les documentaristes ont donné la parole:   

  • Laura Boldrini, une ex-présidente du parlement italien qui a été la cible d’une campagne de salissage et d’incitation à la violence par des personnalités publiques   
  • Laurence Gratton, une jeune enseignante québécoise qui été harcelée pendant cinq ans par un collègue  
  • Kiah Morris, une ex-représentante démocrate américaine qui a été harcelée par sa communauté dans le Vermont   
  • Marion Séclin, une jeune comédienne et Youtubeuse française qui a reçu des messages de haines et des menaces pendant des années pour ses propos féministes.

 

On s’est entretenu avec Léa Clermont-Dion pour en savoir plus sur ce qu'elle a retiré de ce projet. 

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Menaces de mort, incitation au viol, insultes crues... c’est lourd et pas facile à entendre. Est-ce que ç’a été difficile moralement le tournage?  

Les gens vont dire après avoir vu le film «Ouf.. C'est lourd au bout de 1h20!», mais je vais te dire que ça a été lourd pendant sept ans. C'était extrêmement difficile psychologiquement. C’était une épreuve. Mais on est contentes de l’avoir fait!  

 

Les quatre femmes au centre du film ont vécu des choses odieuses, voire effrayantes. Est-ce que ç’a été difficile de les convaincre de se lever encore et de dénoncer pour ton film ?  

Oui, ce fut extrêmement difficile de les convaincre, parce que c’est un sujet tellement délicat. Elles n’ont pas envie de se confier à n’importe qui, n’importe quand. On a eu plusieurs «non». Il y a des personnes qui se sont désistées aussi. Il a vraiment fallu s’armer de persuasion pour y arriver, mais on a réussi! Et honnêtement, je suis très fière du résultat. Je suis très contente de ce casting. 

C’est quatre femmes inspirantes aussi. Qu’est-ce que tu retires de ces rencontres-là? 

C’est des rencontres qui ont changé ma vie. C’est des femmes qui me donnent le goût de me tenir droite. Elles sont extrêmement courageuses. C’est des héroïnes. Et moi les héroïnes ça me galvanise, alors je suis complètement emportée par elles. Elles me donnent espoir en l’avenir. 

Après le visionnement du film, on peut se demander si ces femmes-là allaient peut-être encore recevoir des messages haineux et violents. Sais-tu si elles sont craintives un peu?  

Laurence craignait ça, oui, mais on s’est assurées que la personne qui la harcelait était, en théorie, hors d’état de nuire. Ce qu’on a su c’est qu’il a été trouvé coupable pour certaines victimes. Alors, en ce moment, ce qu’on a lu dans les jugements, c’est qu’il est en bonne voie de réhabilitation. 

Laurence Gratton

Courtoisie

Laurence Gratton

Kiah, elle, était là pour la première et je crois que c’est quelque chose pour elle de se retrouver au Québec et de recevoir une ovation debout pendant plusieurs minutes. Elle qui a été attaquée par sa propre communauté, je pense que l’ovation l’a vraiment rassurée et lui a fait du bien. Je crois qu’elle ressort de cette expérience-là vraiment grandie. 

Kiah Morris entourée de Léa Clermont-Dion (gauche) et Guylaine Maroist (droite)

MARTIN ALARIE / JOURNAL DE MONTREAL

Kiah Morris entourée de Léa Clermont-Dion (gauche) et Guylaine Maroist (droite)

Dans le film on comprend bien qu’il n’y a pas beaucoup de recours contre la cyberviolence, même la police semble ne pas savoir comment réagir. Cependant, peu de pistes de solutions sont mentionnées dans le film, pourquoi ? 

On a fait le choix délibérer de donner la voix aux victimes et d’avoir une vision d’auteures. On aurait pu faire quelque chose de plus documenté, mais ce n’est pas le pari qu’on s’est lancé. Le film, c’est une expérience. Il permet de se mettre à la place de quelqu’un qui vit les violences en ligne.  

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Tu as quand même baigné dans le sujet de la cyberviolence et de la misogynie pendant quelques années pour réaliser le documentaire. Quelles sont les solutions face à ce phénomène selon toi? 

Laura Boldrini aborde un peu les solutions tout de même. Elle parle de la loi allemande qui exige de la part de Facebook de retirer tout propos haineux de sa plateforme en territoire allemand, sous peine d’une amende de 50 millions d’euros. C’est une solution qui existe. 

D’ailleurs, on a lancé quelques revendications politiques. Sur stoplescyberviolences.ca, on a lancé une pétition. On demande au gouvernement fédéral d’adopter une loi avec plus de mordant, un peu comme celle en Allemagne. En ce moment, on a une loi sur les crimes haineux et c’est assez flou.  

Aussi, nous dans les prochaines semaines, on va lancer une campagne qui s’appelle Stop les cyberviolences. C’est un gros projet qu’on a travaillé en parallèle du film qui incluent un programme d’éducation dans les écoles. On a monté avec des experts un cours de prévention des cyberviolences. Les professeurs ont accès au cours. Il y a aussi des capsules que j’ai animé que les enseignants du secondaire et du cégep peuvent présenter à leurs élèves.  

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Il va y avoir également des ciné-conférences en salles aussi. 

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