Homme noir menotté injustement par le SPVM: que s’est-il passé? | 24 heures
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Homme noir menotté injustement par le SPVM: que s’est-il passé?

Image principale de l'article Homme noir menotté injustement par le SPVM
Capture d’écran tirée de Facebook

Dans une vidéo virale circulant sur les réseaux sociaux, on voit un homme noir menotté à tort durant de longues minutes par des agents du SPVM qui le soupçonnaient du vol... de son propre véhicule.

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Selon des informations colligées par Le Journal, l’événement est survenu jeudi, quand deux enquêteurs spécialisés en vols de voiture patrouillaient dans le stationnement du Marché central du nord de la métropole. Ils se sont intéressés à une Honda CR-V qui, selon leur version des faits, présentait des marques de tentative de vol.

Pendant que les enquêteurs analysaient la situation, l’homme que l’on voit dans la vidéo se serait approché en expliquant qu’il s’agissait de sa voiture. Il a ensuite été menotté par les enquêteurs – qui ont pourtant rapidement pu l’identifier comme le propriétaire du véhicule. 

En plus de l’avoir menotté injustement, ils n’ont pas été en mesure de le libérer sur-le-champ parce qu'ils n’avaient pas la clé des menottes. 

Interrogé par un témoin pour savoir pourquoi il utilisait des menottes dont il n’avait pas les clés, un des enquêteurs a répondu: «Je n’arrête pas du monde pour le fun de même au hasard d’habitude», une déclaration qui a contribué à galvaniser l’indignation populaire sur les réseaux sociaux.

Des patrouilleurs ont dû être appelés en renfort afin de libérer l’homme.

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Profilage racial?

«C’est parce que je suis Noir, c’est quoi? [C’est] un véhicule que j’ai acheté et tu viens me dire que c’est un véhicule volé», s’insurge, dans la vidéo, l’homme menotté qui dit être humilié.

En entrevue à CBC une fois la poussière retombée, Brice Dossa persiste et signe. «C’est du profilage racial qui a porté un préjudice moral à ma personne, j’ai été traumatisé», explique-t-il.

L’homme, un préposé aux bénéficiaires originaire du Bénin, estime que les policiers n’auraient pas agi de la même façon s’il avait été «Québécois comme eux». 

Le SPVM a déclaré que le «véhicule inoccupé présentait des marques typiques et évidentes de tentative de vol sur l’une des serrures». Une journaliste de la CBC confirme pour sa part avoir pu vérifier de manière indépendante que la voiture était neuve et ne comportait aucune marque. 

Rappelons que, dans un important jugement rendu le mois dernier mettant fin aux contrôles routiers «aléatoires», le juge Michel Yergeau dénonçait le profilage racial.

«On ne peut pas comme société attendre qu’une partie de la population continue de souffrir en silence [...]. Le profilage racial existe bel et bien. C’est une réalité qui pèse de tout son poids sur les collectivités noires», avait-il alors commenté. 

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Réactions en chaîne

Le responsable de la sécurité publique au comité exécutif de la Ville de Montréal, Alain Vaillancourt, a qualifié de «troublantes» les images circulant en ligne.

«Comme premier corps de police québécois à s'être doté d'une politique d'interpellation, on doit faire mieux», a-t-il tweeté.

«Nous allons demander à la direction du SPVM de faire toute la lumière sur la situation et prendre les mesures nécessaires afin que ces gestes ne se reproduisent plus», a-t-il ajouté. 

Une réaction que n’a pas appréciée la Fraternité des policiers de Montréal.

«Les élus devraient s’abstenir de partager leurs impressions sur le caractère d’une opération policière avant que tous les faits leur soient connus», a répliqué le syndicat. 

De son côté, le SPVM a réagi sur Twitter samedi. «Nous sommes sensibles au bouleversement et à l’émotion vécus par le citoyen ainsi qu’aux réactions suscitées par l’événement», a affirmé le corps de police, qui a indiqué qu'il avait ouvert une enquête administrative avec les instances officielles pour faire la lumière sur l’événement.

Or, moins de 24 heures avant, le SPVM avait indiqué que «l’enquête est terminée» dans le même dossier, ce qui avait provoqué de la colère chez de nombreux internautes.

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La grogne s’installe en ligne

Le militant et comédien Renzel Dashington, qui a relayé la vidéo virale sur Instagram, a qualifié les policiers impliqués de «Ding et dong de la police».

«Aucune raison, aucune excuse, aucune humanité. [...] On ne traite même pas les chiens comme ça au Québec», a-t-il ajouté.

«La liste de ce qui est honteux de la part du SPVM ne fait que s’allonger...», lui répond l’influenceuse et entrepreneure Jessie Nadeau en commentaire.

«Je ne savais pas que Dupond et Dupont travaillaient au SPVM», a pour sa part déclaré le chroniqueur et entrepreneur Fabrice Vil. 

«C’est à cause des policiers comme ceux-ci que les bons passent pour des méchants», estime pour sa part un étudiant montréalais.

L’animateur de Tout le monde en parle, Guy A. Lepage, a qualifié l’opération du SPVM de «honte».

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