Incapables de trouver un logement à cause de leurs chiens, elles devront passer l’hiver dans un mini-chalet | 24 heures
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Incapables de trouver un logement à cause de leurs chiens, elles devront passer l’hiver dans un mini-chalet

Image principale de l'article Passer l’hiver dans un chalet faute de logement
Photo Étienne Brière, 24 heures

L’interdiction des animaux dans le bail a des répercussions malheureuses sur des centaines de familles locataires au Québec. Pour certaines d’entre elles, les conséquences peuvent être extrêmes. Voici le cas d’une mère et sa fille qui devront passer l’hiver dans un mini-chalet rudimentaire avec leurs deux chiens, malgré des recherches d’appartements intensives pendant plusieurs mois.

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Affronter l’hiver dans un minuscule chalet de deux pièces pour 550$ par mois: c’est le défi qui attend Clodine Lachapelle et sa mère, Lyne, pour les prochains mois. La cabane défraîchie, située à Chertsey, un petit village dans le nord de la région de Lanaudière, leur a été louée par un membre de la famille. 

«Je dors sur le lit de camp ici, et ma mère prend le divan là», lance Clodine, nonchalante, qui semble s’être résignée.

Clodine Lachapelle devant la cabane à Chertsey qu'elle habitera au cours des prochains mois.

Photo Étienne Brière, 24 heures

Clodine Lachapelle devant la cabane à Chertsey qu'elle habitera au cours des prochains mois.

Les deux femmes ne pensaient pas en arriver là au moment où elles ont entamé leurs recherches d’appartement, au mois de juillet dernier. C’est qu’en plus d’un budget très serré, Clodine et Lyne sont propriétaires de Macky et Laika, deux chiens de grande taille. «Les animaux sont interdits», leur répondaient systématiquement les propriétaires dès qu’elles montraient un intérêt pour un logement. 

Mais pour le duo, il est impensable de se séparer des bêtes qui sont des «membres de la famille.»

«On n’est vraiment pas les seules dans cette situation, assure Clodine. Une femme m’a déjà écrit pour me dire qu’elle a vécu dans un garage avec son chien, car elle ne trouvait rien.» 

Photo Étienne Brière, 24 heures

Utilisé comme un débarras pendant plusieurs années, le chalet – chauffé pour le moment avec une petite chaufferette en attente de l’installation de calorifères – a été emménagé d’urgence pour abriter les deux femmes, n’ayant nulle part où aller à l’approche de l’hiver. Lors du passage du 24 heures, internet n’était pas encore installé et l’eau n’était pas potable. 

Comment se sont-elles retrouvées dans cette situation?

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Quitter, pour ne rien trouver

Le début des péripéties remonte au 15 juillet dernier. Les deux femmes se sont retrouvées à la rue en quittant la maison familiale qu’elles ont habitée pendant plus de 20 ans.

À l’hiver 2022, Clodine et Lyne ont pris la décision de quitter leur maison unifamiliale avec un loyer de 525$ – très bas comparativement au marché actuel – après avoir subi de la «pression» de la part du propriétaire pour les faire partir. Même si elles étaient conscientes de leurs droits, elles n’avaient pas «l’énergie» pour se lancer dans un long combat juridique au Tribunal administratif du logement (TAL).

Photo Étienne Brière, 24 heures

Clodine, 22 ans, a dès lors multiplié les appels en consultant les sites des petites annonces comme Marketplace pour trouver un logement. Un appel à l’aide a même été fait sur ses réseaux sociaux. Sa famille a été mobilisée pour leur trouver un logement. 

«J’ai arrêté de compter le nombre d’appels que j’ai fait depuis janvier. En été, je regardais les appartements tous les jours», se désole Clodine, lorsqu’on lui demande de mettre un chiffre sur le nombre de locateurs interpellés.

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Vivre dans une tente-roulotte en attendant

Avant d’atterrir dans cette grande cour arrière aux abords d’un boisé, la mère et sa fille ont habité «en attendant de trouver quelque chose» dans leur tente-roulotte. 

Mais avec l’hiver qui approchait à grands pas, le froid devenait de plus en plus insoutenable et dangereux à long terme. C’est alors qu’elles ont atterri dans la cabane, prêtée par la cousine de la mère de Clodine. Elles y resteront pour l’hiver et reprendront les recherches de logements au printemps prochain. 

La mère et la fille ont habité pendant quelque temps dans cette tente-roulotte.

Photo courtoisie

La mère et la fille ont habité pendant quelque temps dans cette tente-roulotte.

Idéalement, elles aimeraient se trouver un appartement de grandeur 3 ou 4 1⁄2 à 800$ dans le même secteur. «Ma mère travaille ici, tous mes amis sont ici... on n’a pas envie de partir vers une autre région», plaide-t-elle. 

Un problème généralisé

La clause sur l’interdiction des animaux dans le bail locatif a fait couler beaucoup d’encre dans la province cette année. La Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) a lancé une pétition en ligne, en juin dernier, parrainée par la députée et co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, qui a récolté pas moins de 33 157 signatures. 

C’est d’ailleurs ce que demande Clodine Lachapelle au gouvernement, pour qu’on permette à elle et sa mère de retrouver un logement convenable.

Photo Étienne Brière, 24 heures

La SPCA déplorait aussi en juillet dernier que pas moins de 689 animaux avaient été abandonnés par leur maître au moment d’entrer dans leur nouveau logement, à défaut de pouvoir les loger avec eux et amener leur animal de compagnie dans le nouveau logement. 

Pour éviter ces abandons, un groupe sur Facebook, qui réunit près de 13 000 personnes, a d’ailleurs été créé pour permettre aux propriétaires de publier leurs annonces qui acceptent les animaux. 

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