À 650$ par mois, je dois hypothéquer un rein pour payer une place en garderie non subventionnée | 24 heures
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À 650$ par mois, je dois hypothéquer un rein pour payer une place en garderie non subventionnée

Image principale de l'article 650$ par mois, c'est cher payé pour une place
PHOTOMONTAGE Marilyne Houde

BILLET - 50$: c’est ce que mon couple doit débourser par jour pour assurer une place à ma petite de deux ans dans une garderie. C’est cher, vous dites? C’est parce qu’elle est non subventionnée. Mon cas n’est pas unique. Nous sommes plus de 66 000 familles dans la même situation. 

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Comme plusieurs parents qui font affaire avec une garderie non subventionnée (GNS), j’ai reçu dans les dernières semaines ma facture pour l’année 2023, qui franchit, taxes incluses — attachez votre tuque/kippa/casquette/hijab et tout autre couvre-chef de ce monde —, les quelque 15 000$.  

15 000$ pour 260 jours, soit 1250$ par mois.  

Entendez-moi: je ne me plains pas de devoir payer 15 000 piastres pour une place en garderie éducative pour ma petite Marjorie. Je me plains plutôt qu’une place en garderie puisse couter si cher, voire plus encore. Et je peux me consoler: elle ne fait pas partie des 33 829 bambins qui attendaient toujours une place en garderie en date du 31 mai 2022.  

PHOTO Ministère de la Famille du Québec

Que ce soit en garderie en milieu familial, en centre de la petite enfance (CPE) et en garderie subventionnée ou pas, les places libres pour accueillir un futur héritier se font rares, pour ne pas dire très rares. 

À ce sujet, le ministère de la Famille du Québec compte créer 37 000 nouvelles places subventionnées et convertir des places non subventionnées en places subventionnées d’ici 2025. Mais c’est loin d’être chose faite. Encore faut-il former près de 18 000 éducatrices qualifiées pour répondre à cet objectif. 

Alors quand le seul établissement, bien que non subventionné, vous contacte pour vous dire qu’une place est finalement libre, vous n’hésitez pas. Vous sautez sur l’occasion, en toute connaissance de cause. D’autant plus qu’on nous a dit qu’une place en CPE devrait se libérer - ce n’est pas une blague – d'ici les 18 ans de ma fille. 

Sortez votre calculette 

Regardons les chiffres de plus près, question de vous donner une idée de l’ampleur de la facture d’une place en garderie subventionnée comparativement à une place non subventionnée.  

Subventionnée 

À 8,70$ par jour, 260 jours par année, on arrive à 2262$ par an, sans les taxes. C’est moins de 190$ par mois. 

Non subventionnée 

Si on prend mon cas, à 50$ par jour pour une année de 260 jours, je devrai débourser 13 000$, sans les taxes. Nous parlons donc d’une différence de 10 738$. 

10 738$. 

Dieu merci, le crédit d’impôt pour frais de garde d’enfants du gouvernement provincial existe. 

Le quoi? 

Pour les néophytes en la matière, le crédit d’impôt pour frais de garde d’enfants est un crédit permettant aux familles de se faire rembourser chaque mois une partie des frais de garde. Le taux de remboursement dépend du revenu familial. 

Le guichet unique de La Place 0-5 ans vous permet de voir toutes les garderies dans un rayon de km prédéterminé.

Capture d'écran | Place 0-5 ans

Le guichet unique de La Place 0-5 ans vous permet de voir toutes les garderies dans un rayon de km prédéterminé.

Pour les couples qui gagnent entre :

  • 0 et 21 000$, un remboursement de 78% sera appliqué 
  • 21 000$ et 37 030$, 75% 
  • 37 030$ et 38 400$, 74% 
  • 38 400$ et 39 780$, 73% 
  • 39 780$ et 41 135$, 72% 
  • 41 135$ et 42 515$, 71? 
  • 42 515$ et 101 490$, 70% 
  • 101 490$ ou plus, 67% 

Source : Ministère des Finances du Québec 

Le gouvernement nous remboursera 7500$ des 13 000$ à débourser pour l’année, soit un peu plus de 620$ par mois. 

En tout et partout, les frais de garderie nous reviendront à près de 650$ par mois en 2023 – 7800$ pour l’année -, soit 460$ de plus qu’une place subventionnée. 

C’est tout de même incroyable et incompréhensible à la fois. Ce n’est pas sur la machine Nespresso dernier cri ou la batterie de cuisine en stainless steel aux poignées chromées qu’il faudrait appliquer un rabais du Black Friday, c’est sur les frais de garderie!  

