La xylazine, la «drogue zombie» qui pourrait bientôt faire des ravages à Montréal | 24 heures
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La xylazine, la «drogue zombie» qui pourrait bientôt faire des ravages à Montréal

À Philadelphie 90% des échantillons d’opioïdes testés en 2021 contenaient de la Xylazine.
Photo d'archives, AFP

À Philadelphie 90% des échantillons d’opioïdes testés en 2021 contenaient de la Xylazine.

La xylazine, un puissant tranquillisant vétérinaire, donne des airs de mort-vivant aux consommateurs de drogue qui croisent son chemin dans de nombreuses grandes villes américaines. Déjà présente au Canada, elle pourrait bientôt contaminer la drogue en circulation à Montréal, prévient un expert.

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Surnommée «tranq» ou «zombie drug» lorsque mélangée à des opioïdes comme le fentanyl ou l’héroïne, la xylazine provoque des plaies et éventuellement la mort des tissus cutanés. Des symptômes qui peuvent mener à l’amputation s’ils ne sont pas traités rapidement. 

À Philadelphie, plus grande ville de l’État américain de Pennsylvanie, 90% des échantillons d’opioïdes testés en 2021 contenaient ce médicament normalement utilisé sur des chevaux, selon les données de l’organisme Substance Use Philadelphia. Dans la ville de New York, la xylazine, qui a déjà été détectée dans 36 États au sud de la frontière, a été retrouvée dans 25% des échantillons testés en 2021, rapporte le New York Times. 

Des gens sont assis, évanouis, dans une rue envahie par les consommateurs d'héroïne à Kensington, le 19 juillet 2021 à Philadelphie, en Pennsylvanie.

AFP

Des gens sont assis, évanouis, dans une rue envahie par les consommateurs d'héroïne à Kensington, le 19 juillet 2021 à Philadelphie, en Pennsylvanie.

Le Canada n’est pas épargné: en juillet dernier, le Réseau communautaire canadien d'épidémiologie des toxicomanies (RCCET) a émis une alerte concernant la présence de xylazine dans un petit nombre d’échantillons d'opioïdes testés en Colombie-Britannique, au Manitoba, en Ontario, au Québec et en Nouvelle-Écosse.

«C’est problématique depuis un moment en Colombie-Britannique et récemment, c’est de plus en plus présent à Toronto, parce qu’il y a un couloir d’approvisionnement en opioïdes qui relie les grandes villes sur la côte est du pays», explique le directeur de l’organisme Cactus Montréal, Jean-François Mary. 

Bientôt à Montréal?

Chez Cactus Montréal, qui offre un service d’analyse de substances, aucun échantillon testé dernièrement ne contenait de xylazine. 

Ce n’est toutefois qu’une question de temps avant que la présence du tranquillisant pour animal ne se fasse ressentir plus sérieusement dans la métropole, prédit l’intervenant. 

«En général, quand on voit des choses comme cela se produire ailleurs au pays, ça veut dire que ça va finir par se produire ici. C’est certain qu’il va y avoir des échantillons plus importants de xylazine qui vont circuler à Montréal bientôt. C’est une évidence.»

Cette arrivée prochaine du xylazine en territoire montréalais inquiète, puisque cette substance peut provoquer des déficiences respiratoires graves, en plus de nombreux problèmes cardiovasculaires. 

AFP

Sa présence dans un mixte de substances déjà nocives pourrait donc aggraver la crise de surdoses qui sévit dans la province. «On ne se sait pas si on sera capable de la détecter avant qu’il ne provoque des surdoses», s’inquiète Jean-François Mary. 

Le problème, c’est que contrairement aux opioïdes, la naloxone ne permet pas de renverser une surdose de xylazine.

«Ça veut dire qu’il faudra qu’il y ait une intervention des ambulanciers très rapide pour amener la personne à l’hôpital et lui sauver la vie», soutient le directeur de Cactus Montréal. 

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Un problème d’approvisionnement

La coupe de drogue avec des produits dangereux représente une menace constante pour les consommateurs. 

Comme les produits de coupe changent selon les substances disponibles et leurs coûts, les méthodes de prévention ou d’intervention accusent toujours un coup de retard, explique Jean-François Mary. 

«Globalement, on le voit que les décès par surdose augmentent de façon constante au pays. On pensait avoir atteint un sommet en 2018, mais, finalement, pas du tout, parce qu’on a toujours un enjeu majeur d’approvisionnement», souligne-t-il. 

Dans ce contexte, Jean-François Mary estime qu’il est temps de revoir notre approche vis-à-vis de la drogue pour faire en sorte que les entreprises criminelles n’aient pas le monopole de l’offre au pays. 

«C’est certain que de laisser les cartels et autres gangs gérer l’approvisionnement d’un produit destiné à la consommation humaine, c’est dangereux pour la santé de la population. On a essayé une méthode de contrôle pendant plus de 100 ans et on en voit les effets actuellement. Il faudrait peut-être réfléchir à autre chose, collectivement» conclut-il.

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