Ils sont prêts à transgresser des lois pour faire passer le message | 24 heures
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Ils sont prêts à transgresser des lois pour faire passer le message

Image principale de l'article Ils risquent leur liberté pour passer un message
Photo François Guinaudeau, Collectif Antigone

La désobéissance civile est «une question de survie», plaident des activistes environnementaux, dont certains ont occupé le quai de chargement pétrolier dans Montréal-Est, en octobre dernier. Devant les alertes scientifiques ignorées par les décideurs et les événements météo extrêmes qui menacent et tuent déjà des centaines de milliers de personnes dans le monde, ils voient les actions directes comme une solution concrète. 

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«Pour moi, la désobéissance civile, c’est un acte de survie, c’est de la légitime défense», lance d’emblée la militante Michèle Lavoie, membre du Collectif Antigone, encore épuisée quelques jours après une action directe particulièrement éprouvante.  

Le 19 octobre dernier, elle et cinq autres activistes ont escaladé au petit matin les deux tubes de remplissage de pétrole appartenant à la compagnie américaine Valero, à Montréal-Est. Ils ont passé près de 24 heures attachés au sommet. 

Michèle Lavoie, lors de l'action militante au terminal Valero d'Enbridge, le 19 octobre dernier

Photo François Guinaudeau, Collectif Antigone

Michèle Lavoie, lors de l'action militante au terminal Valero d'Enbridge, le 19 octobre dernier

«La crise climatique cause déjà beaucoup de dommages et de décès partout dans le monde. Il y a urgence d’agir parce qu’on est en danger de mort», poursuit la militante de 37 ans. L’action directe du 19 octobre était sa dixième en carrière.

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Des dizaines de manifestants accompagnaient les grimpeurs sur le quai de chargement. D’autres s’étaient enchaînés et enfermés dans un conteneur.  

Ils demandent l’arrêt complet de la ligne 9B d’Enbridge, un oléoduc vieux de 46 ans qui a déjà causé des déversements, selon la fondation Coule pas chez nous. «En cas de déversement, 3 millions de personnes seraient privées d’eau potable au Québec», signale Michèle Lavoie.  

Une cause plus forte que les lois

Peu importe le vent, la grêle, le froid — et les potentielles charges criminelles qui viennent inévitablement avec les actions de désobéissance civile; leur ras-le-bol face à l’inaction des gouvernements et des industries est bien trop grand. 

«C’est important de montrer qu’on est prêts à perdre une partie de nos libertés individuelles au nom d’une cause beaucoup plus grande», explique Thibault Rehn, qui a écopé d’un dossier criminel pour avoir escaladé la tour de Calgary avec d’autres activistes de Greenpeace, en 2010. Au sommet, une bannière dénonçait la proximité entre le gouvernement et les compagnies pétrolières. 

Thibault Rehn (à gauche)

Photo courtoisie

Thibault Rehn (à gauche)

«C’est légal de polluer, d’émettre de plus en plus de gaz à effet de serre et de laisser des milliers de personnes mourir à cause de ça. S’il n’y a personne qui répond à cette urgence, on se laisse mourir à petit feu. C’est une question de survie», poursuit le coordonnateur de l’organisme à but non lucratif Vigilance OGM. 

Il travaille aujourd’hui en coulisses des actions de désobéissance civile, sans directement y participer. 

«Ce qu’on fait est considéré comme criminel. Mais quand les lois ne nous protègent pas, on doit les enfreindre, ajoute Michèle Lavoie. C’est un privilège de pouvoir faire de la désobéissance civile avec moins de risques. Dans plusieurs pays, on serait mort ou en prison.» 

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Jacob Pirro, grimpeur industriel d’expérience âgé de 22 ans, signait le 19 octobre sa première action de désobéissance civile. 

«À 4h30 du matin, je me suis dit que j’avais sûrement des amis qui sortaient des clubs au même moment où j’étais en haut du tube [de remplissage de pétrole] d’un pipeline qui menace l’eau potable de millions de Québécois et Québécoises. C’était irréel et ça en valait la peine», raconte le jeune activiste.  

Jacob Pirro, membre du Collectif Antigone

Photo courtoisie

Jacob Pirro, membre du Collectif Antigone

«Quand je pense aux risques judiciaires potentiels, ce n’est rien par rapport aux conséquences de la crise environnementale», souligne-t-il. 

Pour l’instant, les activistes n’ont subi aucune conséquence judiciaire pour l’action du 19 octobre.  

«Tout ce qui a été fait pour la lutte environnementale jusqu’à présent n’a pas été suffisant. Les GES n’ont jamais diminué. La désobéissance civile n’est pas la seule solution, mais on doit l’essayer», estime Michèle Lavoie.

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