AFP

Ajoutez à cela le loyer qui frôle les 1000$, le bill d’Hydro, l’épicerie qui ne cesse d’augmenter pour telle ou telle raison, les imprévus de santé, alouette.  

Le récent Indice d’anxiété financière au Québec publié ce mois-ci stipule que 85% des Québécois vivent de l’anxiété financière, majoritairement chez les 18 à 34 ans. Eh bien, je fais partie de cette statistique et c’est compréhensible.  

Mère monoparentale non subventionnée 

J’additionne les factures et j’ai le vertige. Ça me fait penser à Cristale, une femme de Gatineau et mère monoparentale d’un bambin de 11 mois, qui s’est confié à moi récemment sur ses récents déboires financiers. 

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Elle me racontait qu’elle a dû se tourner vers une GNS, faute d’un manque de places subventionnées dans sa région. Son coût? 57$ par jour ou, si vous préférez, un peu plus de 17 000$ pour la prochaine année.  

Son revenu annuel, lui? 40 000$ en 2021. Ça ne lui laisse pas grand-chose dans les poches, on s’entend.  

«Je réinvestirais cet argent-là dans l’éducation de mon enfant», me dit Cristale, sans hésiter. Mais pour l’instant, elle a dû mettre sur pause ses études universitaires pour travailler à temps plein afin de payer ses factures et subvenir aux besoins de son enfant. 

Celle qui a souhaité rester vague sur sa situation pour ne pas être reconnue par le père m’a confié qu’elle pense parfois à retirer son enfant de la garderie, le temps qu’une place à 8,70$ se libère quelque part. 

Pas que du mauvais 

Je le concède, depuis que ma petite Marjorie a quitté le sous-sol de la garderie en milieu familial à 8,70$ pour la garderie éducative qui coûte la peau des fesses, elle s’est développée plus vite que jamais.  

Disons que ce n’était pas dur à battre, la gardienne et son assistante, toutes deux sur le bord de leur retraite, regardaient les circulaires du Publisac avec les enfants. Gros programme éducatif.  

L’aspect pédagogique et éducatif prime et ça se sent, chaque fois que je vais chercher l’héritière en fin de journée. Tous les jours, c’est une nouvelle Marjorie que j’ai devant moi. 

Léa Didelot et Niels de Sevin débourse, avant remboursement gouvernemental, 50$ par jour pour une place en garderie non subventionnée.

PHOTO Courtoisie

Léa Didelot et Niels de Sevin débourse, avant remboursement gouvernemental, 50$ par jour pour une place en garderie non subventionnée.

Léa Didelot, animatrice en francisation au Collège de Rosemont, abonde en ce sens. Son conjoint Niels, leur petite Ally et elle sont revenus de France et n’ont trouvé qu’une GNS tout près de chez eux dans Rosemont-la-Petite-Patrie. 

«Lors des premiers mois, c’était tout un coup sur le plan financier», concède-t-elle. Mais à 50$ par jour, «on en a vraiment pour notre argent. Ce n’est qu’une question d’organisation et de budget», ajoute celle qui s’implique au sein de sa garderie. 

Elle est sans équivoque: si une garderie subventionnée la contactait demain matin pour lui donner une place, elle la refuserait, notamment en raison du suivi personnalisé pour leur petite.  

«C’est notre premier enfant, c’est notre pépite d’or et on sent que c’est le service dont on avait besoin», me dit Léa. 

Elle n’a pas tort. On ne souhaite que le meilleur pour notre progéniture.  

Quitte à se ruiner. 


Les différents types de garderies

Pour avoir droit à une place en garderie, il faut passer par La Place 0-5, le guichet d’accès unique aux places en service de garde au Québec. Vous y retrouverez tous les établissements offrant des services de garde.  

Centres de la petite enfance (CPE)

Organisme à but non lucratif ou coopérative qui fournit des services de garde subventionnés et reconnus par le gouvernement dans une ou des installations dans lesquels peuvent être accueillis jusqu’à 80 enfants.  

Garderies subventionnées/non subventionnées (GS/GNS)

Établissement fournissant des services de garde similaires au CPE, et ce, dans une installation reconnue. La délivrance d’un permis de garderie ne garantit toutefois pas l’octroi de places subventionnées. 

Responsables d’un service de garde en milieu familial reconnu

Personne physique qui, contre rémunération, fournit des services de garde dans une résidence privée. La reconnaissance de cette personne est octroyée par un bureau coordonnateur de la garde en milieu familial.  

Source : Ministère de la Famille du Québec  

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