Des personnes queers nous expliquent pourquoi elles ne veulent pas être out au bureau | 24 heures
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Des personnes queers nous expliquent pourquoi elles ne veulent pas être out au bureau

Image principale de l'article Queers, mais leurs collègues l'ignorent
Photomontage Marilyne Houde

Pour les personnes queers, chaque nouvel environnement demande de faire un nouveau coming out. Si certaines personnes préfèrent garder secrète leur orientation sexuelle ou leur expression de genre au bureau, notamment pour préserver leur bien-être au travail, ça se fait souvent au prix de leurs relations avec leurs collègues. 

«Ça briserait le lien de confiance avec certains collègues» Sam

«Mon fils est gai, mais il est gentil pareil»: des commentaires comme celui-là, Sam* en entend souvent à l’hôpital où elle travaille, tant de la part d’employés que de patients. 

«J’ai entendu des collègues dire que s’ils apprenaient que leur enfant était queer, ils préféraient ne pas le savoir, sinon ils devraient couper les ponts», raconte la jeune femme qui ne s’affiche pas à ses confrères comme pansexuelle.

Sam craint les conséquences qu’un coming out pourrait avoir sur son emploi, elle qui occupe un poste de gestion dans un environnement de travail où le commérage a la cote. 

Photomontage Marilyne Houde

«Ça briserait le lien de confiance avec certains collègues, alors que j’ai travaillé très fort pour le bâtir. Si ça se met à parler dans mon dos, ça pourrait même endommager ma relation avec des patients. On entend tout à l’hôpital», mentionne-t-elle. 

Parce que si les mentalités tendent à évoluer au sujet de l’homosexualité, elle n’a pas l’impression que c’est le cas pour la pansexualité. 

«Être gai ou lesbienne, ça passe. Quand tu sors de ce cadre-là, c’est vu comme une phase ou c’est trop bizarre», regrette celle qui se présente depuis peu comme pansexuelle.

D’ailleurs, si certains de ses collègues lui font part à l’occasion de leurs opinions sur la communauté LGBTQA+, ses patients s’en permettent encore plus. 

Sam s’estime tout de même chanceuse de ne pas devoir cacher l’existence de son partenaire actuel, qui est un homme. Mais elle considère qu’il y a certaines parties d’elle auxquelles ses collègues n’auront jamais accès. 

«Je ne veux pas partager toute ma vie privée au bureau, mais j’aimerais ne pas tout le temps devoir faire attention.»

«Je n’avais pas envie de devoir reprendre les gens» Elio

Elio est une personne non binaire transmasculine, mais aucun de ses collègues n’est au courant.  

«Pauvre enfant, il ne saura pas qui appeler papa ou maman», «C’est bizarre comment ces gens-là se charcutent», «Moi, je ne laisserais pas mon enfant faire ça»: ces commentaires, iel les a entendus lors d’une pause, alors que des employés réagissaient à un article sur un couple de personnes trans qui attendaient un enfant. 

Ce sont notamment des commentaires comme ceux-là qui le découragent de faire son coming out.

«J’ai un collègue qui est tombé sur une illustration d’une personne intersexe dans un magazine. Il répétait “une femme-zizi!” comme si c’était vraiment drôle. Ce n’est pas de la transphobie à outrance, mais c’est le genre de choses que les personnes cisgenres disent quand elles se pensent entre elles», raconte Elio. 

Photomontage Marilyne Houde

Elio préfère aussi ne pas dévoiler son identité de genre pour éviter de devoir répondre à des questions ou de subir des commentaires de ses collègues.

«Je n’ai pas envie de devoir expliquer à tout le monde ce que c’est d’être non binaire. Ce sont des questions innocentes, mais à la longue, c’est fatigant et ça aurait eu un impact sur mon bien-être et mon travail.»

«Ça m’arrive souvent de me faire mégenrer, peu importe comment je me présente aux gens, et je n’avais pas envie de devoir reprendre les gens dans un contexte professionnel», ajoute Elio. 

Le fait de garder son identité de genre n’est toutefois pas sans conséquence. «Quand je sympathise avec eux, ça reste en surface. La manière dont je socialise avec eux est très éloignée de comment je suis dans le reste de ma vie.»

Quelques témoignages en vrac

«J’avais l’impression que si je disais à mes collègues que j’étais asexuelle, je perdrais toute crédibilité. Quand on parlait de sexe, je renvoyais les questions vers les autres.» − Alex, ex-caissière dans une boutique érotique.

«Le fait de ne pas être out, ça me permet de reprendre certains collègues qui se permettent de dire des choses homophobes devant moi. Je pense qu’ils se retiendraient s’ils savaient.» − Andréanne, bibliothécaire.

«Je travaille pour une compagnie du Maroc, où c’est encore illégal d’être gai. Certains de mes collègues l’accepteraient sans doute, mais j’aurais trop peur qu’ils fassent une bourde lorsqu’on est en voyage d’affaires là-bas et que ça cause des problèmes.» − Sasha, ingénieure en recherche et développement.

* Tous les prénoms des personnes citées dans cet article ont été changés afin de préserver leur anonymat.