Pourquoi les billets d’avion sont-ils si chers en ce moment? Un expert répond à nos questions | 24 heures
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Pourquoi les billets d’avion sont-ils si chers en ce moment? Un expert répond à nos questions

Image principale de l'article Pourquoi les vols sont si chers en ce moment?
JeanLuc - stock.adobe.com

Prix du pétrole à la hausse, forte demande, pénurie de personnel et désertion des clients en classe affaires: les prix des billets d’avion ont explosé au cours de la dernière année et les causes de cette flambée sont nombreuses. Mauvaise nouvelle d’ailleurs: rien ne laisse présager une baisse des prix dans les mois à venir.

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Le 20 décembre 2022, l’agence de voyages en ligne Trip.com soutenait que les billets d’avion se vendaient de 25% à 30% plus cher en moyenne qu’avant la pandémie. Mais comment expliquer que les prix demeurent aussi hauts alors que la vie a repris partout dans le monde? 

Le professeur au Département de marketing de l’UQAM et spécialiste en tourisme Paul Arseneault pointe du doigt quatre facteurs. 

Capture d'écran UQAM

Le retour à une demande prépandémique

Après plus de 2 ans à ne pas (ou peu) voyager, on est de retour à des niveaux prépandémiques, insiste Paul Arseneault. 

«Du fait du retour de l’envie des consommateurs de voyager et des modifications des habitudes quant aux dates, depuis plusieurs mois, il n’y a plus vraiment de saison pleine ou de saison morte», explique-t-il. 

Puisque la demande ne dérougit pas, les prix des billets d’avion demeurent élevés, même après les Fêtes ou la période des vacances estivales, remarque le professeur qui précise néanmoins que les billets demeurent moins chers qu’il y a une dizaine d’années.

Le prix du carburant 

Contrairement à monsieur et madame Tout-le-Monde, les transporteurs aériens peuvent parfois avoir recours à ce qu’on appelle une stratégie de couverture, soit l’achat de carburant à l’avance par des contrats à terme. Or souvent, ces achats peuvent couvrir les consommations en carburant pour une durée de 6 à 9 mois, explique Paul Arseneault. 

Or, il y a 6 à 9 mois, le carburant se vendait particulièrement cher, puisque c’est à ce moment où le goût du voyage a repris. 

«Les prix actuels [des billets d’avion] sont donc encore influencés par le coût élevé du carburant lors des périodes de pics de 2022», précise le professeur de marketing. 

Joël Lemay / Agence QMI

Un autre élément influence les prix: les taxes aéroportuaires, que doivent payer les transporteurs pour le départ et l’arrivée à l’aéroport. Pour renflouer leurs coffres après la pandémie, de nombreux aéroports dans le monde se sont mis à charger plus cher aux transporteurs. 

Vous l’aurez compris: cette augmentation est ensuite refilée aux voyageurs. 

«Les compagnies d’avions, qui ont vu elles aussi leurs bénéfices chuter et qui ont des impératifs de résultats auprès de leurs membres et actionnaires, doivent prendre en compte cette hausse dans l’établissement du prix d’un vol», souligne M. Arsenault.

La pénurie de main-d’œuvre

Les transporteurs aériens, qui ont mis à la porte une bonne partie de leurs employés au début de la pandémie, ont encore du mal à recruter, ce qui affecte les opérations et les prix. 

«Lorsque la demande de voyages a rebondi, les compagnies aériennes ont mis du temps à ajouter de la capacité, car elles avaient [et ont toujour] du mal à embaucher suffisamment de personnel à bord des avions ou au sol. Ça fait en sorte qu’il y a possiblement moins d’avions en vol pour répondre à la demande», explique le professeur de l’UQAM.

Photo AFP

Et puisque le personnel récemment embauché n’est pas complètement formé ou 100% efficace, il peut avoir des retards et divers autres problèmes en lien aux services, ce qui peut forcer certaines compagnies à diminuer le nombre de vols, poursuit le spécialiste. 

C’est donc dire qu’il y a une hausse de la demande, mais une baisse de l’offre, ce qui se répercute sur le portefeuille des voyageurs.

Les voyageurs en classe affaires se font rares

La COVID a eu un impact sur les habitudes des clients qui avaient l’habitude de voyager en première classe ou en classe affaires.

«Il n’est plus nécessaire de faire un Montréal-Trudeau – Billy Bishop [aéroport à Toronto] dans la journée pour une réunion. Teams et Zoom sont là pour ça désormais. Or, ces clients affaires, qui parcouraient de petites ou de longues distances, sont ceux qui subventionnent les prix bas pour les voyageurs en classe économique», explique Paul Arseneault.

Photo Fotolia

«Pour faire en sorte que les vols soient rentables, les compagnies sont donc obligées de répercuter cette perte en augmentant le prix en classe économique. En classe affaires, on achète un véritable service en plus du siège. Or, c’est ce service qui assure cette rentabilité [pour les transporteurs aériens]», ajoute-t-il. 

Quoi faire pour économiser?

Paul Arseneault est clair: il ne s’attend pas à voir les prix descendre de sitôt. 

Il rappelle néanmoins certains trucs pour mettre la main sur un billet d’avion sans se ruiner: 

– Acheter le plus tôt possible. 

– Éviter de planifier son voyage lorsque la demande est la plus forte.

– Partir en plein milieu de la semaine. 

– Magasiner son billet d’avion en utilisant des sites qui comparent les prix ou qui offrent des départs au rabais.