Les Ukrainiens continuent à danser pour oublier la guerre et soutenir l’armée | 24 heures
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Les Ukrainiens continuent à danser pour oublier la guerre et soutenir l’armée

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Organisateurs d’événements, artistes, party animals... des Ukrainiens refusent de rester cloitrés chez eux, même si les bombardements et les coupures d’électricité font partie du quotidien. Dans les grandes villes, le nightlife survit, réussissant même à participer à l’effort de guerre. 

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«De voir que la vie nocturne persiste, qu'il y a des gens qui dansent alors qu'ils sont en guerre, c'est le plus beau fuck you qu'on puisse faire à Vladimir Poutine», dit Mathieu Grondin. 

Le directeur général de l’organisation MTL 24/24, qui a pour mission de développer la vie nocturne à Montréal, revient d’un séjour en Ukraine.  

En décembre, il a été invité par la fondation pour soutenir l’industrie du nightlife dans ce pays en guerre depuis bientôt un an. 

Mathieu Grondin, directeur général de MTL 24/24

Photo: Music Saves UA

Mathieu Grondin, directeur général de MTL 24/24

Pendant deux semaines, Mathieu Grondin a participé à des conférences, visité des centres humanitaires et joué dans des clubs.  

«Il y a des boîtes de nuit à Kiev qui opèrent de jour, les week-ends. C'est une façon pour les locaux d'avoir un semblant de normalité», explique-t-il. 

Des concerts entre les bombes 

Vladyslav Yaremchuk, directeur de la programmation du festival Atlas qui a rassemblé plus de 500 000 personnes en 2019, avoue que tout est plus compliqué. 

«Le couvre-feu nous impose d’être à la maison à partir de 23h. Les évènements qu’on organise se terminent à 22h pour laisser le temps aux gens de rentrer.» 

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En intérieur ou en extérieur, difficile de jouer de la musique sur des grosses enceintes quand les coupures d’électricité sont imprévisibles. «Nous utilisons des générateurs, mais ça coûte très cher», relate Vladyslav Yaremchuk.

Un DJ qui se produit au club Kureni, à Kyïv

Photo tirée du compte Instagram de Kureni Kyiv

Un DJ qui se produit au club Kureni, à Kyïv

Autre imprévu fréquent: les sirènes alertant la population d’un danger imminent. «Il nous arrive de tout annuler si elle dure longtemps», ajoute-t-il. 

Danser pour tenir le coup 

Le nouvel an a été l’occasion d’organiser des soirées et d’oublier la guerre pendant quelques heures.  

Oleksii Smushkov en a organisé une au Kureni, un des clubs les plus underground de Kyïv. Il est fier de braver les dangers. «Je me sens plus utile que jamais», écrit-il entre deux coupures de courant. 

Continuer à faire la fête, c’est essentiel pour certains. «Les artistes contribuent à leur façon à l'effort de guerre en organisant des événements qui permettent de lever des fonds pour continuer à financer l'armée ukrainienne puis à rebâtir aussi les infrastructures critiques», a observé sur place Mathieu Grondin. 

Sur Instagram, les organisateurs mettent en avant leurs actions concrètes en partageant, notamment, des photos de soldats avec de nouveaux générateurs qu’ils amèneront sur le front. 

Grâce à ses levées de fonds, la fondation Music Saves UA a récolté plus de 200 000$ à ce jour et aidé au moins 36 000 personnes.  

Ces événements aident aussi la jeunesse ukrainienne à se sentir soudée. «Ces concerts nous aident à accepter nos émotions, notre colère, notre tristesse. Ce sont des lieux où l’on se sent uni comme peuple», rajoute Vladyslav Yaremchuk. 

«On se bat aussi pour garder notre culture, que l’ennemi veut effacer. Continuer d’organiser des évènements donne aussi une chance à nos artistes de rester créatifs.»