COP15: voici quatre choses à retenir de l’accord de Kunming-Montréal | 24 heures
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COP15: voici quatre choses à retenir de l’accord de Kunming-Montréal

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Les 196 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique des Nations unies se sont entendus pour arrêter puis renverser le déclin du vivant. Voici quatre choses à retenir de ce «pacte de paix avec la nature».

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1- Un accord «historique» adopté

Tout le monde s’entend pour dire que l’accord de Kunming-Montréal, nommé ainsi parce que la Chine était la présidente de la conférence et le Canada, le pays hôte, est «historique». «C’est un point tournant de la diplomatie de la conservation», estime Eddy Pérez, directeur de la diplomatie climatique au Réseau action climat.

Même le patron de l’ONU, António Guterres, qui n’a pas l’habitude de mâcher ses mots, s’est réjoui du texte qui a été ratifié. «Nous commençons enfin à former un pacte de paix avec la nature», a-t-il déclaré, exhortant du même souffle les pays à tenir leurs engagements.

Deux semaines plus tôt, durant la cérémonie d’ouverture de la COP15, il avait servi cet avertissement aux 196 pays participants: «L’humanité est une arme de destruction massive contre la nature. [...] Cette conférence est notre chance de mettre fin à cette orgie de destruction.»

Le président de la COP15, Huang Runqiu, ministre de l'Écologie et de l'Environnement de la Chine, a donné un coup de marteau vers 3h30 du matin, lundi 19 décembre, pour marquer l'adoption de l'accord de Kunming-Montréal.

Joël Lemay / Agence QMI

Le président de la COP15, Huang Runqiu, ministre de l'Écologie et de l'Environnement de la Chine, a donné un coup de marteau vers 3h30 du matin, lundi 19 décembre, pour marquer l'adoption de l'accord de Kunming-Montréal.

La cible phare de protection de 30% des milieux terrestres et marins, qui est longtemps restée entre crochets dans les négociations, se retrouve dans l’accord final, en plus de l’objectif de restaurer 30% des écosystèmes dégradés par l’activité humaine. Ces deux cibles permettent de comparer l’accord de Kunming-Montréal à l’accord de Paris en termes d’ambition.

Mais le fait même qu’on ait un accord relève de l’exploit. Non seulement on s’attendait à ce que les négociations débordent de l’horaire prévu, ce qui n’est pas arrivé, mais on doutait jusqu’à quelques heures avant la publication du texte final de la possibilité qu’un accord ambitieux soit adopté.

«Il y a deux semaines, ce n’était pas certain qu’on allait finir avec un document comprenant quatre objectifs clairs et 23 cibles qui soutiennent des appels à l’action pour [protéger la biodiversité]», relate Andrew Gonzalez, professeur de biologie à l’Université McGill.

2- Une place aux droits humains

Le cadre mondial Kunming-Montréal accorde une grande importance aux droits humains. La cible 22 prévoit que sa mise en œuvre soit basée sur les principes d’équité intergénérationnelle et des genres, et qu'il se fasse de manière à être plus inclusif à l'égard des femmes, des peuples autochtones, des jeunes et des personnes en situation de handicap. 

«Même l’accord de Paris ne va pas jusque-là», note Anne-Céline Guyon, chargée de projet climat chez Nature Québec.

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Le texte reconnaît par ailleurs le droit des peuples autochtones et des communautés locales, mais aussi leur rôle de «gardiens de la biodiversité». Toute décision de conservation des territoires et l’utilisation de leurs connaissances traditionnelles doivent se faire avec leur consentement libre, préalable et éclairé.

3- Des pays africains mécontents

L’une des cibles qui a causé le plus de tractations entre les délégués est la question du financement. Jusqu’à la toute fin, certains pays africains, dont la République démocratique du Congo, s’opposaient à l’accord tel qu’il était présenté en raison des sommes prévues pour aider les pays en développement, qu’ils jugeaient insuffisantes. L’adoption s’est faite malgré leur dissension.

Le cadre mondial prévoit des versements aux pays en développement de 20G$ par année jusqu’en 2025, puis de 30G$ jusqu’en 2030, alors qu’une coalition de ces pays menée par le Brésil exigeait plutôt 100G$ par année pour les pays développés.

Comme la plupart de la biodiversité à protéger se trouve dans les pays en développement, ceux-ci exigeaient un financement «proportionnellement robuste» pour la charge «plus lourde» qu’ils auront.

4- Le défi: la mise en œuvre

La première étape est franchie: le cadre mondial pour la biodiversité est adopté. Maintenant, «il faut passer à l’action», estime Anne-Céline Guyon de Nature Québec.

Parce que même si le projet est «ambitieux», il est aussi «fragile», ajoute à son tour Eddy Pérez du Réseau action climat.

Le ministre fédéral de l'Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, lors de la plénière d'adoption du cadre mondial

Photo AFP

Le ministre fédéral de l'Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, lors de la plénière d'adoption du cadre mondial

Ainsi, sachant que l’accord de Kunming-Montréal n’est pas contraignant, comment s’assurer que les cibles soient respectées? «Ça va être à la société civile d’être les gardiens et gardiennes de la mise en œuvre du cadre dans tous les pays», affirme Anne-Céline Guyon. 

Pour elle, le texte peut servir de levier d’action aux groupes environnementaux afin de faire pression et de pousser les gouvernements à respecter leurs engagements. Elle note d’ailleurs que le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, a démontré une ouverture à l'enchâssement des cibles de protection de 30% des territoires et des eaux dans la loi canadienne. Elle espère qu’il fera de même avec l’objectif de 30% des écosystèmes dégradés. 

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