Démocratie, avortement, Ukraine: ce que les élections de mi-mandat pourraient changer aux États-Unis | 24 heures
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Démocratie, avortement, Ukraine: ce que les élections de mi-mandat pourraient changer aux États-Unis

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La démocratie, l’aide à l’Ukraine, le droit à l’avortement et la présidentielle de 2024: les élections de mi-mandat qui se déroulaient mardi aux États-Unis pourraient avoir une importance capitale sur plusieurs enjeux dans les mois et les années à venir chez nos voisins du Sud. On fait le point. 

C’est quoi, au juste, des élections de mi-mandat? 

Les élections de mi-mandat américaines servent à renouveler le Congrès, c’est-à-dire la Chambre des représentants et le Sénat, où les projets de loi sont votés et débattus avant de se retrouver sur le bureau du président.

Le Capitole de Washington

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Le Capitole de Washington

Mercredi, les républicains mènent la course à la Chambre des représentants et ont de bonnes chances d’y décrocher une faible majorité. La composition du Sénat demeure quant à elle incertaine: les résultats de plusieurs luttes serrées pourraient prendre des jours avant d’être connus.  

Dans ce contexte, il est possible que les républicains s’emparent d’assez de sièges pour reprendre le contrôle du Congrès, limitant ainsi la capacité de gouverner de Joe Biden.  

La démocratie

«C’est peut-être la dernière élection américaine qu’on voit qui va fonctionner normalement», lance d’emblée le professeur au Cégep Garneau et expert en politique américaine, Luc Laliberté. 

Il rappelle que les élus qui contestent les résultats des élections et le système électoral prennent de plus en plus de place dans le débat politique américain depuis la défaite de Donald Trump en 2020. 

«Je n’ai jamais entendu, avant cette année, autant d’élus dire qu’ils ne reconnaîtront pas les résultats de l’élection, affirme le chroniqueur du Journal. Reste à voir s’ils vont passer à l’acte une fois au pouvoir.»

Plusieurs adeptes de la thèse de l’élection volée ont cependant perdu leur poste dans des États cruciaux. C’est le cas au Michigan, en Pennsylvanie et au Wisconsin. Des courses impliquant d’autres candidats négationnistes sont toujours en cours en Arizona, dans le Nevada et au Wisconsin. 

Ces élections surviennent également dans un contexte où la violence envers les élus augmente aux États-Unis. 

«Les responsables de la sécurité au Capitole ont dit que les menaces envers les élus avaient plus que doublé depuis l’assaut du 6 janvier 2021. Certains élus ont été atteints physiquement, dans d’autres cas, les suspects ont été arrêtés avant de passer à l’acte. Donc, cette idée de ne pas reconnaître la démocratie, de vouloir la changer, de vouloir interférer avec des processus, mêlée à un fond de violence, ça ajoute beaucoup d’intensité et d’importance à ces élections», explique l’expert en politique américaine.

Rappelons que le mari de la cheffe des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi, a été attaqué par un homme qui s’était introduit dans la maison du couple la semaine dernière.

Nancy Pelosi et son mari, Paul

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Nancy Pelosi et son mari, Paul

L’avortement

Le recul des droits à l’avortement, qui s’est accéléré avec la décision de la Cour suprême d’invalider l’arrêt Roe c. Wade cet été, risque de se poursuivre au cours des prochains mois, alors que plus de républicains pourraient réussir à se faire élire à des postes de gouverneur.

Photo prise devant la Cour suprême

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Photo prise devant la Cour suprême

«Si on simplifie à l’extrême ce qu’ont dit les juges de la Cour suprême, c’est que la gestion de cette question revient à chaque État », rappelle Luc Laliberté.  

Les électeurs américains ont cependant décidé de protéger le droit à l’avortement dans plusieurs États où la question faisait l’objet d’un référendum lors de l’élection de mardi, notamment dans le Montana, le Kentucky, le Vermont et le Michigan. 

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Le scénario inverse aurait pu avoir de graves conséquences pour les femmes les plus vulnérables, qui n’ont pas les moyens de se déplacer pour se faire avorter dans d’autres États et qui auraient dû s’en remettre à des avortements illégaux. 

Photo prise lors d'une manifestation en Arizona

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Photo prise lors d'une manifestation en Arizona

Joe Biden a pour sa part promis que si les démocrates conservent le contrôle du Congrès, son premier acte législatif au Congrès serait de codifier le droit à l’avortement.

La présidentielle de 2024

Les résultats des élections de mardi sont importants tant pour Joe Biden que Donald Trump.

D'un côté, Joe Biden semble avoir évité le pire, puisque la domination républicaine annoncée par plusieurs n'a pas eu lieu.

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Chez les républicains, Donald Trump, qui compte se présenter à la tête du Parti républicain en 2024, semble avoir perdu de l’influence dans ses rangs. Plusieurs des candidats qu'il a appuyés ont mordu la poussière, mardi. 

Au même moment, l’adversaire pressenti de Trump à la course du Parti républicain en vue des prochaines élections présidentielles, le gouverneur de la Floride Ron DeSantis, a écrasé son adversaire démocrate de près de 20 points de pourcentage. Un résultat qui pourrait ébranler les bases de Donald Trump. 

«DeSantis, pour moi, c’est un Donald Trump moins impulsif et mieux organisé. Pour le Parti républicain, ça peut être intéressant. Je crois que ce sera intéressant de voir s’il possède le charisme qui plait à beaucoup d’Américains que l'on retrouve chez Donald Trump», analyse M. Laliberté.

Donald Trump

Photo AFP

Donald Trump

L’aide à l’Ukraine

Joe Biden et l’administration démocrate sont souvent venus en aide en l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe. 

«Ils ont débloqué des budgets et ils ont été derrière l’Ukraine presque sans réserve», rappelle Luc Laliberté.

Le problème, c’est que la guerre est associée à la montée des prix de l’essence, un enjeu important pour les électeurs américains. Dans les derniers mois, de nombreux élus républicains ont d’ailleurs critiqué les aides financières allouées par le président Biden, dans un contexte économique difficile en sol américain, ce qui soulève des questions pour la suite des choses en Ukraine. 

«Il y a certains républicains qui pèsent de plus en plus lourd au sein du parti, comme la députée de Géorgie, Marjorie Taylor-Greene, qui eux, disent qu’à partir du moment où les républicains vont prendre le contrôle, il n’y aura plus un dollar américain versé à l’Ukraine», rappelle-t-il.

Le leader républicain Kevin McCarthy, a aussi indiqué que le Congrès «ne ferait pas de chèque en blanc» à l’Ukraine. Plusieurs autres républicains ont indiqué qu’ils arrêteraient de fournir de l’aide à l’Ukraine afin de se concentrer sur les problèmes économiques auxquels font face les Américains chez eux.