Pourquoi la Californie est-elle en première ligne des changements climatiques? | 24 heures
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Pourquoi la Californie est-elle en première ligne des changements climatiques?

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Des records de précipitations viennent d’être battus à certains endroits en Californie alors qu’il y quelques semaines à peine, ce sont la sécheresse et les feux de forêt qui retenaient l’attention. Et les conséquences de ces variations météorologiques toujours plus extrêmes se font ressentir jusque chez nous.

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Le climat californien a toujours connu des contrastes marqués. La position géographique de l’État et la diversité de ses territoires – zones côtières, montagnes, désert, vallées et terres agricoles – expliquent le phénomène. 

«La Californie est géographiquement située dans une zone de transition qui peut être affectée par différents événements en peu de temps, comme la sécheresse ou l’apport excessif de précipitations. Mais c’est en train de prendre une proportion qu’on avait rarement vue», souligne le professeur et chercheur en hydroclimatologie à l’UQAM, Philippe Gachon. 

Sans surprise, le réchauffement climatique a accentué ces variations dans les dernières années, précise l’expert. 

Les saisons sèches toujours plus intenses s’accompagnent de risques d’incendies et de vagues de chaleur, puis sont ponctuées par de fortes averses avec des coulées de boue, des glissements de terrain et des inondations. 

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L’État joue ainsi un rôle de «baromètre» des bouleversements climatiques. 

D’autant plus qu’il est le plus populeux des États-Unis avec près de 40 millions d’habitants. Les modifications du territoire liées à l’activité humaine comme la déforestation ou l’agriculture intensive – qui accélèrent les changements climatiques – sont donc bien visibles. 

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La Californie se réchauffe plus vite

Un rapport publié en novembre dernier révélait que les extrêmes météorologiques se sont intensifiés en Californie depuis 2018, et sont devenus encore plus irréguliers. Certains de ces changements sont irréversibles. 

La hausse du mercure est l'une des constatations les plus frappantes de l’étude: la température moyenne annuelle a augmenté d'environ 2,5 degrés Celsius depuis 1895, tandis que la moyenne mondiale se situe autour de 1,2 °C. 

Huit des dix années les plus chaudes jamais enregistrées ont eu lieu entre 2012 et 2022. 

Cette chaleur a affecté la disponibilité en eau: la sécheresse actuelle est en voie de devenir la plus importante jamais observée depuis 1200 ans, ce qui favorise l’allumage des feux de forêt. 

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Dix des vingt plus grands incendies depuis 1950 ont brûlé en 2020 et 2021. 

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Le réchauffement des océans, qui ont enregistré de nouveaux records de chaleur l’an dernier, explique également la perturbation des précipitations qui se manifestent de plus en plus par des séquences de pluie torrentielle. 

«Plus on augmente la température de l’océan, plus ça favorise l’humidité, et plus on réchauffe l’atmosphère, plus cette humidité va se transformer en précipitations», résume Philippe Gachon. 

Comment le climat californien affecte-t-il notre économie?

Ces perturbations n’ont pas que de conséquences sur la population californiennes. Leurs effets se font aussi sentir dans les marchés où la Californie exporte ses produits agricoles, et notamment dans le garde-manger – et le portefeuille – des Québécois. 

Le Canada est le principal marché d’exportation de produits agricoles et agroalimentaires de la Californie, avant le Mexique et la Chine. L’État de la côte ouest-américaine a exporté pour plus de 6,4 G$ de denrées au pays en 2021, selon les chiffres d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. 

On y importe surtout des fruits, des légumes et des noix. 

«La Californie est par exemple le premier producteur d’amandes au monde, mais c’est une culture qui demande beaucoup d’eau. Les changements liés aux pénuries ou à l’excès d’eau vont manifestement affecter nos marchés et le prix des denrées. Il faudra revoir la manière dont on consomme et diminuer l’importation de certains aliments, surtout ceux dont la production demande beaucoup d’eau», fait valoir le professeur Gachon. 

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La hausse du prix de la laitue due à la sécheresse qui a fait sursauter les consommateurs dans la dernière année est un bon exemple. 

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Il est toutefois «impossible» de prédire si les fortes précipitations tombées sur la Californie dans les dernières semaines affecteront à nouveau le prix des  

produits agricoles – et de la laitue, selon Sylvain Charlebois, directeur scientifique du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie. 

«Il est trop tôt pour savoir quel sera l’impact sur les récoltes, comme il y a encore beaucoup de pluie qui s’en vient. Ça pourrait faire pourrir les récoltes» précise-t-il. 

Une chose semble certaine selon lui: les conditions météorologiques en Californie ne devraient pas avoir d’impact, du moins pour l’instant. 

«Le dollar canadien performe bien en ce moment, contrairement à plusieurs autres devises. Ça aide les importateurs. Parfois, quand le dollar faiblit, on doit augmenter les prix comme le pouvoir d’achat des importateurs est affecté, mais ce n’est pas le cas cette année», assure le spécialiste.