Cocaïne, héroïne, méthamphétamine: de la drogue dure distribuée à Vancouver pour sauver des vies | 24 heures
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Cocaïne, héroïne, méthamphétamine: de la drogue dure distribuée à Vancouver pour sauver des vies

Image principale de l'article De la drogue dure distribuée pour sauver des vies
Photomontage Marilyne Houde

Pour combattre la crise de surdoses et limiter la circulation de drogues de mauvaise qualité à Vancouver, des groupes communautaires distribuent de la cocaïne, de l’héroïne et de la méthamphétamine, même si Santé Canada leur a interdit de le faire.

Depuis six ans, plus de 10 000 décès par surdose sont survenus en Colombie-Britannique, qui a déclaré l’état d’urgence de santé publique. Puisque plusieurs de ces décès ont été provoqués par de la drogue de mauvaise qualité, le Drug User Liberation Front (DULF), un regroupement d’organismes de soutien aux consommateurs, a décidé de distribuer de la drogue sécuritaire, explique la cofondatrice du regroupement, Eris Nyx.  

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«Dans l'état actuel des choses, c'est notre seule option pour sauver des vies, principalement en raison de la poursuite de la prohibition et de l'absence de réponse substantielle du gouvernement fédéral face à l'échec de ce régime de prohibition», argumente Mme Nyx.

L’an dernier, le DULF et le Vancouver Area Network of Drug Users ont demandé à Santé Canada de leur accorder une exemption temporaire du Code criminel pour leur permettre de se procurer et de vendre certaines drogues dures. Cette demande, qui avait reçu l’appui de plusieurs organismes œuvrant en santé publique, ainsi que celui du conseil municipal de Vancouver, leur a été refusée. 

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Le groupe a aussi demandé une subvention pour acheter des médicaments sur le dark web, qu’il pourrait ensuite tester et distribuer aux utilisateurs, ce qui leur a aussi été refusé. 

L’organisme fédéral affirme que l’initiative présente «des risques associés à la santé et à la sécurité publique». 

Pour que le projet soit un jour accepté, la Direction des substances contrôlées de Santé Canada a informé le groupe qu’il devra fournir un plan de distribution clair en plus de s’approvisionner auprès d’un fournisseur légal. 

Pied de nez au gouvernement

Voyant en cette réponse un manque de volonté politique, le groupe demande actuellement une révision judiciaire de la décision de Santé Canada, au motif qu'elle ne tient pas compte des droits à la vie et à l'égalité garantis par la Charte canadienne des droits et libertés.

Les organismes ont aussi protesté en distribuant 201 grammes de drogues à des consommateurs connus, sans qu’aucun cas de surdose n’ait été rapporté. Toute la drogue donnée avait été testée et étiquetée. Sur les emballages, on pouvait notamment lire «100% méthamphétamine. Pas de coupe».

«Si vous étiquetez les substances de manière à indiquer clairement ce qu'une personne met dans son corps, les gens ne feront pas d'overdose. Personne ne prend plus que ce qu'il a l'intention de prendre. Parce qu'ils savent ce qu'ils mettent dans leur corps et que les gens connaissent leur corps. Si vous allez dans un bar, vous ne demandez pas une bouteille entière de tequila pour tout avaler», a soutenu la cofondatrice du DULF, Eris Nyx. 

L’année 2021 a été l’année la plus meurtrière en matière de surdoses au pays: 21 décès en moyenne ont été enregistrés chaque jour, selon une déclaration commune émise le 31 août dernier par le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos, et la ministre de la Santé mentale et des Dépendances, Carolyn Bennett.

Avec les informations du Guardian