Territoires protégés: un groupe accuse le gouvernement de «fraude intellectuelle majeure» | 24 heures
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Territoires protégés: un groupe accuse le gouvernement de «fraude intellectuelle majeure»

Image principale de l'article Le gouvernement accusé de «fraude intellectuelle»
AFP

Une association qui milite pour la défense de la forêt boréale estime que le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, commet une «fraude intellectuelle» quand il se vante d’avoir atteint son objectif en matière de protection du territoire.

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L’Action Boréale, dont fait partie le chanteur Richard Desjardins, dénonce l’hypocrisie du gouvernement Legault dans une lettre publiée dans le Journal, samedi.

Les signataires de la lettre considèrent que Québec a profité de la COP15, tenue à Montréal, pour «étaler son exemplarité dans le domaine de la préservation de la nature», en respectant son engagement de protéger 17 % de son territoire en 2020.

Or, pour y parvenir, il a dû concentrer ses efforts dans des territoires peu habités au nord de la province, ce qui n’est rien de moins qu’une «fraude intellectuelle majeure», disent-ils.

En canalisant son énergie dans «la toundra», le gouvernement aurait même «violé» le principe qui préside à l’implantation d’aires protégées, selon les auteurs de la lettre, qui déplorent que «tout le sud du Québec fut ainsi oblitéré».

Nuance

«Il faut faire attention quand on parle de fraude intellectuelle, car le boomerang peut nous revenir rapidement sur le bout du nez», a dit le directeur général de la section Québec de la Société pour la nature et les parcs du Canada, Alain Branchaud, en réaction à la lettre de l’Action Boréale.

M. Branchaud convient qu’il y a un «déséquilibre» dans la proportion des aires protégées annoncées en décembre 2020, mais il rappelle que la protection de ces territoires est tout à fait justifiée.

«Au Nunavik, qui représente plus du tiers du territoire du Québec, on est à 20 % de protection du territoire. On voulait atteindre 17 %, on en a mis un peu plus dans le Nord, ce n’est pas un déséquilibre total. Comme le Québec s’est engagé à protéger 30 % de son territoire, ça signifie qu’il faut encore faire un bond de 10 % dans le Nunavik», explique-t-il.

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Même son de cloche du côté de Dominique Gravel, titulaire de la chaire de recherche du Canada en écologie intégrative à l’Université de Sherbrooke, qui considère qu’il est «exagéré» de parler de «fraude intellectuelle».

«Ce n’est pas mauvais de protéger dans le Nord. Et on n’est pas dans une surprotection pour le Nord, même s’il y a un déficit de protection dans le Sud», souligne-t-il.

Un début dans le Sud

L’Action Boréale déplore également dans sa lettre que le gouvernement ait «renié» et «fait avorter» 83 projets d’aires protégées à travers la province. L’organisme appelle le gouvernement à les «réinstaurer».

Alain Branchaud indique toutefois que depuis ce temps, 23 des 83 sites ont été protégés. Donc «les choses bougent», selon lui. Il ajoute qu’il est «normal» que ce soit plus complexe dans le sud de la province en raison des «conflits d’usage» qui sont plus grands.

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