Tiraillés entre leurs valeurs et leur amour du soccer, des Montréalais se réunissent pour l'ouverture de la Coupe du monde | 24 heures
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Tiraillés entre leurs valeurs et leur amour du soccer, des Montréalais se réunissent pour l'ouverture de la Coupe du monde

Image principale de l'article Tiraillés entre leurs valeurs et l'amour du soccer
Photo Julien Bouthillier

Malgré les multiples controverses entourant la présentation de la Coupe du monde au Qatar, des mordus de soccer tenaient à se rassembler dans des bars montréalais pour regarder le match d’ouverture du tournoi, dimanche avant-midi. La plupart d’entre eux ont insisté sur l’importance de faire la distinction entre ce qui se passe sur le terrain et les enjeux politiques liés au pays hôte. Nous avons regardé le match inaugural en leur compagnie.

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Laith Abdelkafi et Lambert Côté partagent une passion commune pour le soccer. Les deux amis se sont donné rendez-vous au Bar Frappé du boulevard Saint-Laurent pour regarder ensemble le premier match de cette Coupe du monde 2022 qui opposait le Qatar à l’Équateur. 

Bien qu’ils soient heureux de retrouver la grand-messe de leur sport favori, les deux amis ne sont pas insensibles aux controverses qui touchent le Qatar, notamment les droits bafoués des femmes et des personnes LGBTQ+.

Rappelons qu’au Qatar, les relations sexuelles entre hommes sont des infractions passibles de peines pouvant aller jusqu’à sept ans de prison. Les femmes qataries, quant à elles, ont notamment besoin de l’autorisation de leur tuteur pour se marier, voyager à l’étranger ou recevoir des soins de santé reproductive. 

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«C’est sûr qu’il y a un malaise. On vit au Québec, pour nous c’est des valeurs qui sont vraiment ancrées [les droits des femmes et des personnes LGBTQ+]. Mais je ne peux pas dire qu’en ce moment il y a un malaise quand je regarde le match Qatar-Équateur, quand je pense à mon soccer. Sur ce carré vert là, pour moi il n’y aura jamais de malaise. C’est là où j’ai grandi. Toute ma passion est dans ce carré vert là», affirme Laith. 

Photo Julien Bouthillier

«Ça reste le plus beau sport au monde selon moi, renchérit Lambert. C’est sûr que je condamne les propos homophobes et tout à 100%, mais comme on voit en ce moment, le foot ça unit les peuples et à l’intérieur même de certains pays tu as des divisions qui sont mises à l’écart durant la Coupe du monde.»

  • Écoutez l'entrevue avec Mathieu Carbasse à l’émission de Philippe-Vincent Foisy diffusée chaque jour en direct 6 h 50 h via QUB radio : 

Un malaise climatique

Au bar Grenade de la rue Ontario, Thomas est attablé avec ses amis Guillaume et Steve pour regarder la partie. Il admet se sentir coincé entre sa passion pour le soccer et ses convictions environnementales.

Guillaume, Steve et Thomas

Photo Julien Bouthillier

Guillaume, Steve et Thomas

Et pour cause: la FIFA et le Qatar affirment que le tournoi émettrait 3,6 millions de tonnes d’équivalent de CO2. C’est plus du double que ce que la Coupe du monde en Russie a émis en 2018. Et l’ONG Carbon Market Watch soutient que ces émissions sont largement sous-estimées: elles pourraient être jusqu’à huit fois plus élevées.

«J’essaie de mettre un peu de côté, entre guillemets, ma conscience écologique pour profiter de ce sport. Mais c’est toujours un petit peu difficile», nous confie Thomas.

Pour la première fois, la Coupe du monde ne se tient pas en été.

Photo Julien Bouthillier

Pour la première fois, la Coupe du monde ne se tient pas en été.

Aux controverses mentionnées ci-haut s’ajoute la question des millions de travailleurs étrangers qui se sont rendus au Qatar pour construire les stades devant accueillir les matchs. Leurs conditions de travail sont qualifiées «d’esclavage moderne» par différentes ONG. Depuis l’attribution de la Coupe du monde au Qatar en décembre 2010, 6750 travailleurs migrants seraient morts dans le pays, selon une enquête du Guardian.

Regarder ou ne pas regarder

En raison de tout ce qui se passe au Qatar, certains partisans, certains joueurs et même des médias ont appelé au boycottage de la Coupe du monde. Mais le directeur général du bar Grenade, Reda Barara, a tout de même décidé de projeter les matchs dans son établissement. 

«D’un point de vue personnel, c’est assez choquant [ce qui se passe au Qatar], mais je ne peux pas laisser mes principes personnels empiéter sur mon entreprise», nous explique-t-il.

Reda Barara

Photo Julien Bouthillier

Reda Barara

Il espère que l’achalandage qu’amènera la diffusion de cet événement sportif bénéficiera à son commerce, mais aussi à ceux de ses voisins parce que de nombreux aliments de son menu proviennent de commerçants de la rue Ontario. Il a également décidé d'apporter sa contribution en remettant 1$ par repas vendu durant les matchs à un organisme venant en aide aux enfants démunis. 

Photo Julien Bouthillier

Il explique que c’est leur façon d’amener du bien dans tout ce qu’il y a de mauvais qui entoure cette Coupe du monde.

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«Il ne faut pas politiser le sport, le sport reste le sport, c’est universel», conclut-il. 

De l’espoir pour l’entrée en scène du Canada

La plupart des gens à qui nous avons parlé attendent avec impatience l’entrée en scène du Canada dans ce tournoi, mercredi. C’est la première fois en 36 ans que le pays se qualifie au Mondial de soccer. 

Photo Julien Bouthillier

«L’attente a été longue!» confirme Stéphane Alepin, un passionné de soccer qui regardait le match avec son frère Pierre et qui attend de voir le Canada à ce tournoi depuis des années. 

Pierre et Stéphane Alepin

Photo Julien Bouthillier

Pierre et Stéphane Alepin

«Pour le futur du soccer au Canada, c’est vraiment beau de voir ça», estime pour sa part Laith.

Son camarade Lambert croit quant à lui que l’engouement pour le soccer au Québec est en hausse et pourra bénéficier du passage de l’équipe canadienne au Qatar. 

«C’est un sport assez accessible par rapport au hockey qui te coûte une grosse facture en équipement. Le foot, t’as juste besoin d’un ballon et de souliers», explique-t-il.

Photo Julien Bouthillier

Le Canada fera face à la Belgique mercredi dès 14h. 

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