Partout au Québec, des étudiants peinent à payer leur logement | 24 heures
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Partout au Québec, des étudiants peinent à payer leur logement

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Photomontage: Marilyne Houde

Conjuguer travail et études n’a jamais été de tout repos. Mais avec la hausse du coût de la vie et la crise du logement, de nombreux étudiants doivent aujourd’hui travailler plus de 20 heures par semaine pour être en mesure de payer leur loyer et leurs dépenses quotidiennes. Trois étudiants ont accepté de nous partager leur réalité.  

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Vanessa Tailly Mambro, 23 ans, Laval 

Vanessa Tailly Mambro, 23 ans, Laval.

Courtoisie

Vanessa Tailly Mambro, 23 ans, Laval.

Pour cette étudiante à la maîtrise en science politique à l’Université de Montréal, partir de chez sa mère n’est tout simplement pas concevable, du moins sans que ça affecte ses résultats scolaires.  

«J’aurais aimé partir en appartement, comme plusieurs de mon âge, mais je voulais m’éviter un stress supplémentaire de ne pas être capable de payer mon loyer», explique la jeune femme de 23 ans.  

L’étudiante a d’ailleurs dénoncé le manque de logements abordables pour les étudiants dans une lettre ouverte à TVA Nouvelles, intitulée: «Monsieur Legault, on n’a plus les moyens de se payer un trois et demi.»

«Étant donné que le loyer moyen pour un trois et demi à Montréal dépasse 1500$, un simple calcul permet de constater qu’un salaire annuel de 60 000$ serait nécessaire pour atteindre l’objectif de la Société canadienne d’hypothèques et de logement qui stipule que le coût d’un logement devrait représenter moins de 30% du revenu d’un ménage», avait-elle écrit. 

Pour elle, cet enjeu est à ce point important qu’elle a décidé d’y consacrer un travail de session. Elle et son équipe collaboreront d’ailleurs avec Unité de travail pour l'implantation de logement étudiant (UTILE), un organisme sans but lucratif (OSBL) qui vise à sortir de terre des logements abordables pour les étudiants.  

Pour corriger la situation, Vanessa Tailly Mambro propose notamment d’assouplir les règles d’urbanisme, en ne limitant plus la hauteur d’un immeuble, et de financer des logements la construction de logements abordables.  

A-t-elle l’impression que des progrès ont été réalisés dans les dernières années? «La construction de nouveaux bâtiments est axée sur les familles à haut revenu, comme avec les condos, et on ne voit pas souvent la construction de logements abordables», déplore-t-elle. 

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Marie-Michèle Ouimet, 24 ans, Saint-Jérôme 

Marie-Michèle Ouimet, 24 ans, Saint-Jérôme.

Courtoisie

Marie-Michèle Ouimet, 24 ans, Saint-Jérôme.

«Je trouve que la charge mentale pour un étudiant est trop élevée. Je ne devrais pas me demander à chaque fois si je devrais lâcher l’école pour payer mon loyer. La réalité du moment, c’est qu’il n'y a pas de soutien financier pour les étudiants», soutient la jeune femme de 24 ans, qui dénonce le manque de logements abordables actuellement disponibles sur le marché.  

En 2021, l’étudiante, qui en est à sa troisième session en éducation spécialisée au cégep de Saint-Jérôme, a emménagé dans un «petit 3 1/2», à 650$ par mois, dans un secteur défavorisé de la ville. Afin de pouvoir vivre confortablement avec son loyer, Marie-Michèle consacrait 40 heures par semaine à ses deux emplois, en plus d’assister à cinq heures de cours par semaine. 

Grâce à ses emplois, elle pouvait compter sur des revenus de 2000 $ brut par mois. Même avec ce montant raisonnable dans ses poches, l’étudiante n’avait pas une grande marge de manœuvre après avoir payé son loyer, les frais liés aux études, la voiture et l’épicerie. 

Comme d’autres jeunes de son âge, Marie-Michèle n’a eu d’autre choix que de travailler plus pour réussir à couvrir toutes ses dépenses. Pourtant, une étude menée par le projet ICOPE du réseau des Universités du Québec révèle qu’un étudiant ne devrait théoriquement pas travailler plus de 20 heures par semaine pour ne pas nuire à son rendement scolaire.  

D’autre part, la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) recommande de ne pas accorder plus de 30% de son budget au logement pour vivre confortablement: Marie-Michèle y consacrait 33% en travaillant 40 heures par semaine. 

«Si t’as pas le luxe de rester chez papa ou maman, ou d’avoir une stabilité, c’est difficile d’y arriver», dénonce-t-elle.   

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Chad Soares, 21 ans, Drummondville

Chad Soares, 21 ans, Drummondville.

Courtoisie

Chad Soares, 21 ans, Drummondville.

Les semaines de Chad sont bien occupées ces derniers mois. Après s’être séparé au mois de juin dernier, l’étudiant en intervention délinquance au cégep de Drummondville a dû se trouver rapidement un nouveau logement pour lui et son fils, qu’il a en garde partagée.  

En septembre, il a trouvé une maison avec sa meilleure amie à Drummondville qui lui coûte à lui seul 625$ par mois (sur un loyer total de 1250$). La seule option qui s’offrait à lui: un appartement situé à 40 minutes de Drummondville, pour lequel il aurait dû débourser 850$. 

«On a pris la maison, car ils n’avaient rien de disponible à Drummondville de plus petit. Et je me suis fait dire non deux fois à cause que j’avais un enfant», raconte-t-il. 

Pour y arriver à la fin du mois, Chad occupe deux emplois: un comme cuisinier et l’autre comme surveillant dans une école. En travaillant environ 25 heures par semaine, il touche des revenus de maximum 800$ par mois, en plus de toucher chaque mois 700$ en prêts et bourses du gouvernement. 

Il n’a donc pas beaucoup de marge de manœuvre, lui qui alloue environ 42% de son budget au loyer. D’autres dépenses s’ajoutent évidemment au logement, comme les paiements de voiture, l’épicerie, l’électricité et les frais de scolarité. 

«Je n’y arrive pas malgré mes deux emplois. J’ai commencé à aller au comptoir alimentaire, en septembre», confie-t-il.  

En cette période marquée par l’inflation, il est d'ailleurs loin d’être le seul à devoir se tourner pour la première fois vers l’aide alimentaire. Le réseau des Banques alimentaires du Québec vient en aide à pas moins de 671 000 personnes par mois, ce qui représente une hausse de 33 % par rapport à 2019, selon le nouveau rapport Bilan-faim 2022. La hausse des prix des loyers explique en partie cette explosion de la demande d’aide alimentaire, avance le rapport.  

Par ailleurs, 7,1 % de la clientèle des banques alimentaires au Canada était formée d’étudiants postsecondaires en 2022, comparativement à 4,7 % en 2021 et à 5 % en 2019. 

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