Un premier dénombrement depuis la pandémie des personnes itinérantes à Montréal et partout au Québec | 24 heures
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Un premier dénombrement depuis la pandémie des personnes itinérantes à Montréal et partout au Québec

Des centaines de bénévoles se sont réunis au YMCA du centre-ville de Montréal, mardi soir.

Des centaines de bénévoles se sont réunis au YMCA du centre-ville de Montréal, mardi soir.

Plus de 1200 bénévoles ont arpenté les rues de Montréal, mardi soir, dans le cadre d’une opération provinciale de dénombrement des personnes en situation d’itinérance, qui se tenait dans plusieurs villes au Québec. 

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Il n’existe actuellement pas de données à jour qui permettent de brosser un portrait de l’itinérance dans la province, puisqu’aucun dénombrement du genre n’a été fait depuis la pandémie. Sur le terrain, plusieurs indices laissent croire que la situation s’est détériorée au cours des dernières années, soutient le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Samuel Watts.  

«La réalité, c’est que les services d’urgence et les refuges d’urgence débordent en ce moment. En fait, c’est le cas depuis le début de la pandémie. Dans la rue aussi, l’itinérance visible est de plus en plus visible, justement», souligne-t-il. 

Lors du dernier dénombrement, réalisé en 2018, on estimait qu’un peu plus de 6000 personnes se trouvaient en situation d’itinérance dans la province, dont plus de la moitié à Montréal. 

Le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Samuel Watts

Le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Samuel Watts

Sans donner de chiffre précis, Sam Watts croit que leur nombre est destiné à augmenter cette année, puisque l’itinérance «est un problème en croissance» dans la métropole, notamment en raison de la crise du logement qui sévit depuis des mois. 

«On le sait, le prix des logements augmente, et c’est un enjeu majeur pour nous, parce que ce que l’on vise, c’est de loger ces gens de manière permanente», dit-il. 

Mardi soir, 250 équipes composées de quatre à cinq bénévoles ont répondu à l’appel du réseau de la santé pour parcourir les rues de la métropole dans le cadre de la première journée de cette troisième édition du dénombrement qui se déroule simultanément dans 13 régions du Québec.  

 «L’objectif, c’est [de mieux chiffrer le besoin en itinérance, mais] aussi de mieux connaître ces gens et leurs besoins. Ultimement, ce qu’on veut faire, c’est d’adapter les services qui leur sont offerts», indique de son côté la directrice adjointe aux partenariats urbains du CIUSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Caroline Dusablon. 

Une armée de bénévoles 

Une marée de volontaires s'était donc réunie à l’un des sept points de rencontre répartis sur l’île, avant de prendre la route vers l’arrondissement qui leur était désigné. Employés du domaine de la santé, du domaine communautaire ou citoyens désireux d’aider: le YMCA du centre-ville de Montréal fourmillait de centaines de bénévoles. 

Peu après 19h, l’équipe que nous avons accompagnée, composée de quatre employés de la Ville de Montréal, a pris d’assaut le quartier Ville-Marie. Équipés d’un formulaire d’une vingtaine de questions, les bénévoles avaient comme objectif de parler à tous les passants qu’ils croisaient sur leur chemin, sans exception.   

«C’est pour essayer de compter les gens en situation d’itinérance cachée. Ça peut être des gens qui sont hébergés chez des amis ou encore qui font du couchsurfing. Bref, des gens [à qui on ne penserait] pas à première vue», explique la cheffe d’équipe, Marie-Noël Routhier. 

Quatre participants arpentent l'arrondissement Ville-Marie, à Montréal.

Photo: Gabriel Ouimet

Quatre participants arpentent l'arrondissement Ville-Marie, à Montréal.

Trottoirs, ruelles, stationnements, chantiers de construction: aucun recoin n’a échappé à l’équipe. Malgré ces efforts, les personnes en situation d’itinérance sont rares. Après un peu plus de deux heures, l'équipe n’a dénombré qu’une personne en situation d’itinérance visible, en plus d’une personne en voie de perdre son logement.  

L’exercice est donc loin d’être parfait: de nombreuses personnes, surtout les femmes, vivent en situation d’itinérance loin de la rue. 

«Évidemment, j’aurais aimé être capable de rejoindre plus de gens, mais c’était une belle expérience quand même. Ça nous a permis de voir que l’environnement auquel sont confrontées les personnes en situation d’itinérance peut être très dur. Surtout pour les femmes», analyse Tina Tran, une des bénévoles présentes. 

Les résultats du dénombrement de mardi, qui devraient être connus en 2023, serviront entre autres choses à mettre sur pied des programmes de logements permanents afin que les personnes en situation d’itinérance ne soient pas obligées de se tourner vers les refuges d’urgence.