Réussites de 2022: remporter Canada’s Drag Race malgré la barrière de la langue | 24 heures
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Réussites de 2022: remporter Canada’s Drag Race malgré la barrière de la langue

Gisèle Lullaby, qu'on a rencontrée au Cabaret Mado pour faire le point sur son année 2022, a remporté Canada's Drag Race.
Photo Martin Alarie, Agence QMI

Gisèle Lullaby, qu'on a rencontrée au Cabaret Mado pour faire le point sur son année 2022, a remporté Canada's Drag Race.

L’année 2022 a changé la vie de Gisèle Lullaby, alias Simon Gosselin, qui est devenue la première candidate québécoise à remporter Canada’s Drag Race le 8 septembre dernier. Le lendemain, elle a accordé 28 entrevues en anglais, mais n’a eu aucune demande du Québec. On rectifie le tir en faisant le point avec elle sur son année. 

«C’est un rêve devenu réalité. Mon salaire quadruple! Ce sont de belles évolutions et ce qui est fou, c’est d’avoir une stabilité financière lorsqu’on est un artiste. Gisèle travaille tous les jours», raconte son interprète, originaire de Boucherville, qui a reçu 24 heures dans sa loge du Cabaret Mado. 

Photo Martin Alarie, Agence QMI

L’art du drag a commencé comment pour toi? 

Depuis que je suis tout jeune, j’ai toujours été un rebelle. Je me souviens du film To Wong Foo, Thanks for Everything, où Patrick Swayze joue une drag, et je me souviens d’avoir trouvé ça vraiment cool. Mon père me disait: «Écoute pas ça, c’est un film de tapette!». Mais je m’en foutais! Et je sais coudre du linge et me maquiller, depuis que j’ai 6 ans. Je suis né pour être une drag queen!

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Être drag queen et faire partie du show-business faisaient-ils partie de tes rêves?

Mon Dieu, oui! J’ai commencé il y a 14 ans en même temps que la première saison de l’émission RuPaul’s Drag Race. Pour nous, au Canada, on n’avait pas accès à cette compétition qui avait lieu aux États-Unis. On voyait ça de loin, comme une loterie. Mais quand Canada’s Drag Race est arrivée, on pouvait rêver. Gagner Drag Race, c’est comme gagner aux Oscars!

Croyais-tu à tes chances de remporter la compétition comme Québécoise?

J’avais une vision. Pour moi, c’était un camp de jour de la drag. C’est comme un maître boulanger qui compétitionne dans un concours du meilleur boulanger. Je connais bien mon métier. Je n’avais pas peur. Je me laissais aller. Je voulais d’abord m’amuser. Il faut avoir du fun dans la vie! 

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Quel a été ton plus grand défi alors?

La compréhension de l’anglais. J’avais peur d’échapper à des instructions, des expressions ou des références... C’était mon plus grand struggle

Photo Martin Alarie, Agence QMI

Comment as-tu appris la mort de la reine Élisabeth, qui a eu lieu le même jour que ton couronnement?

Tout ce qui a rapport à la famille royale, je suis un fanatique! J’ai suivi les documentaires, j’ai écouté The Crown et j’ai trouvé ça triste la mort de la reine. Au début, je ne pouvais pas y croire. Toute la journée, les médias ne faisaient que la couverture de la reine. J’étais convaincu qu’il n’y aurait rien sur moi. Puis, le lendemain, surprise! J’étais partout. Les titres faisaient des jeux de mots comme «Nouvelle reine du Canada»!

J’ai accordé 28 entrevues le lendemain de ma victoire... toutes en anglais. Pas une en français. Ç’a pris une semaine avant que le Québec allume que j’avais gagné! 

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Qu’as-tu pensé du passage du premier ministre Justin Trudeau à l’émission? Et des critiques qui ont suivi?

Justin est une icône pour moi. C’est un des premiers politiciens du Canada à être présent pour la communauté LGBTQ+. En 2018, il a interdit les camps de conversion des homosexuels. 

D’ailleurs, je n’ai même pas eu de félicitations de la part de M. [François] Legault, et mon premier ministre du Québec n’est jamais venu au défilé de la fierté gaie. Je ne sais pas quel message cela envoie... Au moins, il y a l’implication de Justin Trudeau qui est sincère.

Photo Martin Alarie, Agence QMI

De plus en plus, la représentation de la communauté LGBTQ+ et des drags est remarquée dans les médias. Considères-tu qu’on évolue dans une société plus ouverte qu’avant?

Oui et c’est tant mieux. Il y a aura toujours des gens qui ne comprennent pas l’art du drag.

La drag queen est un art de la critique sociale. Les gens l’oublient. On personnifie la femme dans son pouvoir. Pour nous, les drags, le sexe féminin est le sexe le plus fort. 

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Que voudrais-tu améliorer?

La diversité au sein même de la culture gaie. On souhaite tellement partout de la diversité, mais il y a encore beaucoup de travail à faire. J’aimerais ça voir plus de drags arabes, de drags indiennes, de drags noires... Je suis privilégiée dans ce que je fais, même avec mon parcours difficile, parce que je fais partie d’une majorité dans la minorité. 

Être suivie par 81 000 abonnés ce n’est pas rien! Est-ce que tu reçois des témoignages de jeunes drags qui te demandent conseil?

Tout le temps. C’est l’fun ces temps-ci parce que je reçois des messages des mères. J’étais en show au Nouveau-Brunswick et j’ai rencontré une drag de 16 ans! Imaginez! Je suis jalouse : pas de problème de genoux, de bas de dos et qui bouge comme une déesse! C’est merveilleux! 

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Qu’est-ce qui attend Gisèle en 2023?

Je m’en vais à Londres et Miami. On fait une tournée. On m’a demandé de participer au show All winners avec toutes les reines couronnées de Drag Race. Je m’en vais rencontrer mes idoles... C’est surréel!

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