Le déclin des pollinisateurs provoque des centaines de milliers de décès prématurés | 24 heures
/environment

Le déclin des pollinisateurs provoque des centaines de milliers de décès prématurés

Image principale de l'article Des centaines de milliers de décès prématurés
AFP

Le déclin des pollinisateurs dans le monde est à l'origine de plus de 420 000 décès prématurés par année dus au manque d'aliments sains et à l’augmentation des maladies associées, selon une étude de l’université Harvard.

Plus de 80% des cultures destinées à la consommation humaine dépendent des pollinisateurs comme les abeilles, les papillons et les fourmis, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 

Or, une perte significative de ces insectes est constatée depuis les dernières années, ce qui suscite des inquiétudes dans la communauté scientifique internationale. La modification de leur habitat due à l’agriculture intensive, à l’utilisation de pesticides et aux changements climatiques est particulièrement en cause. 

À titre d’exemple, 60% des colonies d’abeilles n’ont pas survécu à l’hiver 2022 au Québec, alors que la mortalité hivernale était en moyenne de 21% ces cinq dernières années. 

«Du jamais-vu dans toute l’histoire de la province», selon le président des Apiculteurs et apicultrices du Québec (AADQ), Raphaël Vacher. 

• À lire aussi: Enquête sur la mort mystérieuse de dizaines de milliers d'abeilles au Québec

• À lire aussi: L'hécatombe des abeilles se confirme: «Du jamais-vu dans toute l’histoire du Québec»

1% de tous les décès attribués à la disparition des pollinisateurs

Une étude menée par l'école de santé publique T.H. Chan de l'université Harvard révélait, en décembre dernier, que la pollinisation insuffisante avait entraîné une perte de 3 à 5% de la production de fruits, de légumes et de noix, et, donc, un manque d’aliments sains. 

Les maladies associées, notamment les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux, le diabète et certains cancers, sont quant à elle responsables d’environ 427 000 décès prématurés. 

La baisse de consommation de ces aliments signifie qu'environ 1% de tous les décès peuvent désormais être attribués à la disparition des pollinisateurs, ont conclu les scientifiques. 

Une part importante de ces décès se situent dans les pays à revenu intermédiaire, comme la Chine, l'Inde, la Russie et l'Indonésie, où les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux et les cancers sont déjà répandus en raison d'une mauvaise alimentation, du tabagisme et du manque d'exercice physique. 

Dans les pays riches, un plus grand nombre de personnes pourraient se permettre de manger sainement même si le prix des aliments augmente en raison de la baisse de la production. 

Les populations les plus pauvres de ces pays en souffriraient malgré tout. 

L’impact de la biodiversité sur la santé humaine

Cette étude, qui s’appuie sur des données provenant de centaines d’exploitations agricoles du monde entier, est la première à quantifier le coût de l'insuffisance de pollinisateurs sauvages pour la santé humaine. 

«Une pièce manquante essentielle dans le débat sur la biodiversité est l'absence de liens directs avec la santé humaine», déclarait au Guardian le Dr Samuel Myers de l'université Harvard et auteur principal de l'étude. «Cette recherche établit que la perte des pollinisateurs a déjà un impact sur la santé à une échelle comparable à celle d'autres facteurs de risque comme le cancer de la prostate ou les troubles liés à la consommation de substances.» 

• À lire aussi: Ce que vous pouvez faire concrètement pour aider les abeilles, qui meurent par milliers au Québec

Il existe toutefois des solutions pour freiner la perte des pollinisateurs: augmenter les fleurs dans les exploitations agricoles, réduire l'utilisation des pesticides — en particulier des néonicotinoïdes — et préserver ou restaurer les habitats naturels à proximité. 

Sur le même sujet