4 mesures concrètes à mettre en place pour sauver la vie de piétons | 24 heures
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4 mesures concrètes à mettre en place pour sauver la vie de piétons

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Joël Lemay / Agence QMI

Des parents ont manifesté mardi matin, notamment devant une école du quartier Sainte-Marie, à Montréal, où Mariia Legenkovska, une réfugiée ukrainienne de 7 ans, a été happée mortellement en décembre dernier. Cette initiative citoyenne vise à demander l'implantation de nouvelles mesures pour améliorer la sécurité des enfants. Quelles mesures pourraient permettre d’assurer la sécurité des piétons en zone urbaine? Des expertes proposent quatre solutions. 

Joël Lemay / Agence QMI

«On ne veut pas entrer en guerre contre la voiture. Ce qu’on veut, c’est plutôt que la route pardonne en cas d’accident, pour éviter que des personnes ne meurent lorsqu’une erreur est commise», affirme d’emblée la directrice du Laboratoire Piétons et Espace urbain de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Marie-Soleil Cloutier. 

Trente-neuf piétons sont décédés dans des collisions avec des véhicules depuis le début de l’année 2022, soit une hausse de 14,7% par rapport à 2021, selon le bilan routier partiel de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), mis à jour le 13 novembre dernier. 

Le compte-rendu pour le mois de décembre ne s’annonce pas plus reluisant, notamment dans la région de Montréal, où les accidents de la route ont causé au moins six décès et cinq blessés graves dans la dernière semaine seulement, note la directrice générale de Piétons Québec, Sandrine Cabana-Degani. 

Joël Lemay / Agence QMI

Des mesures concrètes doivent être mises en place rapidement pour un partage plus équitable de la route et assurer la sécurité des piétons, s’accordent les deux expertes. 

Réduire la limite de vitesse

«La vitesse est un facteur majeur dans la probabilité de décès des piétons victimes d’accidents, souligne Mme Cabana-Degani. Une personne happée à 50 km/h a 25% de chances de survie. Mais si elle est happée à 30 km/h, ses chances viennent d’augmenter à 90%.» 

Marie-Soleil Cloutier rappelle que l’accident survenu hier s’est pourtant produit aux abords d’une école où la limite de vitesse est fixée à 30 km/h. 

Elle croit que cette mesure devrait ainsi être appliquée à plusieurs segments de rue aux alentours des écoles, et pas seulement devant. La vitesse dans les quartiers devrait aussi être revue à la baisse. 

La Fondation CAA-Québec a par ailleurs démontré que la vaste majorité des automobilistes roulent trop vite dans les zones scolaires, certains allant jusqu’à 70 km/h au-dessus de la limite permise. Lors de la collecte de données à Québec et Montréal, en octobre, près de 96% avaient dépassé la limite prescrite. 

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Ajouter des obstacles

Diminuer la vitesse sur les panneaux routiers n’est toutefois pas suffisant, selon les spécialistes. 

«Il faut mettre en place des infrastructures qui vont naturellement induire les automobilistes à diminuer leur vitesse», précise Sandrine Cabana-Degani de Piétons Québec. 

L’ajout de dos d’ânes ou de gros pots de fleurs devant les écoles et dans les quartiers résidentiels – qui pourraient abîmer la voiture d’un automobiliste qui roule trop vite – sont des «obstacles» efficaces pour assurer le respect des basses limites de vitesse. 

Une autre mesure qui a fait ses preuves selon Marie-Soleil Cloutier: l’installation de radars pédagogiques, qui informent les conducteurs de leur vitesse réelle, et de radars munis de caméras qui permettent d’envoyer des contraventions aux fautifs. 

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Installer des saillies de trottoirs

Cette mesure permet non seulement de réduire la vitesse des automobilistes, mais également de diminuer le temps des piétons sur la chaussée et de les rendre plus visibles lorsqu’ils veulent traverser – ce qui diminue l’exposition au risque de collision. 

«Ça empêche physiquement le stationnement à moins de 5 mètres d’une intersection et ça réduit la vitesse de la manœuvre de l’automobiliste qui n‘a pas le choix de ralentir pour effectuer un virage», ajoute Mme Cabana-Degani. 

Une saillie de trottoir dans l'arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, à Montréal.

Photo courtoisie / Ville de Montréal

Une saillie de trottoir dans l'arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, à Montréal.

Rétrécir les artères

À Montréal, la grande majorité des collisions mortelles se produisent aux intersections d’artères, donc des rues qui ont des fonctions de transit, c’est-à-dire de se déplacer d'un arrondissement à l’autre, comme le boulevard Saint-Laurent, l’avenue Christophe-Colomb ou les rues Saint-Denis et Sherbrooke. 

Le rétrécissement de ces voies – comme sur la rue Saint-Denis depuis la construction du Réseau express vélo (REV) – a un effet considérable sur le nombre de collisions entre les véhicules et les piétons. 

«Il n’y a pas nécessairement moins de voitures qui passent à l’heure, mais lorsqu’une rue est moins large, les conducteurs vont d’eux-mêmes réduire leur vitesse», fait valoir Mme Cloutier. 

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Devrait-on interdire tous les virages sur les feux pour piétons?

À savoir si les automobilistes ne devraient jamais pouvoir tourner – à gauche ou à droite – à une intersection lorsque les piétons peuvent traverser, les expertes sont nuancées. 

«On pourrait croire que le mode totalement protégé [comme à Québec] est plus sécuritaire pour les piétons parce qu’il interdit le mouvement des véhicules pendant la traversée. Mais ce mode de gestion, qui allonge l’ensemble du cycle des feux de circulation, est souvent accompagné d’une hausse des comportements à risque, comme des piétons qui traversent sur une rouge parce qu’ils sont tannés d’attendre», explique Mme Cabana-Degani. 

Le mode «totalement protégé» peut toutefois être intéressant à certains endroits, «si on permet la traverse en diagonale», illustre Marie-Soleil Cloutier. 

«La littérature démontre que le système de feux partiellement protégé comme à Montréal est celui qui assure le meilleur équilibre pour la sécurité des piétons», précise-t-elle.