«Le chemin Roxham dévalorise le processus régulier d’accueil des réfugiés» | 24 heures
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«Le chemin Roxham dévalorise le processus régulier d’accueil des réfugiés»

Pourquoi le chemin Roxham revient-il dans l'actualité? Faut-il fermer ce point d'entrée irrégulier au Canada? Quelles sont les solutions possibles? Pour y voir plus clair, on a posé cinq questions à Micheline Labelle, professeure émérite au département de sociologie de l’UQAM et spécialiste des politiques d’immigration. 

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Pourquoi la situation au chemin Roxham est-elle problématique?  

Le chemin Roxham entraîne des dysfonctionnements très importants au niveau social et économique. Il est perçu dans le monde entier comme une façon de contourner les règles pour entrer au Canada. 

C’est un système qui donne lieu à un trafic reconnu, avec des réseaux de passeurs qui s’organisent et qui demandent beaucoup d’argents aux migrants pour leur assurer leur entrée par le chemin Roxham. 

Photo d'archives

Surtout, la situation actuelle va générer des milliers de clandestins, comme aux États-Unis. C’est une problématique sociale majeure qui pose des questions de santé, de sécurité, d’intégration. 

Ce trafic gigantesque dévalorise le processus régulier d’accueil des réfugiés. Ça le disqualifie d’une certaine façon, en créant des attitudes anti-immigrants au sein de la population. 

Quel est l’intérêt pour des demandeurs d’asile de passer par le chemin Roxham plutôt que par des points de passage réguliers? 

Les demandeurs d’asile savent très bien qu’ils seraient refusés, pour un grand nombre d’entre eux, s’ils passaient par le processus régulier, c’est-à-dire par les points reconnus où on peut leur accorder le statut de réfugiés. En passant par Roxham, ils échappent ainsi à l’Entente sur les tiers pays sûrs (ci-après) et peuvent quand même entrer au Canada. 

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Faut-il fermer ce passage irrégulier? 

À partir du moment où on ferme le chemin Roxham, on épuise le filon pour les réseaux, car ce sont les passeurs et les médias communautaires des pays d’origine des demandeurs d’asile qui les encouragent à venir. 

Photo d'Archives

Les gens retourneraient alors aux États-Unis et feraient face à la justice américaine dans le sens où ils devront demander leur statut de réfugié aux États-Unis. 

Compte tenu des mouvements de migrants internationaux, c’est sûr qu’un autre passage irrégulier s’ouvrirait ailleurs le long de la frontière. 

Pourquoi le Québec et le Canada n’arrivent-ils pas à s’entendre sur la question? 

Je l’ignore. Probablement parce que le gouvernement Trudeau n’a pas le courage de voir la réalité en face et parce que les pouvoirs du Québec sont limités. Le Québec est impuissant, car c’est au gouvernement fédéral de gérer les frontières.  

Pour arriver à des solutions, il faudrait que le Québec ait les pleins pouvoirs en matière d’immigration, mais pas seulement, en matière aussi de contrôle des frontières. Ce qui est impossible au sein de la fédération canadienne.  

Que devrait alors faire le gouvernement fédéral? 

Il faudrait qu’Ottawa s’entende avec les États-Unis pour abroger l’Entente sur les tiers pays sûrs (voir ci-après). Cette entente crée des effets pervers considérables sur le plan social, économique, et politique. C’est une question qui est discutée depuis assez longtemps. 


L'Entente sur les tiers pays sûrs, ça consiste en quoi ? 

En vigueur depuis décembre 2004, l’Entente sur les tiers pays sûrs fait en sorte qu'un demandeur d’asile qui se présente à un poste frontalier officiel canadien, s’il a d'abord foulé le sol américain, est automatiquement refoulé. Selon cette entente, il doit en effet poursuivre sa demande d'asile dans le premier lieu sûr où il est arrivé. C’est ce qui explique que de nombreux demandeurs d’asile privilégient la voie irrégulière du chemin Roxham aux points d’entrée réguliers. Une fois qu'ils sont au Canada, leur demande d'asile peut être traitée. 

De nombreuses organisations, dont le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR), s'opposent vigoureusement à cette entente au motif que les États-Unis ne seraient pas un pays sûr pour tous les réfugiés. Elles dénoncent par ailleurs le fait que cet accord réduit le nombre de réfugiés qui peuvent demander la protection du Canada et demandent au gouvernement canadien de se retirer de l'Entente sur les tiers pays sûrs. Cette entente est actuellement examinée par la Cour suprême du Canada. 

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