Épuisée, la jeune première ministre de Nouvelle-Zélande Jacinda Ardern annonce son départ | 24 heures
/bref

Épuisée, la jeune première ministre de Nouvelle-Zélande Jacinda Ardern annonce son départ

Image principale de l'article Épuisée, Jacinda Ardern annonce son départ
AFP

Elle avait promis une «positivité sans relâche» en tant que première ministre de Nouvelle-Zélande. Mais cinq ans et demi après sa prise de fonction, c’est une Jacinda Ardern épuisée qui a annoncé jeudi sa démission. 

Cette travailliste de 42 ans, élue première ministre en octobre 2017, n’a pas été épargnée pendant son premier mandat: pire attaque terroriste jamais vue en Nouvelle-Zélande, une éruption volcanique meurtrière et, comme ailleurs, la pandémie de COVID-19.

«Ces cinq années et demie ont été les plus épanouissantes de ma vie. Mais il y a aussi eu des défis à relever», a déclaré Mme Ardern jeudi. 

«Je sais ce que ce travail exige, et je sais que je n’ai plus assez d’énergie pour lui rendre justice. C’est aussi simple que cela», a-t-elle ajouté en annonçant sa démission.

Élue à la tête du pays à seulement 37 ans, elle est devenue la plus jeune Première ministre de Nouvelle-Zélande depuis 1856 et un symbole de libéralisme.

Lors de sa campagne, la dirigeante, portée par une impressionnante vague de sympathie surnommée «Jacindamania» par les médias, avait été comparée au Français Emmanuel Macron et au Canadien Justin Trudeau, deux autres jeunes dirigeants.

Propulsée le 1er août 2017 à la tête d’une opposition néo-zélandaise aux abois, Jacinda Ardern avait permis aux travaillistes d’effectuer une incroyable remontée dans les sondages, en incarnant la promesse d’un «changement» de génération.

Convictions de gauche

Un comble pour celle qui affirmait n’avoir auparavant jamais imaginé briguer un jour le poste de premier ministre.

Après avoir conquis un second mandat grâce à la victoire écrasante des travaillistes aux législatives de 2020, Mme Ardern a connu ces dernières années une chute de popularité pour de multiples raisons : détérioration de la situation économique, baisse de la confiance en son gouvernement, résurgence de l’opposition conservatrice.

Et le stress qu’elle a éprouvé ces dernières années l’a quelquefois fait vaciller. En décembre, au terme d’un échange musclé avec le dirigeant d’opposition David Seymour, ses marmonnements avaient été captés par son micro, toujours allumé: «Quel connard arrogant!»

Elle avait su rattraper le coup, avec une bonne dose d’autodérision, en mettant aux enchères le compte-rendu parlementaire où figurait l’injure afin de réunir des fonds pour lutter contre le cancer.

Née en 1980 à Hamilton, à 130 km au sud d’Auckland, Jacinda Ardern affirme que c’est la pauvreté qu’elle a vue dans l’arrière-pays de l’île du Nord qui a contribué à forger ses convictions de gauche.

Fille d’un policier, elle a été élevée dans la foi mormone, à laquelle elle renonce dans les années 2000 en raison des positions de cette Église sur l’homosexualité.

Elle s’intéresse très tôt à la politique grâce à une tante, et entre dans les organisations des jeunesses travaillistes. Après ses études, elle travaille pour la première ministre Helen Clark, puis à Londres pour Tony Blair.

«Tout le monde sait que je viens d’accepter sans préavis le pire poste politique», déclare-t-elle en devenant la plus jeune cheffe de l’histoire centenaire du Parti travailliste.

«Bonté»

Elle ne pensait pas si bien dire: à peine 18 mois après sa prise de fonction en tant que première ministre, son pays subit une attaque terroriste. Un suprémaciste blanc ouvre le feu dans deux mosquées de Christchurch, tuant 51 personnes et en blessant 40.

La réaction d’Ardern est saluée mondialement pour son empathie, notamment lorsqu’elle porte un foulard en présentant ses condoléances aux familles musulmanes.

Elle a également été applaudie pour ses actions politiques décisives, notamment les restrictions sur les armes à feu, et pour ses efforts visant à obliger les géants des réseaux sociaux à lutter contre les discours de haine en ligne.

Sa politique sanitaire contre le coronavirus, qui l’a poussée à fermer les frontières de l’archipel, a en outre été très appréciée par les Néo-Zélandais. 

Pendant la crise du coronavirus, Mme Ardern n’a cessé d’exhorter les Néo-Zélandais à «faire preuve de bonté», appelant à une approche unifiée de la part de ce qu’elle qualifie une «équipe de cinq millions de personnes».