Le président de la COP28 à Dubaï est aussi PDG... d’une pétrolière | 24 heures
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Le président de la COP28 à Dubaï est aussi PDG... d’une pétrolière

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Le président de la prochaine conférence de l’ONU sur le climat (COP28), qui se déroulera du 30 novembre au 12 décembre à Dubaï, n'est nul autre que le PDG de l’Abu Dhabi National Oil Company, la compagnie pétrolière nationale des Émirats arabes unis.

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Le curriculum vitæ de Sultan Ahmed al-Jaber ne s’arrête pas là: il est à la fois ministre de l’Innovation et des Technologies avancées des Émirats arabes unis, président de Masdar, la compagnie nationale d’énergie renouvelable, de même qu’envoyé spécial de son pays pour les changements climatiques à l’ONU. 

«Nous apporterons une approche pragmatique, réaliste et axée sur les solutions», a promis Sultan Ahmed al-Jaber, dans le communiqué annonçant sa nomination.

Sa nomination à la présidence de la COP28 choque les groupes environnementaux, puisque Sultan Ahmed al-Jaber a déclaré à la fin de 2021 que «l’industrie pétrolière et gazière devra investir plus de 600 milliards de dollars [...] chaque année jusqu’en 2030, ne serait-ce que pour répondre à la demande prévue». 

«C’est une nomination grotesque», lance Caroline Brouillette, directrice par intérim du Réseau action climat Canada. 

«Sultan al-Jaber doit absolument démissionner de son poste de PDG de la compagnie nationale pétrolière pour répondre au grave conflit d’intérêts dans lequel il se trouve. Il est à la fois dans une position où son rôle est de maximiser les profits tirés de l’exploitation du pétrole et doit aussi rassembler les partis de l’accord de Paris pour répondre à la crise climatique, deux intérêts complètement incompatibles», poursuit-elle.

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«Greenpeace est profondément alarmée par la nomination du PDG d'une compagnie pétrolière pour diriger les négociations mondiales sur le climat. Cela crée un dangereux précédent, mettant en danger la crédibilité des EAU et la confiance qui leur a été accordée par l'ONU au nom des populations, des générations actuelles et futures», a indiqué l’ONG par courriel.

4e plus gros pollueur 

D’autant plus que les Émirats arabes unis représentent l'un des pires pays en matière d’émissions de gaz à effet de serre par habitant. L’État se situe au quatrième rang mondial avec 20,5 tonnes d’équivalent de CO2 par Émirati, derrière le Qatar (32,8 t), le Bahreïn (22,3 t) et le Koweït (20,9 t), selon les données de la Banque mondiale.

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Rappelons que l’utilisation des combustibles fossiles est l’une des principales causes de la crise climatique. Pour espérer limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C ou 2°C et ainsi éviter les pires conséquences de la crise, il faut notamment se défaire de notre dépendance au pétrole et au gaz, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Une COP très importante

Cette nomination suscite aussi l’inquiétude parce que la COP28 revêt une importance capitale: c’est lors de cet évènement que doit se faire le premier bilan mondial de l’action climatique et de la mise en œuvre de l’accord de Paris, adopté en 2015 par 196 pays.

Plusieurs craignent que les liens entre le pays hôte, le président de la conférence et l’industrie pétrolière viennent édulcorer le bilan et l’accord final. 

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«Comme pour tous les items à l’agenda, les représentants de l’industrie pétrolière peuvent tenter de faire dérailler, de diluer et d’écoblanchir son rôle [dans le bilan de l’action climatique]. On se retrouve dans une position absurde où la COP28 s’annonce pour être capturée par les intérêts pétroliers», se désole Caroline Brouillette.

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Plus de 600 représentants de l’industrie pétrolière avaient en effet participé à la COP27, un record pour cette rencontre internationale. Et malgré un appel de plus de 80 États à inscrire une sortie des énergies fossiles dans l’accord final de la COP27, les mots «pétrole», «charbon» et «gaz» ne s’y retrouvent pas. Cela montre l’influence du pays hôte et de la présidence, note Caroline Brouillette.

À quoi sert le président d’une COP?

Pour chacune des conférences des parties (COP), un président – généralement le ou la ministre de l’Environnement du pays hôte – est élu par un vote durant la plénière d’ouverture. 

Celui-ci joue essentiellement le rôle de chef d’orchestre des négociations: il ouvre et clôt les réunions, détermine l’ordre des orateurs, statue les points sur les points à l’agenda et fait équipe avec les présidents des divers groupes de travail pour mener à bien les négociations. 

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Mais son travail ne dure pas que les deux semaines de la COP. Avant le début, il doit assurer la transition avec le président de la COP précédente afin de pousser les États signataires à rehausser leurs ambitions climatiques. Après la COP, il s’assure de faire le suivi avec les États présents sur la mise en place de leurs engagements.

Or, le président se doit d’être neutre et impartial. Il ne peut donc pas représenter son pays dans les négociations. Comme Sultan Ahmed al-Jaber est élu à ce titre, on peut donc présumer que la ministre du Changement climatique et de l’Environnement, Mariam Almheiri, représentera l’émirat dans les négociations.

– Avec des informations de l’AFP

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