La santé menacée par la crise climatique, selon un rapport | 24 heures
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La santé menacée par la crise climatique, selon un rapport

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AFP

Le système de santé canadien n’est pas prêt à faire face aux conséquences des changements climatiques et de la pollution atmosphérique, qui accélèrent les risques de maladies, de pandémies ou d’événements climatiques extrêmes, met en garde le septième rapport du groupe Lancet Countdown.

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La dépendance aux combustibles fossiles — à l'origine du dérèglement climatique — est la principale menace pour la santé, préviennent les 99 experts derrière l’étude annuelle publiée mardi. 

«Cette dépendance nourrit la crise climatique, mais aussi d’autres crises, géopolitiques notamment. Il y a encore une incohérence entre l’action climatique et les gouvernements qui continuent de financer de manières importantes l’industrie fossile à travers des subventions», rappelle la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, coauteure du compte rendu politique destiné aux décideurs canadiens et présidente de l’Association québécoise des médecins en environnement. 

D’ici 2050, les coûts en santé liés aux changements climatiques au Canada vont exploser. Ils se chiffreront entre 59 et 110 milliards $, selon une récente analyse de l’Institut climatique du Canada citée dans l'étude. 

Malgré ce constat, la grande majorité des pays allouent encore des centaines de milliards en subventions aux combustibles fossiles, des sommes comparables ou même supérieures à leurs budgets de santé. 

Depuis mars 2020, le Canada s’est engagé à verser près de 60 milliards $ pour soutenir l’énergie fossile, rapporte le Lancet Countdown. 

Les changements climatiques affectent déjà la santé

Le dôme de chaleur en Colombie-Britannique qui a fait 619 morts en 2021; la pollution atmosphérique liée aux combustibles fossiles responsables de près d’un décès sur cinq dans le monde; les symptômes d’anxiété, de dépression et de stress post-traumatique chez les victimes des inondations de 2019 au Québec: tout ça aurait été «pratiquement impossible» sans l’influence des changements climatiques, souligne le rapport. 

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Et les systèmes de santé, déjà mis à rude épreuve par la COVID-19, devront s’adapter aux conséquences de ces événements météorologiques extrêmes. 

L’épisode du dôme de chaleur, par exemple, a démontré que les systèmes d’intervention d’urgence devaient être améliorés pour réduire les décès. Le médecin légiste de la Colombie-Britannique a noté un décalage entre les avertissements de chaleur extrême et la réponse des organismes publics. 

Avec les canicules, le nombre de visites aux urgences et le transport en ambulance peuvent augmenter de 10 à 15%, selon les données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). 

Résultat: la qualité des soins risque d’être réduite parce que le système de santé n’a pas nécessairement la capacité à répondre à cette pression. 

Les décès liés à la chaleur ont par ailleurs augmenté de 68% dans le monde de 2017 à 2021 par rapport à 2000-2004. 

Il y a un an, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait estimé qu'entre 2030 et 2050, près de 250 000 décès supplémentaires par année seraient imputables aux changements climatiques. 

Des recommandations pour se préparer

Le rapport du Lancet Countdown cible trois recommandations principales pour protéger le système de santé des contrecoups de la crise climatique.  

1. Atténuer les impacts et renforcer la résilience aux chocs climatiques

Pour y arriver, les experts proposent notamment d’établir un «secrétariat national» pour assurer la liaison avec les provinces et les territoires. 

«À la COP26, le Canada — et 50 autres pays — s’est engagé à développer un système de santé durable, résilient au climat et à faible émission de carbone d’ici 2050. Mais ce qu’on voit à l’échelle du pays, c’est qu’il n’y a pas de coordination entre les différents réseaux de la santé, explique la Dre Pétrin-Desrosiers. Certains endroits ont amélioré leur préparation aux événements climatiques extrêmes, mais ça ne fait pas partie d’un plan national.» 

Le système de santé du Canada affiche par ailleurs l’un des taux d’émissions de gaz à effet de serre (GES) par habitant les plus élevés au monde, représentant jusqu’à 5% des émissions annuelles totales du pays. 

2. Mieux intégrer les perspectives autochtones

Il est urgent d’«accélérer l’intégration de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones dans le droit canadien», puis de «soutenir la mise en œuvre du projet de loi C-226 concernant l’élaboration d’une stratégie nationale pour mieux évaluer, prévenir et contrer le racisme environnemental», suggère le rapport. 

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Claudel Pétrin-Desrosiers cite entre autres «le principe des sept générations», qui pourrait être appliqué au système de santé. 

«Dans la perspective autochtone, il y a le principe des sept générations qui consiste à prendre en considération les effets d'une décision sur le long terme. Il faut toujours se demander quel sera son impact sur les sept prochaines générations», fait-elle valoir. 

3. Parler des solutions climatiques saines

Un autre point important, selon le Lancet Countdown, est de mieux communiquer les bénéfices des solutions climatiques pour la santé, en partageant «des histoires positives» qui ont favorisé l’adaptation d’un système aux conséquences d’événements climatiques extrêmes, par exemple. 

Les médias, le milieu universitaire et les organismes à but non lucratif font partie de cette solution. 

— Avec l'AFP