Voici ce qui cloche avec notre système électoral au Québec | 24 heures
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Voici ce qui cloche avec notre système électoral au Québec

Gabriel Nadeau-Dubois a soutenu que le système électoral québécois était «brisé».
Photo Simon Clark, Agence QMI

Gabriel Nadeau-Dubois a soutenu que le système électoral québécois était «brisé».

Dans le système électoral actuel, un parti peut former un gouvernement majoritaire sans avoir obtenu une majorité du vote populaire. Ce déséquilibre pourrait d’ailleurs convaincre des électeurs de ne pas sortir voter le 3 octobre prochain et alimenter le cynisme envers la politique, s’inquiète un expert.  

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De passage à Montréal lundi, le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois (GND) a appelé les jeunes à se mobiliser et à se rendre aux urnes, même si le système électoral québécois est «brisé». 

Quand GND affirme que le système est brisé, il fait référence au mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour actuel. Il suffit d’ailleurs de jeter un coup d’œil aux projections électorales du site spécialisé Qc125 pour comprendre ce qui cloche. 

En date du 29 septembre, Qc125 prévoyait que la Coalition Avenir Québec (CAQ) obtiendrait 39% du vote populaire, mais que la formation ferait élire 73,6% des députés à l’Assemblée nationale, soit 92 sièges sur 125. C’est donc dire qu’il y a un écart de près de 35% entre le pourcentage du vote et des sièges. 

Le déséquilibre est tout aussi frappant lorsqu’on s’intéresse à la course pour gagner l’opposition officielle. Même si quatre partis se partagent des parts similaires du vote populaire, leur nombre de sièges projetés varie grandement. 

Avec 16% du vote populaire, les libéraux (PLQ) obtiendraient 20 sièges. Le Parti conservateur (PCQ), avec 15%, n’en obtiendrait aucun, alors que Québec solidaire (QS) en obtiendrait 10 avec le même pourcentage. Le Parti Québécois (PQ), bon dernier dans les intentions de vote avec 14%, ferait élire trois députés. 

Pour Daniel Turp, professeur émérite à la Faculté de droit de l’Université de Montréal et ancien député péquiste, cette distorsion électorale contribue à faire augmenter le cynisme et le désengagement – notamment des jeunes – envers la classe politique. 

«C’est un système qui crée des distorsions terribles. C’est la raison pour laquelle il faut impérativement réformer le mode de scrutin», soutient-il.

Le vote populaire mal représenté

Comment expliquer qu’il puisse exister une telle distorsion? 

D’abord, il y a le fait qu’un candidat n’a qu’à obtenir le plus grand nombre de votes dans sa circonscription (majorité simple) pour l’emporter. Dès qu’il y a plus de deux candidats dans la course, c’est possible que la majorité des électeurs de la circonscription n’aient pas voté pour le vainqueur. 

En 2018, trois candidats ont justement été élus avec moins de 30% des voix, ce qui veut dire que plus de 70% des électeurs n’avaient pas voté pour eux. 

  • Richard Campeau, de la CAQ, a gagné dans Bourget (maintenant Camille-Laurin) avec 27,57%. 
  • Marie Montpetit, du PLQ, a gagné dans Maurice-Richard avec 29,52%.
  • Danis Lamothe, de la CAQ, a gagné dans Ungava avec 26,51%. 

Lorsqu’il y a une lutte très serrée dans une circonscription, le nombre de voix récoltées par le candidat qui termine deuxième n’a d’ailleurs aucun effet sur la représentation de son parti à l’Assemblée nationale, ce qui contribue aussi au déséquilibre électoral.

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Prenons l’exemple des Îles-de-la-Madeleine. Lors de la dernière élection, le PQ a remporté la circonscription avec 2955 voix, soit seulement 15 de plus que le candidat libéral. Or, même si les deux partis étaient pratiquement à égalité des voix, c’est un peu comme si les votes aux libéraux n’avaient jamais existé. 

Le mode de scrutin actuel affecte également la représentation des régions au Salon bleu, souligne Daniel Turp. 

Il y a quatre ans, par exemple, la région des Laurentides s’est retrouvée avec une députation 100% caquiste, alors que la majorité des électeurs n’avait pas voté pour la CAQ. 

La réforme du mode de scrutin, une promesse reniée 

En 2018, François Legault et tous les autres chefs de parti, à l’exception de Philipe Couillard (PLQ), s’étaient engagés à réformer le mode de scrutin pour qu’il représente mieux le vote populaire. 

Le chef caquiste, François Legault

PHOTO MARTIN ALARIE

Le chef caquiste, François Legault

Le modèle proposé était celui d’un mode de scrutin mixte avec compensation régionale. Au lieu de 125 députés dans 125 circonscriptions, il y aurait eu 80 députés élus dans 80 circonscriptions. Il y aurait ensuite 45 députés régionaux, qui seraient élus selon la proportion du vote exprimé pour leur parti dans chaque région. Le nombre de députés serait attribué à chaque région en fonction de son poids démographique. 

Une telle réforme permettrait aux électeurs qui votent dans des comtés considérés comme gagnés d’avance par un parti de mieux faire entendre leur voix à Québec, souligne Daniel Turp.

«Si quelqu’un vote QS dans Westmount, il n’y a pas grand chance que son vote se traduise par l’élection de son candidat. Mais il pourrait quand même faire entendre sa voix en votant QS dans la région», illustre-t-il.

Selon une simulation réalisée après les élections de 2018, la CAQ aurait obtenu 14 sièges de moins avec le mode de scrutin mixte avec compensation régionale et elle aurait perdu sa majorité à l’Assemblée nationale. Les libéraux en auraient gagné cinq de plus, le PQ aussi. QS en aurait, pour sa part, ajouté quatre. 

François Legault, qui était à la tête d’un gouvernement majoritaire, a cependant laissé tomber la réforme en 2021, prétextant que les Québécois n’en voulaient pas. En 2019, un sondage Léger montrait pourtant que 69% des Québécois souhaitaient que le premier ministre réalise sa promesse. 

«C’est une des paroles données les plus explicites dans l’histoire du Québec. Il a signé l’entente. Pour moi, renier sa parole de cette façon, comme élu, mais surtout comme premier ministre, c’est grave», déplore Daniel Turp. 

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