Jean Lapointe a rendu l'âme à 86 ans | 24 heures
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Jean Lapointe a rendu l'âme à 86 ans

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Rene Baillargeon / Le Journal de Quebec

Le chanteur, comédien et philanthrope Jean Lapointe, qui fut l’une des personnalités fondatrices du «star-système» québécois, s’est éteint vendredi matin à l’âge de 86 ans, a annoncé sa maison de relations publiques.

L’ancien sénateur est décédé à la Maison de soins palliatifs Saint-Raphaël, à Montréal, entouré de ses proches, en raison de complications de santé.

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«Perdre notre père est une terrible épreuve, mais de savoir que son héritage artistique et humaniste restera vivant dans le cœur des Québécoises et Québécois est réconfortant pour nous», a dit son fils Jean-Marie Lapointe, bien connu lui aussi du grand public.

Outre son rayonnement au cinéma et sur les planches, Jean Lapointe s’est d'ailleurs fait connaître par son combat contre l’alcoolisme, lui qui a justement souffert de cette maladie.

Sa fondation, La Maison Jean Lapointe, a été créée en 1982 et fête cette année ses 40 ans d’existence. Jean Lapointe était présent lors d'un événement soulignant cet anniversaire, le 5 octobre dernier. La Maison Jean Lapointe a permis d’aider des centaines de personnes à vaincre leur dépendance, que ce soit à l’alcool, aux drogues ou au jeu.

«Notre père disait sans cesse que sa plus grande fierté a toujours été la Maison Jean Lapointe. Son départ nous attriste, mais nous savons qu’il demeurera l’âme de notre établissement», a indiqué Anne Elizabeth Lapointe, fille de M. Lapointe et directrice générale de la Maison Jean Lapointe.

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Jean Lapointe laisse dans le deuil sa femme Mercédès, ses sept enfants Danielle, Michelle, Marie-Josée, Maryse, Jean-Marie, Catherine et Anne Elizabeth, ses deux petits-fils Olivier et Jean Auguste, ainsi que ses sœurs Huguette et Suzanne.

Sénateur pendant neuf ans, Jean Lapointe était un monument de la culture populaire québécoise, impliqué dans la communauté.

Jean Lapointe avait révélé en 2014 souffrir d’un cancer du poumon, puis, en 2017, avoir été diagnostiqué de nodules du cancer au poumon droit. «Peut-être qu’il est temps que je me repose», avait-il alors confié au magazine «Échos Vedettes».

Les Jérolas

Aussi humoriste et auteur-compositeur, Jean Lapointe, né le 6 décembre 1935 dans la municipalité de Price, dans le Bas-Saint-Laurent, a touché à tout au cours de sa carrière, entamée au début des années 1950, alors qu’il n’avait que 14 ans.

Adolescent, Jean Lapointe participe à un concours amateur à CHRC, une radio de Québec où il se fait déjà remarquer au moyen de chansons et d’imitations. Il s’initie ensuite aux cabarets sur les planches du Café Caprice, à Montréal.

En 1955, la formation, avec son complice Jérôme Lemay, du duo Les Jérolas, marque un jalon important de son parcours. Les Jérolas font la pluie et le beau temps dans les cabarets de Montréal, en alternant sketchs et chansons. Leur première apparition à la télévision remonte à janvier 1956, à l’émission «Music Hall», animée par Michelle Tisseyre, à Radio-Canada.

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Le tandem de chanteurs comiques triomphe partout au Québec, mais aussi hors de nos frontières: il se produit sur le glorieux plateau du «Ed Sullivan Show», aux États-Unis, en 1963, et à l’Olympia de Paris deux ans plus tard. Chez nous, il assure la première partie d’un concert de Charles Aznavour à la Place des Arts en 1968.

Du legs des Jérolas, qui compte une vingtaine de disques, on retiendra, entre autres, les chansons «Méo Penché» et «Charlie Brown», et l’adaptation du tube d’Elvis «Love Me Tender», devenue en français «L’amour et moi».

En 2011, Jean Lapointe et Jérôme Lemay avaient à nouveau fait équipe le temps de quelques représentations du spectacle «Le grand retour des Jérolas». Leur rentrée montréalaise au Théâtre Maisonneuve,ne s’était toutefois pas déroulée comme prévu: Jérôme Lemay s’était effondré sur scène à la fin de la première partie, victime d’un malaise. La prestation avait été interrompue, et Jérôme Lemay est décédé quelques jours plus tard, le 20 avril.

Musique et cinéma

La séparation professionnelle de Jean Lapointe et de Jérôme Lemay, qui signait la fin des Jérolas, est survenue en 1974 (mais les deux amis se sont réunis à quelques reprises lors d’occasions spéciales dans les décennies qui ont suivi). La route qui s’amorçait alors en solo pour Lapointe allait être remplie de réussites.

Comme comédien, il s’imposa rapidement au cinéma dans «La pomme, la queue et les pépins» (1974) de Claude Fournier, «Les Ordres» (1974) de Michel Brault, «L’eau chaude, l’eau frette» (1976) d’André Forcier, «J.A Martin photographe» (1977) de Jean Beaudin, et on gardera en mémoire son inoubliable interprétation de l’ancien premier ministre Maurice Duplessis, dans la série «Duplessis» de Mark Blanford, scénarisée par Denys Arcand, en 1978.

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Plus récemment, on a pu apprécier les talents de Jean Lapointe au petit et au grand écran dans «Les beaux malaises», «À l’origine d’un cri», «Pour toujours, les Canadiens», «Le dernier tunnel», «Les immortels» et «La bouteille».

En musique, «Démaquillé» (1976) est le premier album d’une longue série d’opus et presque autant de spectacles, dont de nombreux à la Place des Arts, pour l’auteur-compositeur-interprète. Il a légué à notre patrimoine culturel des titres immortels comme «Chante-la ta chanson», «C’est dans les chansons», «Si on chantait ensemble», «Tu jongles avec ma vie» et «Mon oncle Edmond». Il a fait partie des célébrations de la Saint-Jean-Baptiste sur le mont Royal en 1976.

Au milieu des années 1980, la France ouvre ses portes à Jean Lapointe. Il effectue plusieurs séjours là-bas pour des spectacles et activités de promotion, dont une présence de deux semaines à l’Olympia de Paris, en 1985.

Au total, le portail internet de la Maison Jean Lapointe indique que l’amuseur a produit une centaine de spectacles, dont il a donné plus de 15 000 représentations au Québec et en Europe, et enregistré 18 albums. Il a de surcroît joué dans une vingtaine de films et une quinzaine de séries.

Maison Jean Lapointe

Jean Lapointe n’a jamais caché ses difficultés avec l’alcool. Dès le début des années 1960, l’artiste compose mal avec l’adrénaline que lui procurent les planches et il abuse de la boisson. 

Le site de la Maison Jean Lapointe raconte que son fondateur a assisté à une première réunion des Alcooliques Anonymes en 1962. 

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L’homme a ensuite alterné les périodes de sobriété et les rechutes. La dépendance à l’alcool de Jean Lapointe n’est d’ailleurs pas étrangère aux raisons qui ont mené à la fin des Jérolas. 

Au tournant des années 1970, ses excès entraînent des conséquences importantes, comme des bagarres, des arrestations et des hospitalisations.

En 1974, après une nouvelle dérive, il entre au centre Beaver, un organisme offrant des traitements contre l’alcoolisme, où il restera six semaines. Il demeurera par la suite sobre jusqu’à la fin de sa vie et mettra sa notoriété à profit pour aider les gens aux prises avec des dépendances.

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