Un livre jeunesse traitant du suicide inquiète le gouvernement | 24 heures
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Un livre jeunesse traitant du suicide inquiète le gouvernement

Image principale de l'article Un livre jeunesse sur le suicide inquiète Québec
Capture d'écran

Un livre jeunesse abordant le sujet du suicide suscite l'inquiétude au ministère de la Santé du Québec, qui déconseille aux établissements scolaires et aux bibliothèques d’en faire la promotion chez les mineurs. Selon un professeur en psychiatrie, il est pourtant essentiel d’échanger sur des sujets sensibles avec eux.  

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La sous-ministre adjointe du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Marie-Ève Bédard, aurait envoyé une lettre de trois pages aux directeurs de santé publique ainsi qu’aux établissements de santé et des services sociaux le 16 décembre dernier, affirme Le Soleil. 

Dans les extraits de la missive partagés par le quotidien, elle soutiendrait que, dans le livre Le garçon aux pieds à l’envers : Les chroniques de Saint-Sévère, «l’auteur François Blais fait référence à plusieurs reprises et de façon explicite au suicide ainsi qu’à des moyens concrets pour y parvenir.» 

«La lecture du roman pourrait affecter les jeunes présentant des vulnérabilités. Ces derniers pourraient notamment adopter des comportements suicidaires par imitation. Même dans le cas d’une fiction, les risques d’identification sont réels», poursuit-elle.  

Toujours selon la sous-ministre, il ne faudrait pas attirer l’attention sur ce livre paru le 3 octobre dernier et éviter de lui donner de la visibilité dans les médias et auprès des jeunes.  

Photo d’archives Agence QMI, Andréanne Lemire

La lettre de la sous-ministre mentionnerait notamment le fait que l’auteur se soit suicidé en mai 2022.  

Suite à la parution de l’article du Soleil, Groupe Fides, la maison d’édition du livre, a ajouté un avertissement sur son site web en indiquant que l'ouvrage traite des «certains sujets sensibles». 

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Nécessaire d’en parler 

«C’est toujours délicat de parler — ou de ne pas parler — du suicide», reconnait le professeur au département de psychiatrie de l’Université McGill, Samuel Veissière. 

À son avis, les propos de la sous-ministres semblent d’emblée «judicieux», mais l’expert estime qu’il est tout de même important de parler de ce type de sujets tabous plutôt que de garder le silence. 

«Le suicide est un sujet dont il faut parler en soulignant qu’il est normal de ressentir du désespoir, que le soleil revient toujours après la tempête, et que c’est toujours une stratégie gagnante de demander de l’aide», insiste le professeur. Il estime essentiel que les enseignants soient davantage formés afin de savoir comment adresser ses problématiques en classe et rendre la discussion utile. 

Des études ont démontré que les représentations médiatiques, artistiques et pédagogiques peuvent avoir un effet suggestif et mimétique, nuance-t-il.  

Malgré cela, Samuel Veissière insiste sur l’importance d’aborder ces sujets délicats parce que «le stigma et le tabou ne feront qu’empirer le problème».  

«Le silence autour d’un sujet sensible peut prévenir un dialogue souvent guérisseur, mais aussi entrainer un désir de transgression qui peut s’avérer être dangereux», conclut-il.