Réélection de la CAQ: le Québec n’atteindra (sûrement) pas ses objectifs climatiques | 24 heures
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Réélection de la CAQ: le Québec n’atteindra (sûrement) pas ses objectifs climatiques

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MARTIN ALARIE / AGENCE QMI

«On a un devoir de les réduire et de les éliminer, nos GES», disait François Legault, lundi soir, dans son discours de réélection. Mais avec la CAQ au moins pour les quatre prochaines années, le Québec réussira-t-il à réduire ses émissions de 37,5% d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990? C’est très peu probable. Voici pourquoi.

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1- Seulement la moitié des solutions identifiées

Le Plan pour une économie verte, c’est la stratégie du gouvernement de François Legault pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Doté d’un budget de 7,6 milliards de dollars, celui-ci mise principalement sur l’électrification des transports et la réduction de l’empreinte carbone des industries. 

Or, le Plan ne définit que 51% des gestes à poser pour atteindre la cible de réduction des émissions de GES. Même si le gouvernement les met tous en place, ce n’est donc pas suffisant pour atteindre son objectif de réduction des GES, et le gouvernement en est conscient. 

La CAQ n’a pourtant rien proposé de nouveau en la matière pendant la campagne, ce que dénonce Andréanne Brazeau, analyste en mobilité chez Équiterre.

2- Le gouvernement ne mise pas sur les bons mécanismes

Le gouvernement mise surtout sur des mesures incitatives, plutôt que dissuasives, pour inciter les citoyens et les entreprises à réduire leurs émissions de GES. 

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Le meilleur exemple de mesures dissuasives: la taxe sur les véhicules polluants que proposait Québec solidaire. Bien que dénoncée par la CAQ pendant la campagne électorale, ce genre de mesure d’écofiscalité est un moyen efficace pour atteindre nos objectifs climatiques, s’accordent les experts.  

«Le Comité consultatif sur les changements climatiques, mandaté par le gouvernement de la CAQ durant son premier mandat, recommande d’ailleurs l’usage à la fois d’investissements, de règlementation et de mesures écofiscales pour agir adéquatement pour le climat», fait valoir Andréanne Brazeau.

3- Les émissions GES continuent d’augmenter

En 2019 (les dernières données disponibles), les émissions de GES ont augmenté de 1,5% au Québec. Et depuis 1990, elles n’ont baissé que de 2,7%, selon l’inventaire québécois des émissions de GES. On est donc bien loin de l’objectif de 37,5%.

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«En 8 ans, c'est ce qui nous sépare de 2030, il faudra faire plus de 12 fois – en matière de réduction de GES – ce qu'on a réussi à faire en 32 ans. Le défi est colossal», avait d’ailleurs reconnu Benoit Charette, le ministre sortant de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, lors du dévoilement du Plan pour une économie verte, en avril dernier.

Le Comité consultatif sur les changements climatiques a d’ailleurs conclu que «la réponse du Québec n’est pas à la hauteur de l’urgence climatique».

— Avec Élizabeth Ménard


La cible est insuffisante

Non seulement le Québec risque de ne pas atteindre sa cible de réduction 37,5% des émissions de GES d’ici 2030, mais cette cible n’est pas une réponse adéquate à la crise climatique, note Andréanne Brazeau. Cette dernière souligne d’ailleurs que les libéraux avaient la même en 2015.

Le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime que les émissions mondiales doivent diminuer de 45% d’ici 2030, après avoir plafonné en 2025 et avant d’atteindre la carboneutralité en 2050. 

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Selon une analyse du Réseau action climat Canada, qui s’appuie sur le principe de responsabilités communes mais différenciées, le Québec devrait même redoubler d’effort et viser une réduction de 65% de ses GES pour limiter le réchauffement mondial à 1,5°C.

«Notre cible devrait être plus élevée en raison de notre responsabilité historique dans la crise climatique mondiale, explique Andréanne Brazeau. Mais aussi parce qu’elle n’a pas été revue depuis 2015. Ça fait déjà plusieurs années déjà. Selon l’accord de Paris, on devrait déjà avoir revu notre cible. On manque d’ambition du point de vue climatique.»

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