Accès à la propriété: les promesses des partis vont faire augmenter les prix de l’immobilier, s’entendent les experts | 24 heures
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Accès à la propriété: les promesses des partis vont faire augmenter les prix de l’immobilier, s’entendent les experts

Image principale de l'article Les promesses des partis feront grimper les prix

Les experts sont unanimes : la majorité des promesses électorales sur l’accès à la propriété auraient l’effet inverse si elles sont réalisées, soit augmenter la demande et le prix des maisons. Tour d’horizon des plateformes électorales avec trois experts sur le sujet.  

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Selon un sondage révélé mardi par Royal LePage, l’accès à la propriété est un enjeu qui préoccupe grandement les citoyens : 52 % des électeurs québécois indiquent que la position d’un parti en matière d'accessibilité au logement est une considération prioritaire dans leurs intentions de vote. 

Le 24 heures a décortiqué les plateformes électorales de chaque parti avec trois experts sur la question : Yvon Rudolphe, chargé de cours à l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM, Florian Mayneris, professeur à l’ESG de l’UQAM et la chercheuse Julia Posca de l’Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS). 

Parti libéral du Québec (PLQ) : 

  • Éliminer la taxe de bienvenue pour l’achat d’une première propriété.  

Le droit de mutation (ou mieux connu sous le nom de taxe de bienvenue) est une taxe progressive que les acheteurs doivent payer à la municipalité après l’acquisition de leur nouvelle propriété. Celle-ci est variable selon le prix de vente de la propriété : par exemple, pour une maison vendue à 400 000$ à Longueuil, la taxe sera de 1,5%, soit 4 500$.     

Ce montant peut sembler imposant pour un particulier, explique M. Rudolphe. Cela dit, il considère que cette somme est essentielle pour les municipalités du Québec et, par extension, ses résidents.  

«[Les municipalités] manquent d’argent. Non seulement on ne leur donne pas beaucoup d’argent pour gérer les changements climatiques, mais on couperait une source de revenus importante», explique-t-il.   

Un point de vue partagé par Florian Mayneris. «Vous allez favoriser la demande et, à la fin, ça risque d’être les propriétaires qui vont récupérer cette taxe, car ils pourraient augmenter le prix en conséquence», juge-t-il. 

Cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade

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Parti conservateur du Québec (PCQ) : 

  • Pour les familles avec deux enfants mineurs, le PCQ promet d’abolir les droits de mutation lors de l’achat d’une nouvelle maison (une seule utilisation). 

Avec cette exemption de taxe, le professeur Florian Mayneris juge que le PCQ devrait plutôt, s’il souhaite aider les familles à accéder à la propriété, baser sa proposition sur les revenus plutôt que sur la composition familiale.  

« Est-ce à la bonne clé d’entrée ? Pourquoi une famille qui fait 100 000$ par année avec deux enfants mineurs, par exemple, devrait être aidée et non une mère monoparentale qui fait 55 000$ par an ?», se questionne-t-il.   

De son côté, la chercheuse Julia Posca trouve l’initiative fiscale intéressante pour aider les jeunes familles, mais croit que le parti doit offrir en revanche une solution pour accroitre l’offre de logements. Elle déplore notamment que le parti d’Éric Duhaime ne propose rien en ce sens et souhaite abandonner la construction de nouveaux logements sociaux. 

Chef du Parti Conservateur du Québec, Éric Duhaime

Photo Martin Chevalier

Chef du Parti Conservateur du Québec, Éric Duhaime

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Québec solidaire (QS) : 

  • Québec solidaire propose que le gouvernement achète 10 000 maisons pour les revendre 25% moins cher dans un premier mandat.  

Acheter 10 0000 maisons pour les sortir de la logique spéculative est une idée «vraiment originale», juge Julia Posca. «Cela permettrait de pérenniser l’abordabilité de certains logements sur le long terme.»  

Le professeur Mayneris est du même avis quant à la logique de la proposition. «On revend des maisons moins chères à des populations qui n’ont pas accès à la propriété et dans des quartiers où c’est présentement très coûteux, comme le centre-ville de Montréal», croit-il.   

Yvon Rudolphe de l’ESG UQAM, en revanche, qualifie la promesse de «ridicule» tout en remettant en doute la faisabilité d’une telle promesse. Il ne considère pas non plus qu’il s’agirait d’une bonne solution pour augmenter l’offre de logements. 

Le budget d’un milliard $ proposé par Québec solidaire pour mettre en place cette mesure serait trop élevé par rapport à l’impact concret qu’elle aurait sur le marché immobilier, souligne-t-il.  

Co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois

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Coalition avenir Québec (CAQ) : 

  • N’as pas encore dévoilé de promesse à ce sujet. En revanche, la CAQ a doublé le crédit d’impôt sur l’achat d’une première maison en juin : il passera de 750 à 1 500$.  

Du côté de la CAQ, Julia Posca de l’IRIS pose le même constat que sur les mesures fiscales précédentes : celle-ci pourrait faire augmenter la demande plus rapidement que l’offre et faire augmenter les prix. Ces incitatifs pour l’achat d’une propriété contribuent à augmenter la demande et les prix face à l’offre insuffisante sur le marché immobilier.  

Florian Mayneris de l’ESG UQAM avance le même constat. Selon lui, le parti de François Legault aurait tout intérêt à offrir cette allocation en priorité à des familles qui ont de la difficulté à accéder à la propriété plutôt qu’à l’ensemble de la population. 

Chef de la Coalition avenir Québec, François Legault

Martin Chevalier / JdeM

Chef de la Coalition avenir Québec, François Legault

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Parti québécois (PQ) : 

  • N’a pas encore dévoilé de promesse à ce sujet.  

Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon

Photo d'archives

Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon

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Une solution commune : offrir plus de logements 

Les trois d’experts avancent que, pour aider les ménages à accéder à la propriété, il faut avant tout accroitre massivement l’offre de logements. 

Le chargé de cours de l’ESG Yvon Rudolphe propose notamment la création d’une coopérative de logements gérée par le gouvernement. «Il faut construire absolument de manière plus productive avec nos ressources», exprime-t-il.  

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La chercheuse Julia Posca et le professeur Florian Mayneris suggèrent quant à eux de construire beaucoup plus de logements sociaux, ou de donner des subventions aux promoteurs pour la construction de maisons qui conviendront aux besoins des familles, au lieu de condos de petite taille, par exemple. 

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