Itinérance : un compte de banque comme premier pas vers la réinsertion sociale | 24 heures
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Itinérance : un compte de banque comme premier pas vers la réinsertion sociale

Philippe est dans la rue depuis plusieurs années. Il souhaite aujourd’hui mettre de l’argent de côté pour s’installer à Québec et «repartir à neuf». Mardi, comme plusieurs dizaines de personnes en situation d’itinérance, il s’est présenté à la Maison du Père, à Montréal, pour obtenir une nouvelle carte de débit. Ce geste, aussi simple soit-il, est le premier pas dans son processus de réinsertion sociale.  

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«J’ai perdu mon sac à dos 8 fois. À chaque fois je perds toutes mes cartes d’identité, mon argent, ma carte débit. C’est compliqué quand ça arrive. Là, c’est fini le niaisage», a confié Philippe au 24 heures

C’est que dans les derniers mois, Philippe a aussi été victime de vol. Plus tôt cette année, alors qu’il avait 800$ dans ses poches, l’homme s’est assoupi dans la rue après avoir bu quelques verres d’alcool. À son réveil, il n’avait plus un sou.  

Philippe vit dans la rue depuis plusieurs années. Le 24 heures l'a rencontré à la Maison du Père, à Montréal.

Étienne Brière, 24 heures.

Philippe vit dans la rue depuis plusieurs années. Le 24 heures l'a rencontré à la Maison du Père, à Montréal.

Les vols et les pertes sont chose courante dans le quotidien d’une personne en situation d’itinérance. Mario, un autre sans-abri rencontré à la Maison du Père, en sait quelque chose. 

Puisqu’il a perdu toutes ses cartes d’identité, il n’a pas pu déposer son chèque d’aide sociale au début du mois comme il le fait habituellement. Il s’est alors rendu à la Maison du Père, dans le cadre du Guichet unique pour personnes en situation d’itinérance, pour faire une nouvelle demande de carte d’identité, mais aussi pour produire une carte de débit. Désormais inscrit au dépôt direct, il n’aura plus à aller à la caisse chaque mois pour déposer son chèque du gouvernement.  

«Je veux sortir de la rue avec l’argent que je vais accumuler. Il faut que ça marche», souffle-t-il, visiblement l’air éreinté.  

Mario avait besoin de nouvelles cartes d'identité pour pouvoir déposer son chèque d'aide sociale. Il en a profité pour aller ouvrir un compte en banque pour faciliter les dépôts et la gestion de son argent.

Étienne Brière, 24 heures.

Mario avait besoin de nouvelles cartes d'identité pour pouvoir déposer son chèque d'aide sociale. Il en a profité pour aller ouvrir un compte en banque pour faciliter les dépôts et la gestion de son argent.

Un guichet pour rassembler les ressources 

Philippe et Mario ont tous deux pris part mardi dernier à ce guichet unique qui donne accès à plusieurs services à un seul endroit pour faciliter l’ouverture d’un compte bancaire et l’obtention de cartes d’identité pour être en mesure d’encaisser leur chèque d’aide sociale, notamment. 

C’est qu’à chaque début de mois, une file se forme devant la Caisse Desjardins du Quartier Latin, à Montréal. Des personnes en situation d’itinérance peuvent y patienter des heures pour déposer leur chèque d’aide sociale. Elles en ressortent avec des montants allant de 700 à 900$ en liasses de 20$ et deviennent alors des proies aux vols et aux violences. 

Un homme s'est présenté au guichet unique pour s'informer.

Étienne Brière, 24 heures.

Un homme s'est présenté au guichet unique pour s'informer.

«À leur sortie de la caisse, toutes sortes de choses les attendent : des gens à qui ils doivent de l’argent, des prêteurs sur gages, des vendeurs de stupéfiants, explique Laurent Dyke, agent conseiller au Dossier itinérance au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui a mis sur pied le guichet unique avec le Mouvement Desjardins et d’autres partenaires. 

«L’exemple typique, c’est quelqu’un qui va aller dans un bar, prendre une bière, s’endormir et se réveiller sans argent sur lui. Le 1er du mois au soir, il sera aussi pauvre que le 1er au matin. Et ça, ça n’a aucun sens», lâche Laurent Dyke.  

Plus on a d’argent en poche, plus il est tentant de le dépenser. Le compte bancaire permet de garder cet argent en sécurité pour l’utiliser quand besoin il y a tout en favorisant la gestion d’un budget, explique Simon Déry, directeur général de la Caisse Desjardins du Quartier Latin. 

Simon Déry, directeur général de la Caisse Desjardins du Quartier Latin et Laurent Dyke, agent conseiller au Dossier itinérance au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui ont mis sur pied le Guichet unique pour personnes en situation d'itinérance en 2020.

Étienne Brière, 24 heures.

Simon Déry, directeur général de la Caisse Desjardins du Quartier Latin et Laurent Dyke, agent conseiller au Dossier itinérance au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui ont mis sur pied le Guichet unique pour personnes en situation d'itinérance en 2020.

«L’objectif [du guichet unique], ce n’est pas d’offrir une aide ponctuelle mais d’accompagner ces personnes dans leur cheminement vers une meilleure autonomie financière. On veut qu’ils sachent qu’ils n’ont pas besoin de venir faire la file à la Caisse à chaque 1er du mois.» 

Des conseillers de la caisse peuvent partager certains principes de base qui peuvent aider au quotidien de la clientèle itinérante, comme la limite de retrait par jour.  

«Les gens se rendent compte qu’en développant certains comportements, ils peuvent arriver à la fin du mois et avoir encore de l’argent dans leur compte», ajoute Simon Déry. 

Une première étape pour sortir de la rue 

L’autonomie financière est aussi un premier pas vers la réinsertion sociale, selon Jean-Paul Belmont, responsable du centre de jour de l’organisme Le Sac à dos. 

«Pour avoir un logement, ça prend des références mais aussi un compte en banque. Sans ça, tu ne peux pas vraiment fonctionner.» 

Jean-Paul Belmont, responsable du centre de jour de l’organisme Le Sac à dos.

Étienne Brière, 24 heures.

Jean-Paul Belmont, responsable du centre de jour de l’organisme Le Sac à dos.

Le Guichet unique pour personnes en situation d’itinérance semble porter ses fruits. Si on comptait 300 personnes faire la file devait la Caisse Desjardins du Quartier Latin il y a environ trois ans, on en dénombrait environ 70 le mois dernier.  

Au total, 400 personnes en situation d’itinérance ont ouvert un compte en banque depuis le projet pilote en 2020 et 90% d’entre eux en font encore usage aujourd’hui.  

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